Ligue 1 – Le CA rafle le sacre de champion 2025-2026 : Renaissance et embellie d’un champion
Zaâlouni et ses équipers si réguliers (Ph. © Mokhtar H’MIMA)
La Presse — On dit « qu’il ne faut pas fermer un livre avant d’avoir lu la dernière ligne ».
Le Club Africain renaît de ses cendres. L’effervescence, qui a gagné bien des villes du pays, a donné une idée de la place qu’occupe cette association sportive dans les cœurs des Tunisiens et….des Maghrébins.
Le Club Africain, champion de Tunisie 2026, a remporté 9 matchs, fait 5 nuls et n’a concédé qu’une seule défaite en 15 déplacements, récoltant 32 points sur 45 possibles. Il s’agit de l’équipe ayant accumulé le plus de points à l’extérieur, suivie du CS Sfaxien avec 27 points. Au stade de Radès, le Club Africain a gagné 10 matchs, fait 3 nuls et perdu 1, totalisant 33 points, soit 3 points de moins que l’Espérance (en attendant le match contre l’Olympique de Béja).
Un bilan flatteur, pour la simple raison que la régularité des performances a été le point fort d’une formation où les postes ont été consolidés par les joueurs qui ont été parmi les plus remis en question. C’est en fait la force de Faouzi Benzarti qui, lorsqu’il a une idée en tête (et il sent les bonnes idées), maintient sa décision. Par le travail spécifique, le dialogue, la conviction, la grogne s’il le faut, qui finit par régner entre les deux parties, il aboutit à des résultats positifs pour l’équipe.
C’est en fin de compte cette complicité qui a permis de contrôler la compétition et, en fin de parcours, d’enlever le titre. Ce derby, on n’arrêtera pas d’en parler d’un bout à l’autre du territoire, au sein des cellules des supporters établies à l’étranger, dans les foyers clubistes enivrés par ce titre qu’ils ont longtemps, très longtemps, attendu. Il a remis en question bien des assurances.
Les seules qui ont tenu leurs promesses ont été celles de l’équipe clubiste, qui a abordé le match avec deux options à disposition : la victoire bien sûr ou le nul. Cela aurait suffi à son bonheur. Ils n’étaient pas obligés de gagner, mais il leur était interdit de perdre. Contrairement à l’Espérance qui avait un retard à résorber pour garder toutes ses chances intactes.
Le Club Africain, nous l’avons vu, n’avait pas à jouer l’attaque. Bien postés en défense, les Clubistes, qui possèdent deux latéraux qui savent créer le danger et marquer le cas échéant, et qui ont dans leurs rangs le meilleur buteur du championnat, n’ont fait qu’attendre l’adversaire. Surtout ses fautes, lorsqu’il sera obligé de se découvrir. D’ailleurs, le but de la victoire et du titre a été marqué par un latéral bien servi par un jeune plein de qualité, Sadok Kadida, qui, pour la deuxième fois, refait le coup de la passe décisive.
Tout cela ne s’acquiert pas par un coup de baguette magique. Il fallait l’expliquer aux joueurs et Faouzi Benzarti a su le faire, l’exiger pour que cela soit appliqué avec la réussite que l’on connaît. Bien entendu, pour que tout aille comme dans le meilleur des mondes, il fallait une équipe bien en souffle, confiante en ses différentes lignes et surtout qui était psychologiquement solide pour ne pas se laisser distraire. Adossée à un digne héritier de Attouga et de Naïli, le gardien clubiste Mouhib Chamakh a fait le boulot. Et il a réussi, en passant, à marquer des points pour l’avenir de ce poste clé, tout aussi bien au sein de son club qu’au niveau de l’équipe nationale. Des interventions miraculeuses que seul un gardien de but sûr de lui est capable de réaliser, un placement et une disponibilité remarquables, ont mis en confiance ses camarades qui ont appliqué les consignes et laissé venir.
