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Culture

Vient de paraître – « Le Roi de la Mer » : Donner à la BD ses lettres de noblesse

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  • 14 mai 2026
  • 7 min de lecture
Vient de paraître – « Le Roi de la Mer » : Donner à la BD ses lettres de noblesse

Il s’agit d’une BD racontant l’histoire de Saïd, un modeste pêcheur tunisien qui se retrouve naufragé sur une île étrange après avoir survécu à une tempête. Initialement créée par l’auteur et dessinateur tuniso-belge Sabri Kasbi, l’œuvre a été d’abord éditée en langue française en Belgique. Elle a été récemment traduite par l’écrivain et universitaire Issam Marzouki. L’adaptation graphique a été assurée par Nebras Charfi.

La Presse — La librairie Al Kitab a accueilli le 7 mai dernier une présentation de la version arabe de la bande dessinée « Le Roi de la Mer ». Initialement créée par l’auteur et dessinateur tuniso-belge Sabri Kasbi, l’œuvre a été d’abord éditée en langue française en Belgique. Elle a été récemment traduite par l’écrivain et universitaire Issam Marzouki. L’adaptation graphique a été assurée par Nebras Charfi, cofondatrice de Enoya Design Com Editions avec Pol Guillard.

C’est l’histoire de Saïd, un modeste pêcheur tunisien qui se retrouve naufragé sur une île étrange après avoir survécu à une tempête. Le lecteur suit ses aventures ainsi que ses rencontres avec des animaux, un habitant de l’île et d’autres voyageurs de passage.

Comme le format des BD, d’une manière générale, est entre le livre et le cinéma, l’histoire du « Roi de la Mer » est donc racontée visuellement, à travers des dessins dynamiques, des dialogues et des narrations. Elle avance case par case pour faire rire, émouvoir et créer du suspense. La créativité est soulignée tant à travers le format que par le fond qui va au-delà d’une simple distraction. L’œuvre traite en effet de thèmes d’actualité tels que l’écologie et l’immigration clandestine.

La séance de présentation à Al Kitab s’est faite en présence des quatre membres de l’équipe qui a réalisé la BD dans sa version arabe, soit Sabri Kasbi, Issam Marzouki, Nebras Charfi et Pol Guillard.

Une bande annonce a été projetée pour faire découvrir au public une partie du « Roi de la Mer », rendue vivante à travers une lecture avec des effets spéciaux. En plus des voix narratives, il y avait de la musique et des bruits spéciaux pour un effet plus immersif, comme le grondement du tonnerre, le fracas des vagues lors de la tempête…

La BD, un art complexe

Sabri Kasbi, qui a créé la version française, est revenu sur une passion d’enfance, devenue aujourd’hui un parcours artistique professionnel. « C’était pour moi une évidence de devenir dessinateur. Je l’ai su depuis l’âge de 4 ans ». Il a en fait grandi en Belgique, un pays où la culture des BD a son poids, et auquel nous devons Tintin, les Schtroumpfs, Lucky Luke et bien d’autres héros célèbres.

Saïd, le personnage principal du « Roi de la Mer », est un jeune Tunisien, comme le révèle sa chéchia rouge. Il est façonné avec les enfants dans des ateliers que Sabri Kasbi a faits à Tazarka en 2001. « Je dessinais en Belgique mais j’avais l’impression d’être ici », nous a-t-il raconté. Les événements se déroulent donc en Tunisie, le cadre spatial étant inspiré de l’île de Zembra que Sabri Kasbi a vue depuis El Haouaria. « Les îles m’ont toujours impressionné, avec les animaux qui y vivaient et qui ont aujourd’hui disparu ». Le deuxième personnage, le monsieur italien, a été conçu « pour créer l’effet théâtral », mais il y a une part de vérité en rapport avec son existence. Il y a eu un Italien qui s’est installé à Zembra dans les années 1950 et s’y est proclamé roi. Et, pour s’aligner sur la citation de Hitchcock qui pensait que « Un bon méchant fait une bonne histoire », Sabri Kasbi a ajouté des passeurs qui abandonnent les migrants sur des îles désertes. Et, de la documentation, il en a fallu pour écrire le texte, tout en s’inspirant d’anecdotes, de rencontres et de lectures.

Après avoir élaboré le scénario, il fallait le transposer en format graphique. Le principe est de s’appuyer sur le dessin comme langage, et donc de se  passer au maximum du texte qui n’est qu’un complément. Or, selon Sabri Kasbi, la tâche d’un dessinateur peut être même plus complexe que celle du peintre qui a une marge d’abstraction. Il faut en effet savoir tout reproduire à la main, en maintenant un effet de crédibilité. Un travail cinématographique est aussi primordial pour choisir les plans, les décors. De plus, il faut maîtriser beaucoup de détails, toujours par souci de crédibilité, jusqu’aux lignes de vitesse pour dessiner correctement les chutes..Sabri Kasbi a souligné que des chercheurs ont recensé dans ce contexte plus de 300 compétences requises. Raconter des histoires avec des dessins est au final bien plus élaboré qu’on ne le pense. La traduction est, à son tour, d’une complexité insoupçonnée.

Les enjeux invisibles de la traduction

C’est Issam Marzouki qui a adapté « Le Roi de la Mer » en arabe. Il est particulièrement connu pour son engagement envers la littérature de l’enfance. Son intérêt pour ce projet est lié à une passion pour les BD qui remonte à son plus jeune âge. « On regardait les bandes dessinées avant même d’apprendre à lire. C’est ainsi que j’ai appris à lire en arabe et en français », nous a-t-il raconté. Il a évoqué avec nostalgie les fascicules que toute sa génération lisait et qui étaient accessibles à prix réduit. Tout un marché qui a disparu de nos jours…

Pour créer une version arabe, la tâche ne se résume pas à changer de langue. Des contraintes se sont imposées, auxquelles le public ne penserait même pas. Le sens de lecture s’inverse du français à l’arabe, ce qui affecte l’aspect graphique. Des modifications sur les dessins se sont donc avérées nécessaires car un  simple effet miroir aurait rendu tous les personnages gauchers. Il fallait donc retravailler les bulles. De plus, trouver les onomatopées était un défi à part entière, comme on n’a pas la tradition d’imiter des sons à l’écrit dans la littérature arabe. Le style d’écriture est simplifié et accessible, proche de l’arabe de communication. Quelques répliques en italien, déjà présentes dans la version originale, ont été conservées. Le personnage italien répondait en fait dans sa propre langue.

Tentant de définir le public cible, Issam Marzouki a répondu qu’il vise, en enseignant pédagogue, les enfants à l’école et au collège. Pour Sabri Kasbi, c’est un ouvrage grand public car « les adultes ont aussi besoin de rêver, de vivre des aventures ». « Je m’évade en écrivant, Je me raconte l’histoire à moi-même et je plains à mon tour ceux qui ne lisent pas parce qu’ils n’ont qu’une seule vie, la leur », a poursuivi Sabri Kasbi.

La version arabe du « Roi de la Mer » allie donc les volets esthétique et littéraire dans un format attractif et accessible. C’est un divertissement éducatif qui permet d’apprendre et de développer l’esprit critique tout en s’amusant.

Une version vidéo, qui serait le prolongement de la bande annonce, est également envisagée.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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