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Décarbonation des entreprises : Aligner le système financier sur les objectifs climatiques

  • 16 mai 2026
  • 6 min de lecture
Décarbonation des entreprises : Aligner le système financier sur les objectifs climatiques

Réduire le carbone n’est plus une option, c’est une stratégie. La décarbonation devient une exigence, un levier de compétitivité pour les entreprises tunisiennes. Anticiper cette évolution est aujourd’hui un gage de conformité et de responsabilité. L’Etat comme le secteur privé doivent désormais accélérer la structuration d’un écosystème capable de transformer la contrainte en opportunité durable.

La Presse —La décarbonation, longtemps perçue comme une démarche volontaire, devient progressivement une obligation légale pour les entreprises. Face à la montée des exigences environnementales, à la pression des marchés internationaux et à l’urgence climatique, la Tunisie structure un cadre réglementaire qui pousse les entreprises vers la neutralité carbone. 

La décarbonation est un des défis de taille qui se posent aujourd’hui aux opérateurs économiques du pays ainsi qu’aux décideurs publics. Réduire ses émissions, verdir ses opérations, engager une transition énergétique crédible, répondre à de nouvelles exigences de marché, tels sont les objectifs fixés, pour développer une économie engagée dans une dynamique d’industrialisation, de montée en gamme,  d’ouverture à l’international. 

La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), en l’occurrence, s’est engagée en faveur d’un système financier aligné avec les objectifs climatiques et d’un modèle d’investissement à impact capable d’accélérer la transition durable en Tunisie.

Initiatives structurantes

Selon Néjia Gharbi, directrice générale de la CDC, «les flux financiers mondiaux demeurent encore insuffisamment orientés vers les objectifs climatiques, malgré les constats formulés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et la mobilisation croissante des institutions financières internationales et des régulateurs».    

En Tunisie, plusieurs initiatives structurantes ont été lancées afin d’accompagner cette transformation, notamment les travaux relatifs à la taxonomie climatique et au guide de décarbonation des portefeuilles des institutions financières, auxquels la CDC contribue activement. Toutefois, «au-delà des intentions stratégiques affichées, le principal défi demeure aujourd’hui celui de l’opérationnalisation».    

Gharbi précise que la question climatique constitue un axe central de la stratégie de la CDC 2026-2030. «L’institution intègre désormais le risque environnemental comme une composante essentielle du risque financier à travers un système de gestion environnementale et sociale déployé sur l’ensemble de ses processus d’investissement».

Cette approche permet d’évaluer les impacts environnementaux dès la phase de conception des projets et tout au long de leur cycle de financement. La démarche d’accréditation de la CDC auprès du Green Climate Fund (GCF) a également permis de renforcer les capacités techniques de l’institution et d’aligner ses pratiques sur les standards internationaux.           

S’agissant des instruments de financement de la transition, la CDC «a mis en avant son rôle d’investisseur patient, intervenant en equity et quasi-equity afin d’absorber une partie des risques liés aux projets de transition, souvent caractérisés par des rendements différés. Cette posture permet de catalyser l’investissement privé et de rassurer les co-investisseurs».

La CDC a également insisté sur son rôle de tiers de confiance dans la mobilisation des financements climatiques internationaux. Selon une note publiée par l’institution, l’obtention imminente de l’accréditation GCF permettra de renforcer l’accès de la Tunisie aux fonds internationaux dédiés à la transition écologique. Dans cette dynamique, la CDC a engagé plusieurs initiatives innovantes, notamment la préparation d’un cadre d’émission de green bonds ainsi que le déploiement du programme GreenTech destiné à financer des modèles émergents liés à l’Agritech et à l’économie circulaire.

Le défi majeur porte sur la nécessité de structurer davantage de projets bancables alignés sur les priorités nationales en matière d’indépendance énergétique, de sécurité hydrique et alimentaire ou encore de valorisation des déchets. Il s’agit aussi de développer des montages financiers innovants et mixtes capables de mieux répartir les risques inhérents aux projets climatiques, de prendre en considération le risque climatique comme un risque financier majeur.

Autres priorités non moins importantes qui concernent la structuration rigoureuse des projets de transition, le renforcement de la confiance des investisseurs internationaux à travers la standardisation des pratiques ainsi que le développement de mécanismes de financement mixte associant capitaux publics, privés et internationaux.

Dans le même sillage, la CDC a réaffirmé sa volonté de «dépasser une logique de simple gestion des risques ESG pour adopter une approche proactive visant la création d’impacts sociaux et environnementaux positifs, parallèlement à la rentabilité financière. Cette démarche repose sur un référentiel de management de l’impact aligné sur les standards internationaux, tels que l’Opim, l’IMM et les indicateurs IRIS+».  

L’institution veille également à aligner ses objectifs d’impact avec les priorités nationales de développement pour la période 2026-2030, notamment la création d’emplois durables, l’inclusion des jeunes et des femmes, l’égalité des genres ainsi que la résilience climatique.

Forte de ces expériences, l’institution déploie aujourd’hui une nouvelle génération de programmes, notamment GreenTech dédié à la transition environnementale et «Watani» axé sur l’inclusion sociale et économique des jeunes et des femmes dans les régions.

Trajectoire de réduction des émissions de GES 

Pour rappel, les grandes orientations de la stratégie de neutralité carbone et résiliente aux changements climatiques à l’horizon de 2050, finalisée en octobre 2022, sont focalisées sur une transition vers une économie bas ccarbone, circulaire et durable dans tous les secteurs de l’économie tunisienne.

Cette stratégie trace ainsi une trajectoire de réduction des émissions de GES à l’horizon 2050, identifie les priorités pour promouvoir un développement résilient fortement adapté aux impacts climatiques.   L’ampleur de la transition vers la neutralité carbone se reflète dans la comparaison des intensités carbone des scénarios BAU (Business as Usual) et BAC (Bas Carbone). En effet, le scénario BAC prévoit une réduction de 38 % de l’intensité carbone par rapport au scénario BAU d’ici 2030.

La stratégie SNBC-RCC constitue ainsi un cadre stratégique ambitieux, porteur d’une vision claire et d’une trajectoire de mise en œuvre de la transformation structurelle attendue. Le nouveau modèle de croissance verte en Tunisie  est axé sur la décarbonation de l’économie tunisienne en assurant la sécurité énergétique et l’accélération de la transition énergétique.        

Auteur

Najoua Hizaoui

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