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Théâtre – « Nouma » de Dalila Meftahi : Anatomie d’un suicide

  • 21 mai 2026
  • 3 min de lecture
Théâtre – « Nouma » de Dalila Meftahi : Anatomie d’un suicide

Comédienne chevronnée, Dalila Meftahi, qui connaît bien les rouages de la scène, s’aventure dans la scénographie et la mise en scène dans ses créations théâtrales à travers lesquelles elle impose son style et sa vision personnelle sur des sujets proches de ses préoccupations. Dans « Nouma », sa nouvelle pièce présentée en avant-première au théâtre des jeunes créateurs à la Cité de la culture, elle aborde le thème du suicide.

La Presse La pièce démarre dans un hôpital psychiatrique, des malades s’agitent autour d’un infirmier muet et d’un médecin psychanalyste qui essaient de les renvoyer dans leur chambre. Dans un décor neutre apparaît sur une chaise roulante une dame chauve en détresse face au psychanalyste pour une séance de thérapie. La séance est éprouvante tant pour la malade que pour le médecin qui essaie de détecter les raisons de sa décision fatale et de la dissuader de passer à l’acte.

Au fur et à mesure des séances, on apprend que la malade est écrivaine et que sa dépression aiguë est due au suicide de sa fille. Rongée par la culpabilité, elle s’obstine plus que jamais à rejoindre sa fille. Malgré les multiples séances et les quantités de médicaments qu’elle ingurgite, elle perd son équilibre et devient hystérique à l’égard de son entourage.

Le psy, dépassé, n’arrive pas à la décourager et à la libérer du poids d’un passé lourd. La visite de son mari, enseignant universitaire, complique davantage sa situation. Essayant de la convaincre de revenir à de meilleurs sentiments et de reprendre leur relation et face à son refus catégorique et son entêtement, il devient brutal et agressif à son égard. La visite tourne au règlement de compte et l’un reproche à l’autre sa négligence et son égoïsme. Mais l’irréparable finit par arriver.

Le texte signé Donia Mnasriya, fort, parfois glaçant et lugubre, associe l’état psychique qui conduit au suicide et l’univers latent et clos dans lequel évoluent les personnages. Ces derniers martèlent les mêmes dialogues répétitifs. La mise en scène renforce le côté obscur et la noirceur des personnages. Avec la musique adaptée au récit, les comédiens intègrent toutes les dimensions de la pièce dans leur jeu.

« Nouma » est portée par des comédiens qui ont réussi à créer une tension tout au long de la représentation. Faouzia Badr, en femme et mère en détresse, propose un jeu tendu de bout en bout, Lotfi Turki, en psy accablé, déroute par sa présence un brin caricaturale, Mohamed Amine Zouaoui campe avec justesse un mari belliqueux et Kamel Kaâbi, en aide-soignant muet, un rôle qu’il maîtrise bien.

Le suicide tel qu’il est abordé dans cette création théâtrale est une échappatoire pour le personnage central, voire un refuge contre une réalité étouffante, une vie morose sans sens. La fragilité de l’être humain et la perte de son équilibre mental peuvent le conduire à de tels actes dévastateurs et qu’aucune thérapie ne peut le sauver de cette spirale infernale. « Nouma » est un spectacle à voir et pourquoi pas à apprécier en dépit de sa noirceur.

Auteur

Neila GHARBI

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