gradient blue
gradient blue
Economie

Walid Tritar, président de la Fitt : « Le All inclusive n’est plus un choix, c’est une nécessité imposée par le marché »

Avatar photo
  • 25 mai 2026
  • 7 min de lecture
Walid Tritar, président de la Fitt : « Le All inclusive n’est plus un choix, c’est une nécessité imposée par le marché »

Longtemps accusé de tirer le tourisme tunisien vers le bas, le « all inclusive » demeure pourtant un pilier du modèle hôtelier national.

Pour Walid Tritar, président de la Fédération Interprofessionnelle du Tourisme Tunisien (Fitt), cette formule répond avant tout aux exigences du marché international et aux réalités économiques du secteur.

Il revient sur les idées reçues qui entourent ce modèle, ses limites, mais aussi les conditions nécessaires pour faire évoluer l’offre touristique tunisienne vers davantage de qualité et de valeur ajoutée.

La PresseLe “all inclusive” profite-t-il vraiment à l’économie tunisienne ?

Il faut d’emblée remettre les choses dans leur contexte. Beaucoup d’idées reçues et d’informations erronées circulent autour du concept du «all inclusive » en Tunisie. La question elle-même laisse entendre que cette formule ne profiterait pas réellement au tourisme tunisien, en partant du principe que le client ne quitte jamais son hôtel et ne consomme rien en dehors du montant déjà payé pour son séjour. Or, cette vision est réductrice. Si l’on analyse le «all inclusive» sous l’angle de la gestion hôtelière, il faut prendre en considération certaines variables essentielles en matière de gestion.

D’abord, cette formule est devenue aujourd’hui une nécessité commerciale imposée par le marché international. Nos principaux concurrents directs, notamment l’Égypte, la Turquie et la Bulgarie, proposent pratiquement les mêmes packages touristiques. Le client européen qui souhaite passer des vacances dans le bassin méditerranéen compare avant tout des offres similaires, souvent pour un budget équivalent.

La différence se joue essentiellement sur le transport aérien et sur la compétitivité de l’offre globale. Dans ce contexte, le « all inclusive » n’est plus réellement un choix pour les hôteliers tunisiens : c’est une obligation dictée par le marché. La Tunisie a, d’ailleurs, fait très tôt le choix du tourisme de masse.

Pendant la période de croissance du tourisme tunisien dans les années 70, les pays de la Méditerranée se livraient à une concurrence féroce sur le segment ‘Soleil et plage’ en particulier avec l’Espagne, la Grèce, le Maroc et la Turquie. Cette orientation n’avait rien de négatif en soi ; elle était choisie comme un levier rapide et efficace de développement économique et social avec des retombées visibles en devises et en emploi.

Elle répondait à une volonté  de positionnement de  la Tunisie sur la carte du tourisme méditerranéen. Pour un hôtelier, le « all inclusive » peut se résumer ainsi : c’est une garantie d’extra dans la mesure où le client règle à l’avance une grande partie de ses dépenses. Ce modèle permet donc à l’hôtelier de mieux prévenir son chiffre d’affaires en amont et de mieux gérer ses charges directes, contrairement aux autres arrangements ( logement et petit- déjeuner, demi-pension) qui reposent davantage sur des hypothèses de consommation et des dépenses variables du client durant son séjour. Personnellement, au cours de ma carrière, j’ai géré un hôtel fonctionnant en demi-pension.

Mais, face aux impératifs de rentabilité, aux demandes des tour-opérateurs et à l’évolution des attentes de la clientèle, nous avons progressivement adopté le modèle du « all inclusive ». L’objectif était avant tout économique. Par ailleurs, lorsqu’on parle de demi-pension, il faut aussi se poser une question essentielle : si le client quitte son hôtel, trouve-t-il réellement à l’extérieur des espaces attractifs où dépenser son argent ?

Dispose-t-on, dans certaines régions touristiques, d’une véritable offre d’animation, des restaurants de qualité avec des spécialités culinaires différentes, des loisirs ou des activités para-touristiques ? La réalité est que ces infrastructures restent insuffisamment développées dans plusieurs zones du pays. L’animation touristique hors des hôtels demeure souvent quasi-inexistante. Dans ces conditions, il est difficile d’imposer un modèle basé sur la demi-pension ou logement et petit-déjeuner.

Il convient également de souligner que la destination pâtit de l’absence de marques fortes en matière de restauration et d’animation, susceptibles de rassurer la clientèle. Même les plus grands hôtels balnéaires du pays se sont finalement orientés vers le « all inclusive ».  Cela montre bien qu’il s’agit d’une stratégie réfléchie et non d’un choix improvisé.  Il faut aussi rappeler que cette formule contribue au développement de l’économie nationale, notamment en matière d’employabilité et de maintien de l’activité touristique.

Contrairement à certaines idées répandues, le « all inclusive » n’a jamais pénalisé l’économie tunisienne. Le jour où la Tunisie développera davantage ses infrastructures d’animation, modernisera son offre de loisirs et adaptera certaines lois liées à l’investissement touristique, il sera alors possible de porter un regard plus critique sur ce modèle.

Le modèle “all inclusive” nuit-il aujourd’hui à la qualité du tourisme tunisien ?

Beaucoup de critiques du « all inclusive » reposent également sur une mauvaise compréhension du concept. Il faut savoir qu’il n’existe pas un seul modèle de « all inclusive » en Tunisie. La qualité varie considérablement d’un établissement à un autre. Certains hôtels proposent un «all inclusive » très basique, mais d’autres « ultra all inclusive » et même «24h all inclusive» offrent des prestations haut de gamme incluant des restaurants à la carte, des animations variées, des services premium et une expérience client plus raffinée.

Dans certains établissements, les boissons sont servies dans des gobelets jetables alors que dans d’autres, tout est pensé pour offrir un service de qualité supérieure. Le problème ne réside donc pas dans le concept lui-même, mais dans la manière dont il est appliqué. En Tunisie, plusieurs chaînes hôtelières sont reconnues pour l’excellence de leurs prestations et ont démontré qu’il était tout à fait possible de concilier « all inclusive » et qualité de service.

Plus l’hôtel s’investit dans le confort et la propreté de l’hébergement, la qualité de la restauration, de l’animation et de l’expérience client, plus le produit devient attractif. L’hôtelier a donc le choix : soit proposer un « all inclusive » low cost fondé uniquement sur le volume, soit développer un produit qualitatif capable de fidéliser une clientèle plus exigeante et de valoriser l’image de la destination tunisienne.

Le « all inclusive » ne se limite d’ailleurs pas à la nourriture et aux boissons. C’est un concept global qui englobe l’ensemble de l’expérience touristique : hébergement, restauration, bien-être, loisirs, animation, services et confort. Et cette expérience diffère fortement d’un hôtel à un autre.

Un dernier message pour lever l’équivoque autour du “all inclusive”…

Il est important que le client, notamment tunisien, lise attentivement le contenu de l’offre qu’il achète. Tous les « all inclusive » ne se valent pas. Avant de réserver, il faut vérifier précisément ce qui est inclus dans la formule, à savoir la qualité de la restauration, les équipements, les activités d’animation, les prestations de la piscine, le confort des chambres ou encore les services annexes proposés par l’hôtel.

Le point essentiel est donc de bien consulter le descriptif du produit touristique et de comprendre qu’un « all inclusive » peut être très différent d’un établissement à un autre.

Avatar photo
Auteur

Samir DRIDI

You cannot copy content of this page