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« Nawar Achiya » : Et la nuit éclot en promesses d’ailleurs

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  • 1 janvier 12:55
  • 3 min de lecture
« Nawar Achiya » : Et la nuit éclot en promesses d’ailleurs

Après un parcours remarqué dans les festivals internationaux, « Nawar Achiya » (Belles de nuit) s’apprête à rencontrer enfin le public tunisien.

Le premier long-métrage de la réalisatrice Khedija Lemkecher sera dévoilé en avant-première le 2 janvier, marquant une étape importante pour une œuvre qui a déjà su s’imposer ailleurs.

La Presse — Présenté en compétition officielle pour la Pyramide d’Or au 45e Festival international du film du Caire en 2024, le film a récemment été couronné au Festival International Cinéma et Migration d’Agadir (décembre 2025), où il a remporté le Prix de la Réalisation ainsi que le Prix spécial du jury pour l’interprétation, attribué à Illiès Kadri. Une reconnaissance qui confirme la justesse du regard et la maturité d’une cinéaste qui signe ici une entrée remarquée dans le long métrage.

« Nawar Achiya » est un drame aux accents oniriques, une fable contemporaine ancrée dans une réalité tunisienne rude, mais traversée par l’espoir. Le film explore la thématique de la migration clandestine, la harka, non pas sous l’angle du sensationnel, mais comme une odyssée intime, où les rêves de départ se heurtent aux corps fatigués et aux promesses impossibles.

L’histoire se déroule à Hay Helal, quartier populaire aux marges de Tunis. Djo, ancien boxeur devenu manager d’une salle de sport délabrée, y mène une existence usée par la maladie et le désenchantement. Très affaibli, il ne croit plus à la possibilité de voir émerger un champion de ce lieu oublié.

Jusqu’au jour où, errant dans les rues silencieuses du quartier, il croise la route de Yahia, un jeune homme taciturne qui se réfugie souvent au bord du lac, entouré de fleurs nocturnes, les belles de nuit, symboles fragiles d’une beauté qui ne s’épanouit qu’à la tombée du jour.

Djo décèle immédiatement chez Yahia un potentiel brut et lui propose de rejoindre la salle de boxe. Le jeune homme révèle alors des qualités innées. Avec l’aide de Rocky, Djo s’acharne à façonner ce talent, convaincu qu’il tient enfin le champion tant attendu, celui qui pourrait sauver la salle autant que lui-même. Mais Yahia, à l’image de tant de jeunes de son quartier, nourrit un tout autre projet : quitter le pays, coûte que coûte, rejoindre l’Italie par la mer.

Le rêve sportif se heurte alors au rêve d’exil. Accompagné de son ami Oueld Aniba, Yahia embarque clandestinement sur un chalutier piloté par des passeurs aux surnoms lourds de fatalité. La mer devient l’espace de tous les possibles et de tous les dangers, tandis que Djo, fidèle à sa promesse, refuse d’abandonner celui qu’il considère désormais comme son fils spirituel. Il part à sa recherche, porté par une loyauté presque obstinée, dans un monde où les serments pèsent peu face à la nécessité de partir.

Ce premier long-métrage s’impose ainsi comme une œuvre sensible et maîtrisée, qui interroge les rêves brisés et les fidélités tenaces, la transmission et la fuite, la terre natale et l’horizon incertain. L’avant-première du 2 janvier marque donc bien plus qu’une simple sortie : elle est l’aboutissement d’un film déjà voyageur, appelé à poursuivre sa route sur les écrans. 

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Auteur

Asma DRISSI

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