Agriculture: Le colza peut être utilisé dans la production du biodiesel en Tunisie
A chaque fois que le sujet de développement de la culture de colza est abordé, l’intérêt de fournir plus d’efforts doit être renforcé, vu son importance dans le système de culture et ses débouchés dans notre pays et dans le monde.
A quoi sert la culture du colza ? C’est en fait la question la plus souvent posée par les agriculteurs qui semblent de plus en plus nombreux à se tourner vers cette culture qui a réussi à mettre pied dans notre pays, durant ces dernières années. Mais ce saut dans l’inconnu nécessite toujours un accompagnement poussé (technique et surtout financier) et d’envisager de nouvelles formes de soutien public, car qu’on le veuille ou pas, le manque de solutions techniques pour développer et sauver cette culture inquiète toujours, notamment dans un contexte économique marqué par plusieurs années de crise. Et avec le contexte actuel de guerre en Ukraine, qui effraie et inquiète tout le monde, on ne peut que confirmer que l’agriculture tunisienne est à un moment charnière et qu’il est plus que jamais temps de lui donner un nouveau souffle pour bâtir notre souveraineté alimentaire et sortir de la dépendance accrue aux importations. Partant de ce constat, l’Institut national des grandes cultures (Ingc), en partenariat avec la Direction générale de la production agricole et l’Association pour l’agriculture durable (Apad), organise, les 8 et 9 mars 2022 à Hammamat-Sud, l’atelier national sur « les enjeux et les opportunités du développement de la filière du colza en Tunisie ».
Des chiffres intéressants
Avant de parler des chiffres, il est important de préciser qu’en Tunisie, le développement de la culture du colza a débuté en 2014 et que son introduction a été motivée par la nécessité de diversifier la rotation des cultures afin de renforcer les performances des cultures céréalières, améliorer l’autonomie nationale en huiles et protéines végétales et augmenter la performance des exportations tunisiennes. En se basant sur les chiffres publiés en septembre 2021 par le Département de l’agriculture des États-Unis (Usda), durant la campagne 2020- 2021, les besoins nationaux en tourteaux et huiles végétales s’élèvent respectivement à 470.000 et 281.000 t, ce qui signifie 97,7% de dépendance vis-à-vis des importations de graine et de tourteaux. A cet égard, face aux pénuries de plus en plus fréquentes de plusieurs denrées alimentaires de base et à l’évolution inquiétante du déficit de la balance commerciale agroalimentaire, l’enjeu de bâtir notre souveraineté alimentaire et de sortir de la dépendance accrue aux importations constitue un enjeu stratégique pour la Tunisie. Mais on n’est qu’au début de ce chantier ! En partant d’une surface récoltée de 463 ha durant la campagne 2014-2015, la culture du colza en Tunisie a enregistré une croissance continue pour atteindre une surface récoltée de 14.331 ha au cours de la saison 2020-2021, ce qui a permis d’obtenir 18.502 tonnes de graines de colza, alors que les prévisions tablent sur 100.000 à 110.000 t pour la saison 2025-2026. Et malgré une campagne impactée par des conditions climatiques mouvementées, le rendement moyen de la récolte de colza a atteint 13,9 quintaux/ha, avec un rendement maximum de 30,5 quintaux/ha dans certaines régions. Quant aux superficies semées durant la campagne 2020-2021, elles sont estimées à 15.500 ha, contre 850 ha durant la campagne 2014-2015 (avec des prévisions qui tablent sur 50.000 ha pour la saison 2025-2026). Durant cette même période, le nombre d’agriculteurs cultivant du colza est, quant à lui, passé de 55 à 402. Et donc, depuis sa création, la filière du colza a connu un rythme de croissance très prometteur, qui s’est traduit par un taux de croissance annuel moyen des surfaces de plus de 90%.
Quelle importance dans le système
de culture ?
La trituration des graines de colza permet d’en extraire principalement du tourteau (55%) qui est riche en protéines et est utilisé pour l’alimentation animale…, mais aussi, de l’huile végétale (40 à 42%), riche en vitamines et en Omega 3 et 6, utilisées dans l’alimentation humaine… Donc, dans notre pays, actuellement, le colza est utilisé essentiellement pour l’alimentation humaine et celle animale, alors qu’à moyen ou long terme, le colza peut être utilisé dans la production du biodiesel, qui est la deuxième huile la plus transformée en biodiesel derrière l’huile de soja avec près de 6 Mt/an.
Sur un autre plan, le colza maintient et améliore la teneur en matière organique du sol, ce qui signifie une réduction des engrais azotés. C’est aussi un bon précédent du blé ; encore plus, la rotation culturale blé sur colza permet de réduire les coûts de production du blé et d’en augmenter les rendements et, à ce niveau-là, on parie non seulement sur la quantité, mais surtout sur la qualité des produits. Cerise sur le gâteau, le colza maintient l’équilibre des éléments minéraux dans le sol et est capable d’absorber de l’eau et des éléments minéraux des couches profondes du sol grâce à son système racinaire pivotant. Le colza freine aussi la reproduction des mauvaises herbes étant donné que l’alternance des cultures permet de mieux lutter contre les mauvaises herbes en associant différents moyens de contrôle, alors que la pratique d’une seule culture favorise les adventices. Classée comme un piège aux nitrates, cette plante, qui est aussi une espèce de phytoremédiation, apporte des bienfaits à travers des molécules biochimiques, capables de nettoyer la terre, aussi bien sur le plan biologique que sur le plan biochimique. Et donc, on a besoin de cette plante pour bonifier, améliorer et nettoyer les terres, notamment celles polluées par les nitrates.
En attendant les recommandations des travaux de cet atelier, il est important de souligner que sur le plan recherche et développement (R&D), on est encore très loin et beaucoup reste à faire…



