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Culture

Cannes 2026 – « Un certain regard » – « Congo boy » de Rafiki Fariala et « Ben’imana » de Marie-Clémentine Dusabejambo : Ancrage et renouvellement

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  • 23 mai 2026
  • 4 min de lecture
Cannes 2026 – « Un certain regard » – « Congo boy » de Rafiki Fariala et « Ben’imana » de Marie-Clémentine Dusabejambo : Ancrage et renouvellement

Egalement peu présent cette année, en comparaison aux éditions précédentes, le cinéma africain a tout de même fait l’effet d’une parenthèse dans la section « Un certain regard » avec la projection du long métrage « Ben’Imana » de Marie-Clémentine Dusabejambo et de « Congo Boy» de Rafiki Fariala, dans un tout autre registre.

La Presse — Le 2e long métrage cité nous entraîne dans un Rwanda, déchiqueté par le génocide des Tutsis. En 2012, des tribunaux populaires sont mis en place pour apporter justice et réconciliation. Vénéranda, survivante, est convaincue de la nécessité de ces procès. Malgré les pressions, elle organise des séances de discussion entre victimes et familles de bour- reaux. Mais lorsqu’elle apprend la grossesse inattendue de sa fille, elle doit faire face à ses propres contradictions et aux parts sombres de son passé.

Quand l’intime se confond étroitement avec le politique et le collectif, l’œuvre devient pesante, engagée, glissante. La réalisatrice tisse ici un premier film solide : elle puise dans une mémoire collective douloureuse, dans le passé sanguinaire d’un peuple et le traverse, en menant à bout un récit de vie féminin, avec une mère au centre d’une lutte qui se joue au bord de l’abime.

Mère protectrice, aux prises avec ses contradictions les plus criantes, le film trace un parcours épineux voire épuisant.

La dynamique du film repose sur une introspection personnelle, qui provoque un questionnement : celui des valeurs, d’une éducation reçue qu’elle croyait inatteignable, et d’un savoir-vivre hérité dans la terreur et perpétré par les ancêtres. Maintenant que la survie a dit son dernier mot, tout est-il figé ? Dans « Ben’Imana », c’est le génocide et ses conséquences qui écrasent la sphère privée et familiale. Une œuvre nécessaire, signée par la toute première rwandaise retenue au festival de Cannes. Marie-Clémence Dusabejambo a déjà de nombreux courts métrages engagés à son actif.

Entre survie, musique et exil

Toujours dans la section « Un certain regard » du Festival de Cannes 2026, « Congo Boy » du cinéaste Rafiki Fariala s’est imposé comme l’une des révélations africaines de cette édition.

Le film fusionne chronique sociale, quête de soi et la musique comme arme de lutte. Le volet musical donne des mélodies à la guerre et au thème sensible de l’exil.

Après le documentaire remarqué « Nous, étudiants ! », présenté à la Berlinale en 2022, Fariala signe ici son premier long métrage de fiction. Inspiré de son propre vécu, « Congo Boy » suit Robert, adolescent congolais réfugié vivant à Bangui, en République centrafricaine. Lorsque ses parents sont emprisonnés, il doit s’occuper seul de ses quatre frères et sœurs tout en tentant de poursuivre son rêve : faire de la musique.

Le film évolue dans une ville traversée par les tensions politiques et les violences des milices. Il donne vie au climat répressif, filme la pauvreté et les ravages, sans aucune forme de misérabilisme. Le héros Bangui est esquissé comme débrouillard, et bouillonnant de création. Les rues deviennent scènes musicales où le rap y règne en maître-mot.

L’œuvre se classe dans un répertoire peu ou pas du tout existant de nos jours, celui qui mêle tragédie africaine et musicalité. C’est aussi l’histoire d’un exil qui se déroule sur le continent africain, non en Occident ou en Europe. Le « Congo Boy » n’émigre pas vers l’Europe : il survit dans un autre pays africain. Le film aborde ainsi l’exil d’un point de vue africain, peu abordé ailleurs.

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Auteur

Haithem Haouel

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