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Cannes 2026 : La liberté cher payée

  • 20 mai 2026
  • 3 min de lecture
Cannes 2026 : La liberté cher payée

La liberté d’expression des artistes reste au cœur d’un débat récurrent dans le cinéma: jusqu’où peuvent-ils prendre position sur des sujets politiques sensibles sans en payer le prix fort ?

La Presse — À Cannes, Javier Bardem, venu présenter en compétition « L’Être aimé » de l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen, a réaffirmé, en conférence de presse, son soutien à la cause palestinienne. Il a dénoncé « le génocide en cours à Gaza », appelant les artistes à ne pas se taire.

Interrogé sur d’éventuelles répercussions professionnelles, il a répondu sans détour que, malgré sa position, il continue à recevoir de nombreux projets en Europe, en Amérique du Sud et aux États-Unis. Sur sa lancée, il a critiqué le silence d’Hollywood face à la situation à Gaza ainsi que les « listes noires » ciblant des acteurs engagés comme lui, Susan Sarandon ou Mark Ruffalo.

Bardem défend ainsi le droit à la parole des artistes, considérant que leur engagement public fait partie intégrante de leur rôle. Une position qui s’oppose à celle du cinéaste allemand Wim Wenders, lequel estime que les cinéastes devraient éviter de s’impliquer dans la politique. Une vision qui interroge d’autant plus que le cinéma apparaît aujourd’hui plus politique que jamais.

Dans le même esprit, Paul Laverty, scénariste et membre du jury de la compétition officielle de cette 79e édition, a dénoncé le fait que « des artistes engagés comme Susan Sarandon, Javier Bardem et Mark Ruffalo soient mis à l’écart pour avoir dénoncé le meurtre de femmes et d’enfants à Gaza », lançant un cinglant : « Honte à Hollywood ! »

Sarandon, symbole d’un engagement coûteux

Le débat se cristallise notamment autour de Susan Sarandon, actrice oscarisée et interprète de « Thelma & Louise », film sorti en 1991, dans lequel elle donne la réplique à Geena Davis et qui a été choisi comme affiche officielle de cette édition. Figure historique d’Hollywood, Sarandon affirme être progressivement marginalisée et blacklistée en raison de ses prises de position en faveur de la Palestine.

Licenciée par son agence United Talent Agency, il y a trois ans, elle affirme avoir poursuivi sa carrière en Europe, où elle dit avoir trouvé de nouvelles opportunités dans des films indépendants, notamment en Angleterre et en Italie. Elle confiait lors des Goyas à Madrid, où elle a reçu un prix international, continuer à travailler sur le continent européen.

Elle indique également bénéficier du soutien de Javier Bardem et dénonce un climat de répression et de censure aux États-Unis.

Rappelons également qu’une pétition signée lors d’une précédente édition du Festival de Cannes avait rassemblé plusieurs centaines de professionnels du cinéma dénonçant le silence de l’industrie face à la situation à Gaza. Ce texte collectif avait relancé le débat sur la responsabilité politique des artistes et les risques associés à la prise de parole publique.

Au-delà de ces figures, certains artistes paient aujourd’hui un prix élevé pour leurs prises de position publiques sur des sujets politiques sensibles. Mais leur rôle ne dépasse-t-il pas leur seule carrière ? Car, en tant qu’icônes culturelles, ils disposent d’une influence réelle sur l’opinion publique et participent à nourrir le débat. Dès lors, leur engagement apparaît non seulement comme un droit, mais aussi comme une responsabilité.

Auteur

Samira DAMI

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