À l’approche de la Fête nationale de l’arbre, célébrée le dimanche 8 novembre, la Direction générale des forêts, rattachée au ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche a déployé sa stratégie nationale de développement durable des forêts et des parcours (SNDDFP).
Structurée en deux plans (2026-2030 et 2031-2035), ce programme prévoit notamment la réhabilitation et le reboisement de 30 000 hectares à l’horizon 2035, avec une priorité absolue accordée aux zones forestières sinistrées qui ont été ravagées par les incendies au courant de cet été. Cette intervention d’urgence fait suite à un bilan estival lourd : près de 22 900 hectares de forêts ont été ravagés par les flammes, alors que depuis 2011 plus de 74000 hectares ont été détruits par des incendies, d’origine criminelle pour la plupart, représentant des pertes s’élevant à 241 millions de dinars.
Les gouvernorats du Nord-Ouest ont payé le plus lourd tribut dont notamment Le Kef — qui regroupe à lui seul près de 50 % des départs de feu, aux côtés de Bizerte, de Zaghouan et de Siliana qui ont été particulièrement touchées cet été.
« Des pertes immatérielles supérieures aux dégâts matériels »
Intervenant à la radio sur la portée des incendies de cet été, Ezzeddine Taghouti, Directeur du développement sylvo-pastoral au ministère de l’Agriculture, alerte sur l’impact écologique des incendies : « Les feux n’ont pas seulement détruit le couvert végétal. Ils ont anéanti les ressources végétales, dégradé la capacité de régénération naturelle, décimé la faune et accru les émissions de carbone. Ces pertes immatérielles sont bien plus lourdes que les pertes matérielles », rappelant, par ailleurs, qu’il faut jusqu’à 50 ans pour qu’une forêt incendiée retrouve pleinement ses fonctions écologiques et son rôle d’origine.
Régénération naturelle et acclimatation des espèces végétales
Pour faire face à cette crise, la stratégie privilégie la régénération naturelle plutôt qu’un reboisement systématique immédiat. Cette méthode s’applique en priorité aux forêts d’âge mûr, qui constituent 30,4 % du couvert national et qui sont principalement composées d’espèces qui possèdent une capacité naturelle à se régénérer après avoir été détruites par le feu, à l’instar des pins d’alep, de l’eucalyptus…
À l’inverse, pour les espèces végétales dépourvues de cette faculté, les services forestiers procèdent à un reboisement direct. Des variétés identiques aux espèces détruites sont, alors, réintroduites afin de garantir une acclimatation optimale à leur milieu d’origine ainsi qu’aux conditions climatiques.
Conformément aux conventions internationales sur les changements climatiques et la restauration des écosystèmes, des opérations sylvicoles (débroussaillage, nettoyage, élagage) seront menées sur des surfaces variant entre 12 000 et 15 000 hectares de chênes liège, de pins d’Alep…, a souligné le responsable du développement sylvo-pastorale à la Direction Générale des Forêts.
La majorité des feux de forêt survenus cet été étant d’origine humaine, notamment à cause de mégots jetés, de feux de camp mal éteints, de comportements irresponsables…, la direction générale des forêts prévoit d’articuler sa stratégie autour de trois axes principaux, à savoir accentuer les campagnes de sensibilisation auprès du grand public, renforcer les dispositifs de protection et de lutte contre les feux de forêt ainsi que la coordination avec la Protection civile afin d’ accélérer les délais d’intervention et circonscrire au plus vite les départs de feu pour éviter que l’incendie se propage à des superficies forestières plus grandes et optimiser les systèmes d’alerte précoce, afin d’émettre des alertes précoces et de limiter les périmètres pouvant être ravagés par les feux de forêt.


