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Sommet de Pékin : derrière les honneurs, une Amérique qui n’a plus les cartes en main

  • 14 mai 2026
  • 5 min de lecture
Sommet de Pékin : derrière les honneurs, une Amérique qui n’a plus les cartes en main

Des accords commerciaux en vue, un dossier iranien sans issue : la visite de Donald Trump à Pékin, reçu avec tous les honneurs par Xi Jinping, ne dissimule pas moins un rapport de force profondément reconfiguré. Dans un entretien accordé à Express FM le 13 mai 2026, Adnan Limam décrypte les véritables enjeux d’un sommet où l’économie prime sur tout et où les ambitions américaines se heurtent aux réalités du monde.

Pour Adnan Limam, le protocole déployé par Pékin traduit l’importance que la Chine accorde à cette visite, car elle sait pertinemment que Washington a fait d’elle son adversaire principal, ainsi qu’il ressort du document de stratégie de sécurité nationale américaine publié en décembre 2025. Aussi puissante soit-elle, la Chine cherche néanmoins à éviter l’affrontement direct afin de maintenir un équilibre acceptable dans la gestion de ses différends avec Washington. Un choix de raison : la Chine est aujourd’hui la première économie mondiale si l’on se réfère aux calculs fondés sur la parité de pouvoir d’achat, les États-Unis occupant la seconde place. L’expert cite à cet égard Emmanuel Todd, qui soutient dans son dernier ouvrage qu’une partie significative du produit national américain serait artificielle et ne représenterait pas de richesse réelle.

Trump souhaitait se rendre à Pékin en vainqueur, fort d’une victoire contre l’Iran censée lui donner la main sur les ressources énergétiques mondiales. Or l’Iran a tenu tête, brisant les ambitions d’hégémonie sur les hydrocarbures. C’est donc en interlocuteur disposant de certains atouts de négociation, mais dans une posture de relative humilité, que le président américain a fait son entrée dans la capitale chinoise.

Sur le dossier iranien, Pékin ne fera pas le travail de Washington

Un accord irano-américain facilité par la Chine lors de ce sommet ? Le scénario est très improbable, selon l’expert. Trump voudrait imposer à Téhéran les conditions d’un vainqueur qu’il n’est pas, et l’Iran refusera ces conditions quel qu’en soit le coût. Le Moyen-Orient touche par ailleurs aux impératifs stratégiques de la Chine : c’est de cette région que transitent les approvisionnements nécessaires à l’initiative des Routes de la soie. Aider Washington à y imposer sa vision reviendrait pour Pékin à agir contre ses propres intérêts.

La logique va même au-delà, poursuit Adnan Limam : la Chine a tout intérêt à ce que les États-Unis subissent une défaite stratégique dans cette guerre, afin que Washington ne puisse utiliser ni le levier de l’énergie ni le contrôle des couloirs stratégiques pour affaiblir Pékin ou compromettre ses routes commerciales. Les positions demeurent au demeurant trop éloignées pour envisager un accord : Washington exige la remise de l’uranium enrichi et le démantèlement du programme nucléaire iranien, tandis que Téhéran pose ses propres conditions, dictées par les rapports de force que la guerre a révélés en sa faveur.

Un élément aggrave encore le blocage : les négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner défendent en réalité des intérêts israéliens plutôt qu’américains, constat que formule sans détour le politologue John Mearsheimer. Dans ce contexte, la Chine ne saurait accepter d’être réduite à un simple instrument de pression au service d’exigences israéliennes. Son rôle dans ce dossier restera en conséquence sans influence décisive.

Sur l’économie, des accords probables mais une réciprocité non négociable

L’économie est le véritable cœur de ce sommet, dont les autres dossiers ne sont que des dérivés, affirme le spécialiste. L’objectif central de la politique américaine est d’empêcher la Chine de s’imposer comme la première puissance mondiale, dans un contexte de croissance chinoise soutenue face au recul de la capacité industrielle américaine. Pour inverser cette tendance, Trump entend réindustrialiser les États-Unis, ce qui suppose de trouver des accommodements avec Pékin sur l’ouverture de son marché, voire de lui proposer des opportunités d’investissement sur le sol américain.

Des accords commerciaux, économiques et douaniers sont très probables à l’issue du sommet. Mais la Chine n’ouvrira ses marchés aux entreprises américaines qu’en contrepartie d’une réciprocité permettant à ses propres entreprises de prendre pied aux États-Unis, équilibre dont il serait illusoire de faire l’impasse. Reste, selon Adnan Limam, une asymétrie structurelle : là où la stratégie chinoise est stable, de long terme et imperméable aux changements de personnes ou de circonstances, la méthode américaine demeure tributaire du tempérament impulsif et imprévisible de Trump. Ce déséquilibre pèsera inévitablement sur la portée réelle de tout accord conclu.

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Auteur

S. M.

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