Précipitations: une baisse de 25% prévue d’ici 2100
Un rapport alarmant du Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) tire la sonnette d’alarme sur l’avenir climatique de la Tunisie. Entre hausse thermique et tarissement des précipitations, le pays est à la croisée des chemins pour sauver son modèle agricole et sa sécurité alimentaire.
L’horizon climatique de la Tunisie s’assombrit à mesure que les projections s’affinent. Selon les dernières analyses de la Banque Africaine de Développement, le pays doit se préparer à une réduction drastique de sa pluviométrie, pouvant atteindre 25 % d’ici la fin du siècle. Ce déclin frappera avec une intensité particulière les régions du Centre et du Sud, déjà vulnérables. Parallèlement à cette raréfaction de l’eau, le thermomètre ne cesse de grimper, avec des augmentations prévues oscillant entre 2,5°C et 5°C selon les trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre.
Cette double contrainte engendre un phénomène redoutable que les experts qualifient de « sécheresse combinée ». Cette situation survient lorsque des vagues de chaleur extrêmes frappent simultanément une ressource en eau déjà exsangue, sapant la résilience des systèmes naturels et productifs. Les conséquences ne sont plus seulement environnementales mais deviennent profondément économiques. Le secteur agricole, pilier historique du pays, subit de plein fouet ces chocs, entraînant un ralentissement de la croissance nationale. Plus inquiétant encore, cette crise fragilise l’équilibre de la balance commerciale, forcée de compenser la baisse des récoltes locales par une explosion des importations céréalières.
Pour tenter de freiner cette spirale, l’État tunisien a déployé un arsenal stratégique ambitieux. Sous l’égide des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, plusieurs feuilles de route à long terme ont été tracées, à l’image de la Stratégie Nationale de l’Eau 2050 ou du Plan directeur pour la réutilisation des eaux traitées. Ces initiatives s’inscrivent dans une volonté de passer d’une gestion de l’urgence à une culture de l’anticipation, en intégrant la rareté de l’eau comme une donnée structurelle et non plus conjoncturelle.
Pourtant, le défi ne réside pas uniquement dans la planification, mais dans l’exécution. Les experts de la BAD soulignent que, malgré une architecture législative cohérente, la gouvernance de l’eau en Tunisie souffre de lacunes structurelles. L’analyse de 22 organismes nationaux révèle un émiettement des centres de décision qui nuit à l’efficacité des réformes. Pour y remédier, l’institution panafricaine préconise une refonte profonde axée sur six piliers, incluant l’unification des efforts institutionnels, le recours massif au dessalement de l’eau de mer et le développement d’une infrastructure numérique pour un suivi des ressources en temps réel.
L’heure est désormais à la mobilisation financière et législative. Le rapport insiste sur la nécessité de mettre en place des systèmes d’assurance innovants pour protéger les agriculteurs, véritables sentinelles du climat. La modernisation du Code de l’Eau apparaît ainsi comme le chantier prioritaire pour transformer la gestion des risques et garantir, malgré les tempêtes climatiques à venir, la souveraineté alimentaire du pays.



