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Culture

« I Hear the Old Sound of The World’s Future » de Mohamed-Ali Ltaief au B7L9 : Le son pour libérer les mémoires

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  • 14 mai 2026
  • 3 min de lecture
« I Hear the Old Sound of The World’s Future » de Mohamed-Ali Ltaief au B7L9 : Le son pour libérer les mémoires

À partir d’enregistrements réalisés entre 1915 et 1918 par la Commission phonographique prussienne, l’artiste remonte le fil d’une mémoire fragmentée, celle de prisonniers nord-africains détenus dans des camps allemands durant la Première Guerre mondiale, dont les voix furent captées, classées, stockées, puis dispersées à travers différentes institutions.

La Preses — Le B7L9 Art Centre, à Bhar Lazreg-présente, jusqu’au 5 juillet 2026, l’exposition « I Hear the Old Sound of The World’s Future » de l’artiste tunisien Mohamed-Ali Ltaief.

À travers ce projet d’exposition et de recherche, ce dernier explore les liens profonds entre le son, la mémoire et l’Histoire, en revisitant des archives sonores nord-africaines du début du XXe siècle et les récits qu’elles renferment encore.

Né à Tunis et basé à Berlin, Mohamed-Ali Ltaief interroge les notions de temporalité, de spatialité, de géophilosophie, de migration et d’écriture de l’Histoire. Il s’intéresse particulièrement aux histoires de l’art non établies, perdues ou laissées en marge du grand récit universel de la modernité. Sa pratique puise dans des approches transdisciplinaires, à l’intersection de la performance, du théâtre, des arts visuels et du son, tout en intégrant également l’essai et la fiction.

Il a étudié la philosophie à Tunis avant d’être diplômé de l’Institut supérieur des Beaux-Arts de Tunis. Il est également chercheur en stratégies spatiales à la Weißensee Academy of Art de Berlin. Il collabore avec plusieurs collectifs et compagnies, notamment Motus, et a cofondé le collectif Ahl Al-Kahf à Tunis en 2011.

Avec « I Hear the Old Sound of The World’s Future », l’artiste,  installé à Berlin, ouvre une brèche dans les strates enfouies de la mémoire sonore nord-africaine. Présentée, depuis le 24 avril, l’exposition se déploie comme une tentative d’écoute de ce qui, longtemps, est demeuré prisonnier des archives, des institutions et du silence.

À partir d’enregistrements réalisés entre 1915 et 1918 par la Commission phonographique prussienne, l’artiste remonte le fil d’une mémoire fragmentée, celle de prisonniers nord-africains détenus dans des camps allemands durant la Première Guerre mondiale, dont les voix furent captées, classées, stockées, puis dispersées à travers différentes institutions, du musée SMB à Berlin, à Ennejma Ezzahra.

Mais il ne s’agit pas ici de restaurer une archive au sens traditionnel. Mohamed-Ali Ltaief travaille dans les interstices, là où le document laisse réapparaître des présences incomplètes, des souffles, des silences, des fragments d’existence suspendus dans la matière sonore. Ce qu’il exhume, ce ne sont pas seulement des voix anciennes, mais des corps absents, des histoires déplacées, des mémoires retenues captives dans les mécanismes de l’Histoire coloniale.

L’exposition prend alors la forme d’une installation vidéo multicanale où le son cesse d’être un simple support documentaire pour devenir espace traversable, matière physique, vibration presque spectrale. L’image, le souffle et l’écoute y composent un territoire instable où le passé continue de circuler dans le présent, refusant de se laisser définitivement refermer.

A découvrir!

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Auteur

Meysem MARROUKI

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