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Culture

Festival de CANNES – « Gentle Monster » de Marie Kreuzter en compétition officielle : Le récit d’un effondrement

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  • 22 mai 2026
  • 4 min de lecture
Festival de CANNES – « Gentle Monster » de Marie Kreuzter en compétition officielle : Le récit d’un effondrement

C’est l’histoire d’une famille, à première vue, harmonieuse, composée de parents aimants et de leur fils de 7 ans. Lors d’une matinée ordinaire, les autorités font irruption chez ce noyau soudé et… le fissurent à jamais. Le motif tombe comme un couperet et bascule le couple dans l’enfer de la pédo-criminalité.

La Presse — Drame social par excellence, « Gentle Monster » est profondément ancré dans notre époque. Titre trompeur aux résonances émotives, l’histoire met à jour les doutes, les déchirements d’un couple, les faux-semblants qui priment, et cette fausse bienveillance sournoise qui règne.

L’inconfort sur grand écran

Lucy, pianiste accomplie, s’installe à la campagne avec son mari et leur fils. Une matinée, tout bascule : la police débarque au petit matin, saisit les ordinateurs du foyer et arrête son compagnon pour détention et trafic de contenus pédo-criminels. Le choc est immédiat. La déflagration au sein même de cette famille causera aussitôt des ravages au fil des sentiments exacerbés, des crises et de cette tension qui ne cesse de croître.

Le doute y règne et une monotonie voulue s’installe afin d’accentuer l’émotif. L’émotion se ressent malgré un traitement froid des faits et des actions, y compris sur le plan esthétique : grisaille, couleurs ternes, ambiance automnale, dialogues concis.

La réalisatrice autrichienne parvient à faire vivre cette destruction lente mais imminente : celle d’une existence déchue, et l’émergence d’une autre. Ce récit de l’effondrement est porté par l’interprétation remarquable de Léa Seydoux, accompagnée d’un acteur peu connu du grand public, mais qui est en passe de devenir une révélation, Laurence Rupp. Véritable incarnation de l’incertitude, ce personnage conçu pour être détesté, est source d’instabilité, de dégoût, de rejet. Il reste profondément malaisant. Tout en sobriété, la réalisatrice ne tombe pas dans le sensationnalisme, le spectaculaire ou le voyeurisme. Le film ne s’attarde pas sur les faits sordides, pas plus que sur la résonance destructrice causée autour. La réalisatrice ne livrera pas des pistes solides ni d’épilogue classique, mais elle saura attirer son public jusqu’aux abysses du doute, deux heures durant.

Le film se veut long et s’étire. Une lenteur voulue qui filme l’état psychique de son héroïne aux prises aux contemplations, à la perte de soi. Léa Seydoux, bouleversante et hypnotique, magnifie le drame avec un zeste musical et poétique qui adoucit. L’art, sa seule planche de salut.

Fort de son scénario, « Gentle monster » de la réalisatrice Marie Kreutzer concourt en compétition officielle de cette 79e édition qui bat son plein. Rares, pourtant, sont les réalisatrices féminines qui sont retenues au fil des compétitions officielles annuelles du festival. Le film n’aura probablement pas la Palme d’Or, mais repartira peut-être avec un prix d’interprétation féminine ou masculine, ou un prix du scénario.

Simple pronostic ! Rappelons que les détentrices de Palme d’Or depuis la création du festival sont Julia Ducourneau pour « Titane », Justine Triet pour « Anatomie d’une chute » et Jane Campion pour « La leçon du piano », obtenue en 1993 et qui fera d’elle la première à avoir raflé ce Graal du 7e art mondial. Un cercle très fermé qui en dit sur la domination masculine au cinéma. Marie Kreutzer en fera-t -elle partie ? La réalisatrice a au moins 4 longs métrages à son actif, dont un seul, qui a été connu du grand public : il s’agit de « Corsage », sorti en 2022.

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Auteur

Haithem Haouel

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