Le groupe établi par Sabri Lamouchi pour disputer le Mondial américain n’est pas exempt de quelques reproches. Plusieurs joueurs ont fait les frais de critères pas assez cohérents.
La Presse —Le suspense est terminé et la liste des 26 heureux élus de l’équipe de Tunisie pour la Coupe du monde 2026 n’est plus un secret. On ne s’attendait pas, certes, à ce qu’elle soit une liste parfaite et qu’elle fasse l’unanimité, mais on avait espéré tout de même du sélectionneur national Sabri Lamouchi beaucoup plus de clarté dans les idées.
Le fait que la conférence de presse pour l’annonce de cette liste a été retardée montre bien que les hésitations et les incertitudes ont duré jusqu’au bout avant d’être chassées et que les derniers ballottages et ultimes arbitrages, pour imposer certains noms et écarter d’autres, n’ont pas été faciles.
Sabri Lamouchi aurait dû acter ses choix dans son esprit, comme le font tous les sélectionneurs, vingt quatre heures au moins avant le rendez- vous et l’heure H de son apparition publique. La manière avec laquelle il a essayé de justifier ce retard n’a pas été tellement convaincante et a été un peu maladroite, car elle a apporté de l’eau au moulin de ses détracteurs qui avaient et qui voulaient imposer leur propre liste.
Sabri Lamouchi est tout à fait en droit de dire : « C’est ma liste, ce sont mes choix et je les assume pleinement». Mais il ne doit pas faire croire avoir raison contre tout le monde
Un cap flou
Sur les 26 joueurs appelés, 19 joueront leur première Coupe du monde. Est-ce un cap vers une autre génération de joueurs, une autre colonne vertébrale, un autre style de jeu? Le fait d’avoir souligné la bonne forme du moment d’anciens cadres de la sélection comme Ferjani Sassi et Ali Mâaloul, d’avouer qu’ils sont des sélectionnables légitimes sans pour autant faire appel à eux, est intrigant.
La convocation de Rani Khedira (32 ans), comme joueur piston et poumon du milieu, balaie le critère de l’âge comme élément déterminant dans les choix faits. Le maintien de Dylan Bronn malgré une longue période d’indisponibilité dans la liste des arrières centraux, est aussi une interrogation majeure et gomme cette approche. Surtout qu’il y a de la variété avec les trois reconduits de la charnière centrale (Montasser Talbi, Omar Rekik et Adem Arous) et plus d’une solution de rechange (Alâa Ghram et Hamza Jelassi) qui ont plus de temps de jeu dans les jambes et constituent de bons suppléants.
La même remarque vaut aussi pour Ghaith Zâalouni, auteur d’une fin de saison époustouflante comme arrière droit avec le Club Africain qui lui doit le titre de champion, mais ce joueur a été sacrifié pour ne pas toucher au duo Yan Valery- Moatez Neffati jugé plus efficace dans le travail défensif. Sur le couloir gauche, Amine Cherni a bien sa place dans une structure d’équipe d’avenir, mais on lui a préféré Mohamed Amine Ben Hamida et Mortadha Ben Ouannès pour leur qualité de joueurs polyvalents pouvant évoluer dans plus d’un registre. Un autre talent sacrifié qui aurait pu être là, Saifallah Ltaief, rayé de la liste même comme suppléant bien qu’il soit l’un des meilleurs talents de la ligne d’attaque et qu’il possède un gros potentiel.
Un sacrifice fait afin de libérer une place pour Elyès Achouri sur l’aile droite malgré ses dernières sorties en dents de scie sur le couloir gauche où Sébastien Tounekti et Elias Sâad lui ont fait barrage. Un autre sacrifié de poids dans les choix de Sabri Lamouchi : le gardien Béchir Ben Saîd qui a toujours sa place parmi les trois portiers de la sélection. En termes de nombre de matches disputés, de nombre de clean sheet, de pourcentage d’arrêts décisifs, il n’a pas à pâtir devant les statistiques d’Aymen Dahmen, d’Abdelmouhib Chamekh et de Sabri Ben Hassen. En outre, il les dépasse par son expérience des grands chocs en Ligue des Champions. Béchir Ben Saîd aurait dû être dans la liste des trois portiers pas forcément en numéro un, car dans la tête de Sabri Lamouchi la hiérarchie n’est pas, semble-t-il, encore établie.
On peut comprendre que dans une liste avec un nombre maximal restreint de 26, on ne peut pas contenter et satisfaire tous les candidats , mais une longue liste de déçus, de frustrés, ça ouvre la voie à des interrogations sur la capacité de Sabri Lamouchi à avoir résisté à des calculs et à des pressions de tous bords.



