Indice des prix à la consommation pour le mois d’avril dernier : Les prix alimentaires, moteur des tensions inflationnistes
En avril 2026, la hausse des prix atteint 5,5 % sur un an, sous l’effet d’un renchérissement marqué des produits alimentaires et de l’habillement. Derrière cette évolution, les dépenses essentielles continuent de concentrer les principales tensions, dans un contexte où le pouvoir d’achat des ménages demeure sous pression.
La Presse — Le taux d’inflation en Tunisie a atteint 5,5 % au mois d’avril 2026, contre 5 % en mars, selon les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique (INS). Cette progression traduit le maintien des tensions sur les prix dans l’économie tunisienne, malgré un ralentissement observé dans certains services, notamment le transport.
Derrière cette évolution globale se cache une réalité plus contrastée. La hausse de l’inflation est principalement due aux produits alimentaires et à l’habillement, deux postes qui pèsent fortement sur le budget des ménages, particulièrement ceux à revenu moyen ou modeste. Les données montrent également que les produits libres, dont les prix ne sont pas encadrés par l’État, continuent d’alimenter l’essentiel des tensions inflationnistes.
Les prix des œufs ont reculé de 4,5 %
Sur un mois, les prix à la consommation ont augmenté de 1,1 % en avril 2026 par rapport à mars. Cette progression est principalement liée à la hausse des prix de l’alimentation (+1,4 %) et des produits d’habillement et chaussures (+5,9 %). L’évolution mensuelle des prix alimentaires traduit un retour de fortes tensions sur plusieurs produits frais. Les légumes frais ont augmenté de 5,6 % sur un mois, la viande d’agneau de 3,5 % et les fruits frais de 2,5 %. À l’inverse, les prix des œufs ont reculé de 4,5 %, apportant un léger répit aux consommateurs. La flambée des prix de l’habillement s’explique essentiellement par la fin des soldes d’hiver. Les prix des articles d’habillement ont progressé de 5,9 %, ceux des chaussures de 6,8 % et ceux des accessoires de 1,4 %. Cette évolution saisonnière a contribué à renforcer les tensions inflationnistes du mois d’avril.
Les produits alimentaires demeurent le principal moteur de l’inflation. Les prix du groupe alimentaire ont augmenté de 8,2 % en avril 2026 contre 6,8 % en mars. Cette accélération montre que les tensions sur l’approvisionnement et les coûts de production continuent de se répercuter sur les consommateurs.
Hausse de 19,2 % sur un an du prix des fruits
Plusieurs produits enregistrent des hausses particulièrement marquées. Les fruits frais affichent une augmentation de 19,2 % sur un an, tandis que les prix de la volaille et de la viande d’agneau progressent chacun de 16,1 %. Les légumes frais augmentent de 13,5 %, la viande bovine de 12 % et le poisson frais de 11,9 %.
Ces évolutions traduisent la persistance de déséquilibres structurels dans certaines filières agricoles et alimentaires. Les coûts liés à l’énergie, au transport, à l’alimentation animale et aux intrants agricoles continuent d’exercer une pression importante sur les prix finaux. Quelques produits connaissent toutefois une baisse. Les huiles alimentaires reculent de 6,8 % sur un an et les œufs de 4,4 %, ce qui contribue à atténuer partiellement l’impact de l’inflation alimentaire globale. Du côté des produits manufacturés, les prix augmentent de 4,7 % sur un an. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation des prix des produits de l’habillement et des chaussures (+9,3 %), mais également par les produits d’entretien courant du foyer (+4,8 %).
Les services d’hébergement ont bondi de 14,6 % sur un an
Les services enregistrent quant à eux une hausse annuelle de 4,2 %. Cette progression reste relativement modérée par rapport à d’autres composantes de l’indice, mais certains segments affichent des augmentations plus importantes. C’est notamment le cas des services d’hébergement, dont les prix ont bondi de 14,6 % sur un an.
En revanche, le rythme d’augmentation des prix des services de transport ralentit légèrement. Le groupe «Service Transport» affiche une hausse de 2,2 % en avril contre 2,8% en mars. Cette évolution contribue à limiter partiellement l’accélération globale de l’inflation. L’analyse des contributions sectorielles montre que les produits manufacturés et les services demeurent les principaux contributeurs à l’inflation globale. Selon les tableaux publiés par l’INS, les produits manufacturés ont apporté la plus forte contribution à l’inflation globale, avec une contribution de 1,8 point, suivis des services avec 1,3 point. Cette évolution montre que les tensions inflationnistes ne se limitent plus aux seuls produits alimentaires. Si ces produits restent au cœur des préoccupations des ménages, les hausses de prix touchent également des secteurs liés à la consommation quotidienne et aux dépenses incompressibles.
Une inflation sous-jacente qui confirme la diffusion des tensions
L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits alimentaires et l’énergie, confirme également cette tendance. Elle atteint 4,8 % en avril 2026 contre 4,6 % le mois précédent. Cette progression montre que les tensions inflationnistes dépassent désormais les seuls produits volatils et touchent une part plus large de l’économie.
Les données relatives aux régimes de prix mettent également en évidence l’écart entre produits libres et produits encadrés. Les prix des produits libres augmentent de 6,8 % sur un an, contre seulement 1 % pour les produits encadrés.
Les produits alimentaires libres affichent même une hausse de 9,3 %, alors que les produits alimentaires à prix encadrés n’augmentent que de 0,2 %. Cette différence souligne le rôle amortisseur joué par les mécanismes de contrôle des prix sur certains produits de base. Les tableaux de contribution par régime montrent d’ailleurs que les groupes « Non alimentaire libre » et « Alimentaire libre » sont les principaux moteurs de l’inflation actuelle, avec des contributions respectives de 2,9 % et 2,4 %.
Dans ce contexte, la maîtrise de l’inflation demeure un défi majeur pour les autorités tunisiennes. Même si le taux actuel reste inférieur aux niveaux records enregistrés ces dernières années, la persistance des tensions sur les produits alimentaires et les biens de consommation continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages. La situation reste d’autant plus sensible que l’inflation touche en priorité les dépenses essentielles. Pour de nombreux foyers, notamment les catégories les plus vulnérables, la hausse des prix alimentaires réduit progressivement les marges budgétaires et accentue les difficultés du quotidien. L’évolution des prochains mois dépendra en grande partie des conditions d’approvisionnement des marchés, de l’évolution des cours internationaux des matières premières ainsi que de la capacité de l’économie tunisienne à contenir les pressions internes sur les coûts.
