Grands projets: Le suivi sur le terrain s’intensifie
Sous l’impulsion du Chef de l’État et grâce au suivi rigoureux assuré par la Cheffe du gouvernement dans le cadre des réunions dédiées aux projets d’envergure, les chantiers structurants du pays font l’objet d’un contrôle de proximité accru.
La Presse — De Korbous, qui ambitionne de recouvrer son statut de cité thermale, à la liaison ferroviaire reliant Sidi Bou Saïd à Zaghouan, du nouveau pont de Bizerte à la reconstruction du complexe olympique d’El Menzah, jusqu’au futur port en eau profonde d’Enfidha, sans oublier nombre d’autres chantiers d’intérêt national, les ministres multiplient les visites et les points d’étape afin de faire avancer les dossiers et de lever les obstacles.
Korbous, le renouveau thermal en marche
La visite inopinée du Président de la République à Korbous, en mai 2026, n’est pas restée sans lendemain. Sur place, Kaïs Saïed avait relevé plusieurs infractions liées au domaine public et écouté les doléances des habitants. Un geste qui a compté pour une ville habituée à voir ses problèmes rester sans réponse. Le même jour, il avait reçu la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, à La Kasbah, pour dénoncer des dysfonctionnements persistants dans les services publics qu’il juge intolérables. Une volonté affichée de bousculer l’administration et de vérifier par soi-même ce qui avance ou pas.
Des mesures concrètes ont suivi, destinées à insuffler un souffle nouveau à ce site d’exception et à lui restituer le rang qui lui revient, celui d’un pôle thermal de premier plan. Ses sources d’eau chaude, jaillies des entrailles de la terre, sont réputées depuis des siècles pour leurs vertus bienfaisantes contre certaines maladies.
C’est dans cette perspective que le ministre du Tourisme, Sofiane Tekaya, a réuni à Tunis, le 19 octobre, la gouverneure de Nabeul, les administrations concernées et des investisseurs, afin de dresser un état des lieux des projets à l’arrêt (hôtels, établissements thermaux, sources) et d’en identifier les causes de blocage. Le 25 octobre, il s’est rendu à Korbous pour constater l’avancement des chantiers, notamment ceux du port de plaisance et des installations de pêche. Des solutions avaient été trouvées pour plusieurs unités fermées en raison de blocages administratifs anciens.
La première tranche de la future station thermale et hospitalière est annoncée pour janvier 2027. À Aïn Sbiya, l’eau coule de nouveau, à titre provisoire certes, dans l’attente des études techniques d’un aménagement définitif, une belle avancée pour une ville qui compte sept sources. La municipalité recevra en outre une subvention supplémentaire du Fonds de protection des zones touristiques. La pièce maîtresse reste la route régionale n° 128 entre Aïn Oktor et Korbous, achevée à environ 90 %. Une fois ouvert, ce tronçon devrait mettre fin à l’isolement de la ville et faciliter l’accès à ses sources chaudes et à son littoral.
L’ambition dépasse largement la simple réouverture d’établissements hôteliers. Il s’agit de valoriser le thermalisme, mais aussi le tourisme balnéaire, les activités d’exploration et d’aventure, tout en modernisant les infrastructures et en améliorant le cadre paysager et la salubrité des lieux. Un autre projet, encore en gestation, prolonge cette ambition avec une liaison ferroviaire qui reliera, on l’espère bien, la pittoresque Sidi Bou Saïd, perle blanc et bleu de la côte, à Zaghouan, de quoi rapprocher deux joyaux du patrimoine tunisien et ouvrir de nouveaux horizons au tourisme.
Bizerte et El Menzah, deux chantiers à grande échelle
Si Korbous incarne la relance du tourisme et du thermalisme, d’autres chantiers, d’ordre infrastructurel, font l’objet d’un suivi tout aussi soutenu. A Bizerte, le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, également chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Salah Zouari, a effectué récemment une visite de travail afin de s’enquérir de l’état d’avancement du nouveau pont, accompagné du gouverneur de la région, Salem Ben Yacoub. Il a ainsi inspecté la deuxième tranche, composante majeure du projet, confiée à une entreprise chinoise, ainsi que les première et troisième tranches, attribuées à des entreprises tunisiennes. Ces deux dernières affichent un taux de réalisation de 80 % et devraient être achevées au deuxième trimestre 2027.
