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Aïda Robbana, Cheffe du bureau d’ONU-Habitat Tunisie, à La Presse : « Il faut désormais passer des engagements aux réalisations concrètes »

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  • 25 mai 2026
  • 7 min de lecture
Aïda Robbana, Cheffe du bureau d’ONU-Habitat Tunisie, à La Presse : « Il faut désormais passer des engagements aux réalisations concrètes »

En marge du World Urban Forum 13 (WUF13), organisé à Bakou, en Azerbaïdjan, Aïda Robbana, cheffe du bureau d’ONU-Habitat Tunisie, revient sur les principaux enjeux de la participation tunisienne à ce rendez-vous mondial consacré aux villes et au logement. Signature d’un partenariat stratégique pour le logement inclusif, projet pilote à Kerkennah, adaptation climatique des villes tunisiennes et mobilisation de nouveaux finan- cements internationaux : elle détaille à La Presse les nouvelles perspectives ouvertes pour la Tunisie. Entretien

Le WUF13 s’est achevé à Bakou sur un «Call to Action». Quels enseignements retenez-vous de cette édition pour la Tunisie ?

Cette édition du World Urban Forum a été particulièrement importante parce qu’elle a permis de transformer les discussions internationales en actions concrètes. Le “Call to Action” lancé lors de la dernière journée traduit une prise de conscience mondiale : les populations ont besoin de solutions immédiates et visibles dans les domaines du logement, du développement urbain et de l’amélioration de la qualité de vie.

Pour la Tunisie, ce forum représente une opportunité stratégique. En tant qu’agence des Nations unies spécialisée dans les questions urbaines, ONU-Habitat joue un rôle de facilitateur afin de rapprocher la Tunisie de nouveaux partenaires internationaux, de nouvelles expertises et également de financements multilatéraux qui peuvent accompagner les politiques publiques tunisiennes.

Le WUF13 nous a permis aussi de rencontrer des partenaires venant de différentes régions du monde, notamment de cette région du Caucase et d’Asie centrale, et d’explorer de nouvelles pistes de coopération dans les domaines du logement social, de l’adaptation au changement climatique et du développement urbain durable.

L’un des temps forts de cette participation tunisienne a été la signature d’un partenariat avec Alwaleed Philanthropies. Que prévoit concrètement cet accord ?

Effectivement, il s’agit d’un moment majeur pour ONU- Habitat Tunisie et pour le gouvernement tunisien. Nous avons signé un important mémorandum d’accord avec Alwaleed Philanthropies, l’un de nos principaux partenaires internationaux.

Cet accord permettra de soutenir un projet pilote de logement inclusif dans le Grand Tunis et dans le gouvernorat de Tataouine. Concrètement, il s’agit de réhabiliter et d’améliorer 100 logements sociaux déjà existants afin de les rendre accessibles aux personnes en situation de handicap.

Notre objectif est d’introduire le principe d’accessibilité universelle dans ces logements. Cela signifie adapter les infrastructures pour qu’elles répondent aux besoins de différents types de handicap, tout en améliorant les conditions de vie des bénéficiaires. Ce projet sera mené en coordination avec le programme national du logement social et avec le ministère de l’Équipement et de l’Habitat. Nous espérons ensuite pouvoir reproduire cette expérience dans d’autres gouvernorats tunisiens.

Quel rôle joue précisément ONU-Habitat dans ce type de projet ?

Le rôle d’ONU-Habitat est multiple. Nous agissons comme une passerelle entre la Tunisie et les partenaires internationaux. Nous facilitons l’accès à l’expertise technique, au partage de connaissances et aux mécanismes de financement internationaux.

Nous accompagnons également les institutions tunisiennes dans l’identification de projets prioritaires et dans leur structuration afin qu’ils puissent attirer des partenaires financiers.

Notre mission s’inscrit dans l’objectif de développement durable numéro 11 des Nations unies, qui vise à rendre les villes inclusives, sûres, résilientes et durables. Cela passe par le logement abordable, l’amélioration des infrastructures urbaines, mais aussi la création de nouvelles opportunités économiques, sociales et environnementales pour les citoyens.

Vous avez également présenté à Bakou des projets environnementaux développés à Kerkennah. Pouvez-vous nous en dire davantage?

Oui, nous avons présenté au WUF13 l’expérience menée dans l’archipel de Kerkennah, qui constitue aujourd’hui l’un des projets pilotes les plus importants d’ONU-Habitat en Tunisie en matière de résilience climatique et de développement territorial durable. Kerkennah est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique, notamment à l’élévation du niveau de la mer, à l’érosion côtière, aux sécheresses et à la dégradation des écosystèmes marins et terrestres. Face à ces défis, nous avons développé, avec les autorités locales et plusieurs partenaires nationaux et internationaux, une approche fondée sur les solutions basées sur la nature et sur la participation des communautés locales. Nous travaillons avec la municipalité de Kerkennah, le gouvernorat de Sfax, le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Équipement et de l’Habitat afin de mettre en œuvre un plan d’action global pour l’archipel.

Et dans le cadre du projet “Soumoud”, mis en œuvre par ONU-Habitat à Kerkennah, nous avons réalisé une évaluation multidimensionnelle de la vulnérabilité climatique et élaboré un Plan d’action pour la résilience urbaine permettant d’identifier plusieurs projets prioritaires et bancables. Aujourd’hui, 44 projets bancables ont été identifiés, dont plusieurs initiatives liées aux infrastructures durables, à la restauration écologique, à la sensibilisation environnementale et à la création d’espaces publics inclusifs. Ces projets sont suffisamment structurés pour pouvoir être financés rapidement dès que des partenaires financiers seront mobilisés.

Parmi les projets déjà engagés figure notamment un vaste programme impliquant 12 établissements éducatifs de l’archipel et du gouvernorat de Sfax autour d’actions de plantation, de sensibilisation climatique et de mobilisation citoyenne.

Ce projet prévoit notamment des actions de plantation et de sensibilisation environnementale impliquant directement les habitants de l’île.

Le changement climatique semble désormais au cœur des politiques urbaines internationales. Quelle est la situation pour la Tunisie ?

Le changement climatique est aujourd’hui une réalité concrète qui affecte déjà de nombreuses villes tunisiennes, notamment les zones côtières. Les risques liés à l’érosion, à la montée des eaux et aux phénomènes climatiques extrêmes imposent une nouvelle manière de penser le développement urbain. C’est pour cette raison que nous insistons sur les solutions basées sur la nature. Kerkennah constitue une première expérience pilote, mais nous réfléchissons déjà à étendre ce type d’approche à d’autres villes tunisiennes.

L’objectif est de tester des solutions innovantes permettant de réduire les impacts climatiques tout en améliorant le cadre de vie des populations.

La Tunisie envisage-t- elle déjà les prochaines échéances internationales dans le domaine urbain ?

Absolument. Nous avons déjà entamé des discussions avec le ministre de l’Équipement et de l’Habitat afin de préparer la prochaine exposition internationale prévue à Mexico dans deux ans.

L’idée serait que la Tunisie dispose d’un pavillon dédié pour présenter ses réalisations dans les domaines du logement, de l’aménagement du territoire et du développement urbain durable.

Ce serait également une occasion importante pour mettre en avant les défis aux-quels le pays est confronté, notamment en matière de climat, mais aussi pour valoriser les solutions innovantes développées en Tunisie.

Nous voulons montrer que la Tunisie peut devenir un véritable laboratoire de solutions urbaines durables adaptées aux réalités méditerranéennes et africaines.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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