Culture

Neuf décennies gravées dans l’encre : Quand La Presse fait son cinéma !

Avatar photo
  • 6 novembre 2026
  • 4 min de lecture
Neuf décennies gravées dans l’encre : Quand La Presse fait son cinéma !
3 min de lecture

À l’occasion de son 90e anniversaire, La Presse de Tunisie fait entrer son histoire dans le champ de la fiction. Imaginé par Salem Trabelsi, porté à l’écran par le comédien et metteur en scène Moez Guediri et filmé par le réalisateur Mondher Khalil Mostapha, ce court-métrage de huit minutes investit la mythique imprimerie du journal pour faire revivre, en images, neuf décennies de mémoire collective.

La Presse — Il est des lieux qui gardent davantage que des traces. Ils conservent les voix, les gestes, les espoirs et les soubresauts d’une époque. La mythique imprimerie de La Presse de Tunisie est de ceux-là. C’est dans cet espace chargé d’histoire que prend forme « Mémoire d’encre », une fiction de huit minutes conçue à l’occasion du 90e anniversaire du journal. Une œuvre qui choisit le langage du cinéma pour interroger ce que signifie, au fond, la mémoire d’un quotidien : celle d’une institution, mais aussi celle d’un pays qui s’est raconté, transformé et parfois réinventé au fil de ses pages.

À l’origine de cette proposition, une idée de Salem Trabelsi, portée par le comédien et metteur en scène Moez Guediri, avec une réalisation assurée par Mondher Khalil Mostapha. Le film prend pour décor l’ancienne imprimerie, non comme un simple cadre nostalgique, mais comme un véritable territoire narratif. Un lieu où le temps semble s’être déposé sur les murs, les machines et les espaces de travail, et où l’histoire peut soudain reprendre corps. Les personnages traversent les époques, se croisent et habitent ces lieux comme autant de témoins d’une histoire plurielle. Ils appartiennent à des temps différents, mais se retrouvent dans un même espace symbolique, celui où les grandes mutations de l’histoire côtoient les destins individuels. Les événements fondateurs, les changements politiques et sociaux, les heures décisives comme les moments plus ordinaires composent ainsi une trame où la grande Histoire ne se dissocie jamais des histoires humaines. Car un journal ne raconte pas seulement les événements qui font date. Il recueille aussi les parcours, les aspirations, les inquiétudes et les petites histoires qui donnent à une époque son épaisseur.

C’est précisément dans cette articulation entre mémoire nationale et mémoire intime que le film trouve sa matière. Depuis sa naissance, La Presse accompagne les transformations du pays. Ses pages ont accueilli les grandes séquences de la construction nationale, les évolutions de la société, les débats, les expressions culturelles et les trajectoires de personnalités qui ont marqué leur temps. Mais au-delà de cette chronologie, c’est une mémoire vivante qui se dessine: celle d’un journal qui a fait de l’écriture quotidienne une manière de prendre part à l’histoire.

La démarche cinématographique privilégie une atmosphère singulière. La poétique de l’image, travaillée dans des tonalités sombres et chaudes, donne au film une dimension presque intemporelle. La lumière ne cherche pas à effacer les marques du temps ; elle les révèle, les enveloppe et leur confère une présence particulière. Cette esthétique, à la fois dense et enveloppante, éloigne le film de la simple reconstitution historique. Elle installe plutôt une perception sensible de la mémoire, comme si les lieux, les silhouettes et les histoires continuaient de coexister dans une temporalité suspendue.

L’encre devient alors bien plus qu’un matériau d’impression. Elle est la métaphore d’une mémoire qui s’inscrit, se transmet et résiste à l’effacement. Les machines ont pu se taire, les techniques évoluer, les générations se succéder, mais quelque chose demeure : la trace laissée par les mots et les images, par celles et ceux qui ont fait le journal et par les événements qu’il a traversés.

Avec « Mémoire d’encre », les 90 ans de La Presse ne se résument donc pas à une célébration anniversaire. Ils deviennent une matière de cinéma, une invitation à regarder autrement un lieu et une histoire qui appartiennent désormais au patrimoine de la mémoire collective tunisienne. Huit minutes pour faire dialoguer les époques et rappeler qu’un journal, lorsqu’il accompagne durablement la vie d’une nation, finit par devenir lui-même une part de son histoire.

Avatar photo
Auteur

Asma DRISSI

Rédactrice en chef de la rubrique Culture de La Presse de Tunisie, Asma Drissi pose un regard attentif et exigeant sur la création sous toutes ses formes : littérature, musique, arts de la scène, cinéma, arts plastiques et patrimoine. Entre critiques, reportages et portraits d’artistes, elle restitue la vitalité de la scène culturelle tunisienne et arabe, avec le goût des mots justes et des œuvres qui font sens.

You cannot copy content of this page