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Greenpeace appelle la Tunisie à repenser son agriculture face au stress hydrique croissant

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  • 27 mai 2026
  • 4 min de lecture
Greenpeace appelle la Tunisie à repenser son agriculture face au stress hydrique croissant

La Tunisie doit repenser en profondeur son modèle de production agricole afin de garantir à la fois la sécurité alimentaire et la préservation de ses ressources naturelles, dans un contexte marqué par l’intensification du changement climatique. C’est ce qu’estime l’organisation Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord, qui appelle à une transition vers des systèmes agricoles plus durables.

Selon l’organisation, la Tunisie fait face à une pression croissante sur ses ressources hydriques, alors que le secteur agricole consomme plus de 75 % de l’eau disponible dans le pays, l’un des taux les plus élevés de la région. Parallèlement, les ressources en eau renouvelable par habitant sont estimées à environ 470 m³ par an, en dessous du seuil international de pénurie hydrique.

Dans ce contexte, la responsable des campagnes de Greenpeace MENA, Insaf Ben Zaki, a déclaré à l’agence TAP que la question de la sécurité alimentaire en Tunisie n’est plus un débat théorique mais un choix stratégique et souverain.
Elle a salué l’orientation des autorités tunisiennes visant à renforcer l’autosuffisance en blé dur, notamment à travers l’extension des cultures irriguées et la valorisation de la production locale, estimant que cette démarche confirme l’intégration de l’alimentation dans les priorités de sécurité nationale.

Toutefois, elle a souligné que l’extension de l’agriculture irriguée dans un contexte de stress hydrique doit s’accompagner d’une réduction des coûts énergétiques et d’une amélioration de l’efficacité des systèmes de production. Selon elle, la baisse des coûts de l’énergie et de l’irrigation permettrait de stabiliser les prix alimentaires et de renforcer le pouvoir d’achat des ménages.

La responsable a en outre mis en avant le rôle central des énergies renouvelables, en particulier l’énergie solaire, dans la transformation du secteur agricole. Ces solutions permettraient, selon elle, de réduire simultanément la pression sur les ressources hydriques et la dépendance énergétique.
L’énergie solaire offrirait notamment une alternative stable aux fluctuations des prix des carburants et aux interruptions électriques, tout en garantissant la continuité de la production agricole, en particulier pour les petits exploitants.

Elle a aussi souligné le potentiel des systèmes d’irrigation solaire combinés aux technologies numériques, notamment les capteurs intelligents, qui permettent une gestion plus précise de l’eau en fonction des besoins réels des sols et des cultures, réduisant ainsi le gaspillage et améliorant la productivité.

Le concept d’« agrivoltaïsme », qui associe production agricole et production d’électricité sur une même surface, a également été présenté comme une solution prometteuse. Les panneaux solaires permettent en effet de réduire l’évaporation de l’eau et d’améliorer la résistance des cultures aux fortes chaleurs.

Cependant, Greenpeace appelle à encadrer le développement du pompage solaire par une réglementation stricte afin d’éviter une surexploitation des nappes phréatiques, particulièrement dans les zones arides. L’organisation recommande la mise en place de systèmes de gouvernance de l’eau incluant des quotas d’extraction, des compteurs intelligents et une meilleure valorisation des eaux usées traitées.

Selon Insaf Ben Zaki, l’intégration de ces solutions pourrait permettre d’atteindre une efficacité d’utilisation de l’eau proche de 90 % dans l’irrigation goutte-à-goutte, contre environ 50 % dans les systèmes traditionnels.
Elle estime enfin que l’investissement dans les énergies renouvelables appliquées à l’agriculture ne constitue pas uniquement un choix environnemental, mais également un levier de souveraineté alimentaire et de stabilité économique et sociale.

Du côté des autorités tunisiennes, le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzedine Ben Cheikh, a annoncé une série de mesures visant à renforcer la sécurité alimentaire du pays.
À l’occasion de la Journée nationale de l’agriculture, il a présenté une stratégie nationale pour atteindre l’autosuffisance en blé dur, fondée sur la mise à disposition de semences améliorées et l’expansion des cultures céréalières irriguées.

Le ministre a également annoncé un programme d’investissements exceptionnels en 2026 pour le secteur de l’eau, incluant le forage de nouveaux puits, la modernisation des réseaux d’irrigation et le renforcement des stations de dessalement.
Enfin, il a indiqué le lancement d’une plateforme numérique dédiée à la gestion du domaine public hydraulique ainsi que d’un système d’information en temps réel pour améliorer la prise de décision et le suivi de la situation hydrique nationale.

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Auteur

La Presse

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