Mais l’Espérance dans tout cela ? Elle a fait le maximum, mais cette équipe dominatrice, de métier, aux joueurs motivés par leur stature d’éternels favoris, était méconnaissable. Hésitante, avec des éléments qui n’ont pas réussi à imposer leur jeu, elle a non pas subi le jeu de ses adversaires, mais s’est laissé engloutir dans le piège posé. La solide défense clubiste, en pressant haut, a fini par les faire douter. Et lorsqu’on joue devant son public, la charge devient énorme, insupportable.
Et maintenant ?
La première question qui se pose : est-ce que Faouzi Benzarti poursuivra le beau travail qu’il a entamé ? En réponse à une question de notre confrère Moez Ben Gharbia, Benzarti a admis avoir envisagé à plusieurs reprises de mettre un terme à sa carrière d’entraîneur et de faire une pause. Il a toutefois reconnu céder à certaines exigences, créant une certaine gêne qui le contraint à accepter. Benzarti a salué le travail de la direction du Club Africain et a laissé entendre qu’il comptait poursuivre sa carrière, notamment en vue de la participation prochaine de l’équipe à la Ligue des champions. Cet aboutissement attendu depuis si longtemps est le fruit d’un certain nombre de circonstances providentielles. Et à rien d’autre. Surtout pas ces réunions oiseuses qui n’ont plus droit de cité, dans un football professionnel qui exige des idées certes, mais un carnet de chèques à portée de main.
La chance ? Il vaudrait mieux dire opportunités qui se présentent. Tout d’abord l’arrivée de l’Américain Fergie Chambers qui, impressionné par l’ambiance clubiste, a investi et surtout a pris l’initiative d’éponger une très grande partie des dettes qui bloquaient toutes initiatives de redressement de l’équipe (plus de 30 millions de dinars injectés dans un contrat de sponsoring). Le public, omniprésent, a largement contribué à cet élan salvateur et nous pourrions dire que ce public, loué de partout en Tunisie ou ailleurs, a favorisé la renaissance de ce club centenaire porté à bout de bras par ses fans.
C’est ensuite l’arrivée du docteur Mohsen Trabelsi à la présidence. Un homme qui inspire confiance et impose le respect. Il parle peu, mais agit en toute discrétion, évite les polémiques, mais sait ce qu’il veut et où aller. La bonne gouvernance conditionne la réussite de tout plan de redressement. Il a réussi dans ce rôle difficile et à la limite ingrat.
C’est enfin la discipline imposée par Faouzi Benzarti. Cet homme, on l’aime ou on le déteste, est un homme honnête et surtout sincère. Il aime son métier. Reconnu comme le technicien le plus capé du pays, sollicité par les meilleurs, il choisit par conviction et non par caprice. Il est dur et terriblement exigeant (il a franchement reconnu qu’il a fait souffrir ses joueurs), il est de ceux qui savent utiliser l’effectif mis à sa disposition et n’hésite pas à lancer les jeunes ou à redistribuer les rôles. Ce nouveau titre lui a encore une fois donné raison.
Notre confrère Fathi El Mouldi a résumé en quelques mots la situation: « La justice du football a couronné le Club Africain champion de Tunisie, un titre amplement mérité. Chaque titre du Club Africain a une saveur particulière ».
Pour le Club Africain, le chemin à entreprendre est tout tracé : il possède une jeune équipe de combat. Des guerriers qui ont pris goût à la lutte. Il faudrait la conserver et bien sûr procéder à des recrutements ponctuels qu’exigera l’encadrement technique en prévision des engagements futurs. La seule crainte se présente sous forme de ces menaces que représentent les réunions obscures, dans des bureaux où on fait et défait inutilement le monde. Elles ont fait tant de mal et provoqué tant de scissions, de malentendus et de perte de temps. Elles ont freiné toute tentative du club de sortir la tête de l’eau, au grand désespoir de ses fans. Suivez le regard pour comprendre.


