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Sidi Belhassen Chedly: L’âme spirituelle qui veille sur Tunis

  • 30 avril 2026
  • 4 min de lecture
Sidi Belhassen Chedly: L’âme spirituelle qui veille sur Tunis

Il est des lieux qui ne se visitent pas seulement avec les yeux, mais avec le cœur. Sur les hauteurs de Tunis, là où le regard embrasse la ville, sa médina, ses toits blanchis par le soleil et, plus loin, l’éclat paisible du lac, se dresse la zaouia de Abou Hassan al-Chadhili, plus connu en Tunisie sous le nom de Sidi Belhassen Chedly.

Ce lieu n’est pas seulement un mausolée, il est une présence, une respiration silencieuse, un refuge où les âmes viennent déposer leur poids et retrouver la lumière intérieure.

La Presse — Dès que l’on emprunte le chemin qui mène à ce monument, quelque chose change en soi. Le bruit du monde s’éloigne, les pensées ralentissent, et une douceur étrange enveloppe le visiteur. C’est comme si le lieu parlait sans mots, invitant chacun à se taire pour mieux écouter ce qui se passe à l’intérieur de soi. Le vent qui traverse la colline semble porter des prières anciennes, et chaque pas devient une forme de méditation.

L’architecture du mausolée participe pleinement à cette élévation intérieure.
D’une élégance sobre et profondément maghrébine, le monument se distingue par la blancheur lumineuse de ses murs, la pureté de ses coupoles et la grâce silencieuse de ses arcs. Les patios ouverts sur le ciel, les boiseries finement sculptées, les céramiques délicates et la lumière qui glisse sur les pierres créent une harmonie rare, comme si la matière elle-même cherchait à s’élever vers le spirituel.

Aujourd’hui, ce lieu sacré est officiellement reconnu pour sa valeur patrimoniale : le mausolée a été classé monument historique par décret en 1928, une décision qui consacre son importance dans l’histoire spirituelle, architecturale et culturelle de la Tunisie.

Mais au-delà de sa beauté visible, Sidi Belhassen Chedly est avant tout une porte vers l’invisible. Il est le cœur battant de la confrérie soufie de la Chadhiliyya, une voie spirituelle fondée sur l’effacement de l’ego, la purification du cœur et la présence constante de Dieu dans chaque instant de la vie. Ici, la spiritualité n’est pas séparée du quotidien.

La zaouia elle-même semble vivre au rythme de cette quête intérieure. Ses salles de prière respirent le calme profond, ses espaces de méditation invitent au retrait du monde, et ses cours intérieures ouvertes sur la lumière donnent l’impression d’un dialogue permanent entre la terre et le ciel. Autrefois, disciples, voyageurs et chercheurs de vérité s’y retrouvaient pour apprendre, écouter, et surtout se transformer intérieurement.

À cette dimension spirituelle s’ajoute une mémoire vivante, presque intime. L’expression « We ras El Chadhiliyya », transmise dans la parole populaire, est une marque d’attachement et de respect profond envers cette figure spirituelle.

Dans la mémoire tunisienne, ce mot Chadhiliyya ne renvoie pas seulement à la confrérie soufie fondée par Abou Hassan al-Chadhili; il est aussi devenu, dans l’usage populaire, une expression désignant le café. Cette appellation puise ses racines dans un héritage oral selon lequel Sidi Belhassen Chedly aurait introduit le café à Tunis, où cette boisson accompagnait les veillées spirituelles, les moments de dhikr et les rassemblements empreints de recueillement. Ainsi, la Chadhiliyya évoque à la fois une voie de l’âme et un rituel de convivialité, mêlant éveil spirituel, partage et chaleur humaine.

Et au-dessus de tout cela, il y a une présence. Non pas visible, mais ressentie. Celle d’un lieu qui invite à l’apaisement, à l’introspection, à cette rencontre fragile entre l’homme et ce qui le dépasse. À Sidi Belhassen Chedly, le silence n’est jamais vide : il est plein de sens, plein de prières, plein de vie intérieure.

Veillant sur Tunis depuis des siècles, Sidi Belhassen Chedly demeure une lumière discrète mais puissante : un lieu où l’âme apprend à se taire pour mieux entendre, où le cœur s’allège, et où la spiritualité devient souffle, présence et paix profonde.

Auteur

Samira Hamrouni

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