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Culture

On a vu pour vous – En compétition officielle : Récits intimes et vertigineux

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  • 23 mai 2026
  • 7 min de lecture
On a vu pour vous – En compétition officielle : Récits intimes et vertigineux

En compétition officielle à la 79e édition du festival de Cannes, les visionnages se succèdent, mais ne se ressemblent pas. Au moins, trois longs métrages de différents pays ont décortiqué, souvent longuement, des thématiques complexes et universelles, issues de diverses destinations. En plus de «Gentle Monster» de Marie Kreuzter, trois autres films ont particulièrement interpellé. La palme d’or se nicherait-elle dans cette sélection ?

La Presse

« Paper Tiger » de James Gray : au nom des liens sacrés

Nous sommes en 1986, une famille paisible et ordinaire de la classe moyenne américaine se retrouve brutalement entraî- née dans des desseins liés à la mafia russe. S’ajoute à cette famille le frère de l’époux inter- prété par Adam Driver. L’oncle exemplaire et beau-frère loyal, ancien flic, s’associe à son frère, père de cette famille autour d’un business qui pro- mettait, a priori. Leur projet professionnel se retrouve com- promis par une mafia russe «Les tigres de papier», déter- minés à dissiper le plus pos- sible des actions douteuses, effectuées illégalement dans le noir. Des criminels vont jusqu’à faire chanter les deux frères, et à s’immiscer, petit à petit, dans le noyau familial. Les frictions commencent à se dessiner et l’inimitié s’empare des deux frères. Drame policier avec une affaire criminelle centrale, c’est ainsi qu’est défini ce film par son réalisateur James Gray, et qu’il a déclaré dans une conférence de presse dédiée au film. «J’essaie de raconter ma vie quand j’étais jeune, que je menais à New York et qui résonne en moi jusqu’à nos jours ». Le film est teinté par l’ambiance grise, lourde, chaude d’un New York des années 80 et qui vit une transition sociale et économique décisive et historique. Une famille en péril, des liens solides mis à rude épreuve et des choix à faire, ceux d’une vie. L’intégrité est en jeu, tout comme cette fraternité sacrée. Scarlett Johansson, dans le rôle féminin central, étonne par son interprétation. Son personnage cristallise les ten- sions et fait basculer à maintes reprise le rythme croissant du drame. Le film jouit d’une maîtrise scénaristique impla- cable mais reste foncière- ment américain et classique dans sa forme et son fond. «Le mot dilemme reste cen- tral dans cette création, qui reste intime», déclare son réa- lisateur, James Gray. Peu de chance qu’il remporte la Palme d’or. Le long métrage, aussi maîtrisé soit-il, est fortement inspiré par des classiques de gangsters. Avec le temps, le film peut se fondre dans le paysage des sorties cinéma- tographiques commerciales.

«Garance» de Jeanne Herry : Ivre de vivre

«Garance», nom propre fémi- nin courant, attribué au long métrage de Jeanne Herry, réa- lisatrice montante de sa géné- ration, qui signe ici son 3e film, et entre ainsi dans la cour des grands. Après «Pupille» et «Je verrai toujours vos visages», la réalisatrice brosse le portrait d’une actrice de théâtre, un peu perdue, et qui se cherche encore, incarnée par Adèle Exarchopoulos. Profondément sociable, humaine, ambitieuse, libre, l’artiste, pas encore née, vise la consécration et cherche à s’affirmer du haut de ses 36 ans. Un âge qui résonne auprès d’un large public. Aussi farfelue, drôle et hypersen- sible, «Garance» se verra petit à petit entraîner dans l’enfer de l’addiction. Celui de l’alcoo- lisme chronique, précisément. Cette tragi–comédie, boule- versante de sincérité, retrace la mobilité de ce personnage attachant et nous fait décou- vrir différents aspects de sa vie : son cercle social, sa sœur aimante, souffrante et maman de deux neveux, ses rapports avec ses collègues, son metteur en scène, son lien avec la scène du théâtre, son amour de l’interprétation, ses amours multiples et variées et ses excès nocturnes. Jeanne Herry affirme, dans sa conférence de presse, s’être en détail impré- gnée de vrais récits de vie, car c’est de la réalité, qu’elle parvient à extirper des scéna- rios aussi ficelés. Le réel qui s’impose avant le processus rude de l’écriture. «Garance» est un mélange juste de tra- gédie et de comédie. Adèle Exarchopoulous définit la vie comme étant une tragi-comé- die dans son essence même, selon sa déclaration auprès des journalistes. S’essayer à l’humour est arrivé naturelle- ment chez la scénariste et la réalisatrice, car aussi lourd que puisse paraître le thème du film, «Garance» reste profon- dément doux-amer, marrante, aux prises avec ses tares et ses faiblesses qu’elle n’assume pas. «Garance» peut paraître «galérienne» ou source de galères, selon certains jour- nalistes. Un terme qui n’est pas approuvé par son inter- prète. Elle qui préfère mettre les bons côtés en avant. Ce film est la définition même de l’intensité dans la douleur, malgré les épreuves dures. «Garance» est un miroir à la vie qui marie tragédie et légè- reté systématiquement.

«El Ser Quorido» de Rodrigo Sorogoyen : une mise en abyme de l’amour à travers le cinéma

«L’Être aimé», titre en français du dernier film de Rodrigo Sorogoyen, pressenti pour la Palme d’or, marque un tournant dans la carrière du cinéaste espagnol. Le réalisateur aban- donne le genre thriller pour explorer un territoire plus sen- timental et personnel : celui des liens familiaux, des bles- sures familiales, du souci de la transmission et du pouvoir du 7e art. Le film suit Esteban Martínez, immense réalisateur espagnol au passé excessif, qui propose à sa fille Emilia — qu’il n’a pas vue depuis treize ans — le rôle principal de son nouveau film. Derrière cette opportunité artistique se cache une tentative maladroite de réconciliation. Mais le tour- nage devient rapidement le théâtre d’un affrontement rela- tionnel et sentimental, qui fait ressurgir rancœurs et peur de l’abandon. Un tournage qui remue aussitôt la mémoire et les souvenirs. Porté par Javier Bardem et Victoria Luengo, «L’Être aimé» est façonné par le fictif et le réel. Un va-et-vient d’une stupéfiante maîtrise. Sorogoyen y met en scène un réalisateur tyrannique et charismatique confronté à son propre passé. Ce récit fait appel au cinéma, à la fois, en tant qu’outil de guérison, mais, paradoxalement, celui de la domination. Les jour- nalistes évoquent un choc émotionnel porté par la mise en scène soigneusement maî- trisée du cinéaste espagnol. Le duo d’interprètes Bardem- Luengo crève l’écran. Le film transforme un drame fami- lial en réflexion approfondie sur les artistes. Visuellement, Sorogoyen manie le noir et le blanc, ajoutant une teinte de mélancolie à ses personnages. Une maîtrisé visuelle distin- guée de l’image qui reflète l’état mental des personnages, truffés de failles de qualité.

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Auteur

Haithem Haouel

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