Produits agricoles : plus d’un échange sur deux échappe aux circuits organisés
Plus de 50% des échanges de produits agricoles dans les circuits de distribution sont accaparés par des intermédiaires informels, selon une étude sur « La réhabilitation des circuits de distribution agricole en Tunisie », présentée lors de la 10e édition du Tunisia Economic Forum.
Réalisée par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), l’étude a été présentée mardi à Tunis par le consultant Ahmed Ben Khedher. Elle dresse le constat d’un système de distribution agricole « déséquilibré et dominé par l’informel », marqué notamment par une distorsion des prix, une forte évasion fiscale et une absence de traçabilité.
L’étude souligne également la dégradation des infrastructures, liée au manque d’entretien, à la courte durée des contrats de concession et à l’absence d’expertise municipale spécialisée. Les auteurs mettent aussi en garde contre les risques sanitaires posés par l’état des abattoirs et l’absence totale de systèmes informatiques de suivi.
Pour réformer les circuits de distribution, l’étude propose trois axes stratégiques : moderniser le cadre légal et les infrastructures, intégrer l’informel dans le circuit organisé et développer l’agriculture contractuelle, ainsi que mettre en place un écosystème numérique « e-marché » afin de raccourcir la chaîne de valeur entre producteur et consommateur.
Concernant la modernisation du cadre réglementaire, l’étude recommande la création d’un code unifié et simplifié des circuits commerciaux, les textes actuels étant jugés dispersés et obsolètes. Elle préconise également l’adoption de contrats de concession de longue durée afin d’encourager l’investissement et garantir la qualité des services et l’entretien des infrastructures.
S’agissant de l’intégration du secteur informel, Ben Khedher propose l’enregistrement des intermédiaires dans les registres officiels afin de leur délivrer des cartes professionnelles, accompagnées d’incitations fiscales et sociales. Leur rôle serait limité à l’approvisionnement et au transport, sous supervision réglementaire.
Pour mieux structurer la production, l’étude insiste sur la mise en place de contrats préalables entre producteurs et acheteurs, définissant les prix, les volumes et les délais.
Afin de raccourcir la chaîne de valeur grâce au digital et aux circuits locaux, l’étude recommande la création d’une plateforme numérique nationale unifiée de traçabilité et de facturation électronique, baptisée « e-marché ». Elle propose également la mise en place de circuits courts, à travers un réseau national de centres de collecte et de réfrigération, des « Farm Markets » urbains et des unités de transformation intégrées aux marchés de gros pour valoriser les invendus, avec un objectif « zéro perte ».
Selon cette étude, élaborée à partir des données de la Société tunisienne des marchés de gros (SOTUMAG) et de l’Institut national de la statistique (INS), la réforme des circuits de distribution permettrait à l’État d’accroître ses recettes fiscales, d’assurer un suivi en temps réel des échanges et de renforcer la lutte contre la spéculation.
Des retombées sociales sont également attendues, notamment une hausse des revenus des agriculteurs grâce à la réduction des intermédiaires superflus. Les prix de détail devraient, par ailleurs, baisser pour les consommateurs, avec une amélioration des garanties en matière de sécurité sanitaire et de qualité.
L’étude prévoit aussi une réduction importante du gaspillage alimentaire, une meilleure rentabilité des investissements logistiques ainsi qu’une baisse de la corruption et des disparités régionales.
La feuille de route de cette réforme, prévue sur cinq ans, comprend une phase d’amorçage (2026-2027) consacrée à l’élaboration du décret gouvernemental encadrant les nouvelles formules de gestion, à l’activation d’un fonds de soutien aux entrepreneurs, au lancement pilote de la plateforme numérique nationale des prix et à la création de deux sociétés régionales pilotes chargées de la gouvernance.
La phase de déploiement (2028-2030) prévoit, quant à elle, la réhabilitation de cinq marchés de gros et de deux abattoirs selon les normes internationales, la révision du cadre réglementaire de la concurrence et le déploiement national de la plateforme numérique de mise en relation.