Selon un communiqué dudit ministère, Zouari a insisté sur la nécessité d’intensifier les efforts et de respecter les délais afin d’achever la tranche principale durant l’été 2028. Il a souligné que les fondations profondes avaient été réalisées avec succès, dans le respect de procédures techniques rigoureuses. Les prochaines étapes porteront principalement sur les travaux au-dessus de l’eau, parallèlement à la fabrication de la structure métallique, déjà entamée en Chine, dont les éléments devraient être acheminés vers la Tunisie à partir de mars prochain.
Lors d’une réunion tenue sur le chantier, en présence du président-directeur général du consortium chinois, de la directrice générale de l’unité chargée du projet, du directeur régional de l’Équipement et de cadres techniques du ministère, le ministre a plaidé pour un suivi régulier sur le terrain, appelant à résoudre rapidement les difficultés et à éliminer les obstacles susceptibles de provoquer des retards. Il a salué les efforts des autorités régionales, qui ont permis de réaliser, à la fin de la semaine dernière, la pile latérale du pont du côté de Menzel Abderrahmane, une opération ayant nécessité des solutions techniques particulières. Le PDG du consortium chinois s’est de son côté engagé à honorer ses engagements et à accélérer le rythme des travaux.
Autre dossier d’envergure, le contrat commercial relatif à la reconstruction et à la rénovation du stade olympique d’El Menzah vient d’être signé, au siège du ministère de l’Équipement et de l’Habitat, entre l’État tunisien et un groupement chinois, en présence des ministres de l’Équipement et de la Jeunesse et des Sports ainsi que de l’ambassadeur de Chine en Tunisie. Attribué à ce groupement le 8 octobre dernier par la Commission des grands projets, le marché représente un investissement estimé entre 520 et 600 millions de dinars, pour des travaux prévus sur 30 à 36 mois.
Enfidha : le financement, nerf de la guerre
Le futur port en eau profonde d’Enfidha dont on parle depuis des années impose une révision des données techniques, économiques et environnementales à l’aune des standards de 2026. Il s’agit des coûts de construction, des exigences réglementaires, des technologies portuaires et, surtout, du montant global. Évalué dans les années 2020 à quelque 5 milliards de dinars, celui-ci devra être revu à la hausse au regard de l’inflation cumulée depuis.
Reste la question du financement, celle qui a le plus souvent enterré ce projet. Lors des “ Seaports Days”, organisés les 22 et 23 septembre à Gammarth à l’initiative de l’ambassade des États-Unis, le ministre du Transport, Rachid Amri, a expliqué que toutes les pistes sont à l’étude, qu’il s’agisse de prêts souverains ou institutionnels, ou de partenariats avec des opérateurs privés. La participation, lors de la même conférence, de représentants de la DFC (U.S. International Development Finance Corporation) et d’acteurs privés américains intéressés par les ports en eau profonde laisse penser qu’un partenariat public-privé, voire un montage de « Project finance » associant garanties et lignes de crédit, est sérieusement étudié, sans confirmation officielle à ce jour.
L’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, a d’ailleurs affirmé à cette occasion que la Tunisie dispose d’une vision claire pour la modernisation de son secteur maritime, mais qu’elle a besoin de partenaires pour la concrétiser. Selon lui, les entreprises américaines possèdent une solide expérience des grands projets d’infrastructure, notamment dans la construction et la modernisation des ports, dans le respect des normes internationales de qualité et de sécurité comme de la souveraineté des pays partenaires. Il a confirmé à ce propos l’intérêt d’entreprises américaines pour Enfidha, avec une offre intégrée mêlant ingénierie, expertise technique, standards internationaux et mécanismes de financement adaptés. Cette approche pourrait aussi concerner les ports de Radès, Bizerte, Zarzis et Gabès, essentiels pour renforcer la compétitivité logistique du pays et son intégration dans les chaînes de valeur régionales et internationales.
Les chantiers avancent, les calendriers sont fixés, et le suivi se fait sous la supervision du Chef de l’État. Le temps des atermoiements semble en passe d’être révolu.
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