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Visas : L’Otic dénonce les dérives des sociétés intermédiaires et appelle à la réciprocité

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  • 16 mai 2026
  • 6 min de lecture
Visas : L’Otic dénonce les dérives des sociétés intermédiaires et appelle à la réciprocité

L’Organisation tunisienne pour informer le consommateur (Otic) a exprimé, dans un communiqué publié le 12 mai 2026, sa vive inquiétude face à la multiplication des dépassements liés aux services de traitement des demandes de visa assurés par des sociétés privées d’intermédiation, notamment TLScontact. A ce propos, l’organisation évoque une hausse continue des charges financières imposées aux demandeurs ainsi que des pratiques portant atteinte aux principes de transparence, de concurrence loyale et de protection des données personnelles.

La Presse — Selon le communiqué, les frais appliqués pour des prestations administratives limitées, comme la prise de rendez-vous, la collecte des dossiers ou la réception des demandes, ont atteint, dans plusieurs cas, des niveaux jugés excessifs, particulièrement dans un contexte marqué par l’absence de concurrence réelle et d’alternatives accessibles. L’organisation estime que cette situation s’apparente à une forme de « monopole déguisé » autour d’un service à caractère souverain et sensible.

L’organisation rappelle également que la loi tunisienne n°36 de 2015 relative à la concurrence et aux prix permet aux autorités d’intervenir en cas de dysfonctionnements du marché ou de pratiques entraînant des augmentations injustifiées des coûts. Elle considère que le secteur des services de visa illustre désormais pleinement cette problématique, compte tenu de la domination exercée par un nombre restreint d’entreprises privées sur une procédure directement liée au droit à la mobilité et à l’image de l’État.

Elle souligne par ailleurs que la délégation d’une partie des procédures consulaires à des sociétés privées a favorisé l’émergence d’un système générant des profits importants à partir de services à faible valeur ajoutée, alors que les citoyens supportent seuls des coûts financiers et administratifs croissants. L’organisation dénonce également l’absence de garanties suffisantes concernant la qualité des services, les délais de traitement et surtout la protection des données personnelles, alors que les dossiers traités contiennent des informations biométriques, professionnelles et familiales sensibles.

Dans ce contexte, l’Otic appelle les autorités tunisiennes à ouvrir un audit global sur le respect de la législation relative à la protection des données personnelles et à soumettre les sociétés d’intermédiation à un contrôle juridique, financier et fiscal renforcé. Elle réclame aussi une révision du cadre réglementaire encadrant cette activité, sur la base du principe de réciprocité et du respect de la souveraineté nationale.

L’organisation insiste également sur la nécessité d’instaurer davantage d’équité financière en permettant aux demandeurs de visa de récupérer tout ou partie des frais de service lorsque leurs demandes sont refusées, notamment les frais d’intermédiation et les prestations administratives. Elle estime qu’imposer au consommateur l’intégralité des coûts sans garantie d’obtention du service final constitue une atteinte à l’équilibre contractuel et aux principes élémentaires de protection du consommateur.

Enfin, elle appelle à la création d’un mécanisme officiel relevant du ministère des Affaires étrangères, chargé de recevoir et de traiter les plaintes des demandeurs de visa concernant les abus financiers, les retards, les mauvais traitements ou les atteintes à la protection des données personnelles. L’organisation estime que l’absence de voie de recours claire place actuellement les citoyens dans une position de faiblesse face aux sociétés intermédiaires.

Appel à l’application du principe de réciprocité

Cette prise de position reflète un mécontentement de plus en plus visible face à la manière dont les procédures de visa sont aujourd’hui gérées par des sociétés privées mandatées par plusieurs pays européens. En Tunisie, le débat ne se limite plus aux difficultés administratives ou aux coûts élevés, mais il touche désormais à des questions plus sensibles, comme la souveraineté nationale, la protection des données personnelles et le sentiment d’inégalité ressenti par de nombreux demandeurs.

Dans une déclaration accordée à notre journal, le président de l’organisation, Lotfi Riahi, a dénoncé la persistance de ces pratiques, rappelant qu’une première alerte avait déjà été lancée l’année dernière, à une période marquée par une hausse des demandes de visa, notamment dans le cadre de la participation à des séminaires et rencontres académiques, sans qu’aucune mesure concrète ne soit prise depuis.

Selon lui, la question dépasse aujourd’hui le simple cadre administratif pour toucher directement à la souveraineté nationale. Il appelle ainsi à une révision profonde du système d’intermédiation ainsi qu’à l’application du principe de réciprocité. « Jusqu’à quand nos médecins, nos avocats et nos journalistes continueront-ils à subir de telles pratiques ? », s’est-il interrogé.

Lotfi Riahi a également souligné le caractère injuste des procédures actuelles, faisant remarquer qu’en cas de refus de visa, le demandeur tunisien ne bénéficie d’aucune indemnisation ni remboursement des frais engagés. Il est à souligner que depuis le 11 juin 2024, les frais du visa Schengen de court séjour pour les Tunisiens s’élèvent à 90 euros, soit environ 300 à 310 dinars tunisiens pour un adulte, sans compter les frais supplémentaires facturés par les sociétés intermédiaires.

Le président de l’Otoc ajoute que pour beaucoup de Tunisiens, les démarches de visa sont devenues synonymes de frais importants, de procédures complexes et parfois d’un manque de transparence, sans garantie d’obtenir le visa demandé

Au demeurant, cette situation alimente un malaise grandissant autour d’un système perçu par certains comme un marché très rentable pour quelques entreprises privées, alors que la possibilité de voyager, d’étudier ou de rejoindre sa famille à l’étranger reste un enjeu majeur pour une large partie de la population.

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Auteur

Samir DRIDI

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