Il convient que nos régions, grâce à un potentiel assez riche et varié, auraient pu aider l’économie nationale à retrouver, même progressivement, sa stabilité et sa santé financière. Ce n’est malheureusement pas encore le cas, faute d’implication et d’engagement. C’est bien le cas de la ville de Tabarka qui, malgré des spécificités uniques, n’arrive pas à se désenclaver.
La Presse — L’année dernière, au moment où certains observateurs et experts regrettaient, encore une fois, un gâchis économique important au niveau de Tabarka, plusieurs voix se sont élevées pour promettre, cette fois-ci, des réactions rapides et sérieuses.
Les uns parlaient ainsi de la relance de l’Aéroport international qui s’est transformé, en l’espace de quelques années, d’un atout irréversible pour la relance de la région à une charge financière très lourde, faute de gestion, de bonne commercialisation et de fonctionnement.
Indifférence et désengagement !
Des défaillances qui se sont traduites par une chute libre de son l’activité et, même, de sa fermeture provisoire. La reprise de l’activité, en 2022, n’a rien changé puisqu’on a assisté aux mêmes contreperformances. Une mauvaise opérationnalité qui a conduit les premiers responsables a programmer toute une nouvelle approche de gouvernance, qui implique, d’ailleurs, le reste des aéroports régionaux, avec un budget qu’ils avaient qualifié de conséquent.
Et pourtant, plus d’une année depuis l’annonce de cette nouvelle démarche et à l’exception de la programmation de quelques vols, l’aéroport peine toujours à se désenclaver et le tableau reste le même, avec un potentiel économique important qui n’arrive toujours pas encore à se traduire, réellement, en développement concret.
Et rien ne laisse entrevoir, franchement, d’éventuelles issues favorables tellement l’indifférence et le désengagement accablent les mentalités des responsables aussi bien locaux que régionaux.
Cette oisiveté ne se limite pas à l’aéroport, elle s’étend à d’autres niveaux. En effet, l’infrastructure de base connaît une dégradation préoccupante menaçant aussi bien la ville, son environnement que son potentiel. On parle, notamment, de glissement de terrain et de chute de pierres qui ont conduit, d’ailleurs, et comme on l’a déjà souligné, à la fermeture de la principale route touristique de la ville « Les aiguilles ».
De son côté, le plan d’aménagement est devenu, totalement, obsolète, surtout qu’il n’a pas été mis à jour depuis plus de 30 ans, ce qui menace sérieusement, aujourd’hui, le cachet architectural de la ville du corail.
L’infrastructure portuaire est, elle aussi, à l’agonie avec un port de pêche, de plus en plus candidat sérieux à l’effondrement, faute d’entretien et de maintenance. Et malgré la gravité de la menace et la lourdeur de ses conséquences, on maintient toujours le silence radio.
Et ce n’est pas tout, Tabarka est devenue la ville des paradoxes. Ainsi, malgré un potentiel hydrique assez important, des ressources forestières impressionnantes et un climat humide favorable, notre cité est toujours incapable de transformer ces atouts en valeur économique et agricole pérenne.
En plus de ce désintéressement socioéconomique, cette mauvaise gestion a impliqué d’autres volets assez importants, le culturel notamment.
Une culture qui dérange
En effet, et au risque de nous répéter, l’activité culturelle, artistique et même patrimoniale a subi une forte pression tout au long de ces derniers temps, à tel point que certains parlent de « massacre gratuit ». Il suffit de rappeler l’annulation des principaux festivals de la ville du corail alors qu’ils constituaient tout un pan de la mémoire collective de la région. On pense surtout aux festivals de jazz, de la musique du monde, du Rai, du Latinos ou encore de la photo sous-marine qui ont réussi, en l’espace de quelques années, à conférer à cette ville du Nord-Ouest une dimension régionale et internationale de choix.
On pense également au fort génois, toujours marginalisé. Un site que tout le monde pense unique et qui pourrait non seulement apporter une valeur ajoutée certaine à l’économie locale, mais aider cette région à transiter vers un tourisme de luxe, désormais une tendance stratégique pour les donneurs d’ordre internationaux.
Ce qui désole encore plus, c’est qu’à chaque fois qu’on parle de projets sérieux, l’on se retrouve rapidement face à des blocages difficiles à contourner. On se rappelle qu’en janvier 2026, « Tunisia Investment Authority » (TIA) a approuvé l’extension d’un grand projet d’hébergement touristique pour une enveloppe totale de plus de 118 millions de dinars. Mais le projet, selon les données disponibles, est resté, presque sans suite, sinon un avancement au ralenti pour calmer les esprits.
Tout comme celui de « Costa– Coralis », ce mégaprojet qui devrait transformer et réinventer le paysage socioéconomique de toute la région, mais qui est encore au point mort.
Le tableau est, somme toute, complexe, mais la marge de manœuvre et de redressement reste tout de même assez conséquente. Il suffit, tout simplement, de bonne volonté, d’engagement, de financement adéquat et, surtout, des compétences appropriées.



