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Vient de paraître – « Visages dans le corridor » de Sami Trabelsi : Des femmes face à elles-mêmes… et aux autres

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  • 27 mai 2026
  • 6 min de lecture
Vient de paraître – « Visages dans le corridor » de Sami Trabelsi :  Des femmes face à elles-mêmes… et aux autres

« Woujouh fel mamar» est le premier recueil de nouvelles de Sami Trabelsi, publié aux éditions Sikelli. Il est composé de cinq nouvelles de longueurs différentes, dont une qui s’étend sur la moitié du livre.

La Presse — Si le mot « mamar » admet plusieurs traductions, dont entre autres « passage », la photo de couverture nous oriente vers l’idée d’un couloir à traverser, hanté de présences troublantes, peut-être même indésirables. Il y a, certes, le sens métaphorique de la vie comme un corridor avec ses étapes, ses épreuves et ses rencontres, et le sens littéral du couloir où un incident transformateur s’est déroulé dans la nouvelle qui donne son nom au livre. Reste aussi cette idée symbolique de la traversée existentielle jusqu’à l’autre extrémité. Une évolution personnelle essentielle, malgré son lot d’incertitude, de solitude et même de peur. Au bout de ce couloir, il y a dans chaque nouvelle un brin d’optimisme, une lueur d’espoir. La morale n’est même pas dissimulée. Elle est formulée de manière directe, donc clairement affichée par l’auteur.

Les nouvelles sont relatées à la troisième personne du singulier. Les personnages principaux sont féminins, en dehors de la première où « Hayet » intervient peu. Elle est, cependant, au centre du récit. Toutes les actions et les répliques tournent autour d’elles.

Sami Trabelsi a consacré les trois premiers textes au divorce, en l’abordant sous des angles différents.

Après Hayet, dont le sort se décide entre son mari et le Cheikh, vient Hela la professeur de français, dans « L’autre moitié de Hela ». Cette nouvelle se distingue du reste du recueil puisqu’il est difficile de la classer dans un genre précis. Elle oscille entre fantastique, réel et psychologique, ce qui la rend davantage plus intrigante, plus captivante. Suite à un divorce suivi par une désillusion sentimentale, Hela est confrontée à des phénomènes étranges et non expliqués.

Est-ce un délire ou la trame d’un récit fantastique qui se dessine? Le suspense est intense. Tiraillée entre lucidité et incertitudes, entre souvenirs réels et ce que l’esprit imagine et déforme, elle plonge le lecteur au tréfonds de ce conflit intérieur. « Le véritable conflit a commencé, non seulement avec l’autre, mais avec un moi déchiré entre la raison et les obsessions, entre la mémoire et l’illusion », écrit Sami Trabelsi. La morale est essentiellement d’apprendre à regarder au-delà de ses peurs, d’en faire même une expérience constructive.

Dans la nouvelle « Rihem sur écran », le divorce est encore présent.

C’était pour la protagoniste une conséquence naturelle face à un mari distant et une passion naissante pour celui qui n’était au début qu’un visage sur un écran de télévision.

Pour elle, le bonheur était de se libérer de la froideur du foyer conjugal. La lumière de la caméra lui offrirait-elle un soleil ? Ce récit critique l’attrait pour la célébrité, la fascination pour les apparences et les « faux rêves » destructeurs.

« La liberté est plus forte que mille écrans qui brillent sans réchauffer », commente Sami Trabelsi à la fin.

La troisième nouvelle, « Visages dans le corridor », relate l’histoire d’une amitié entre Salma et Nesrine, qu’une passion pour un seul homme vient perturber. Il est encore question de désillusion amoureuse, avec cette fois la trahison qui accentue l’amertume de la perte. Parmi les phrases qui requièrent un temps d’arrêt, une réplique qui aurait pu prévenir le basculement «Essaie de ne pas exagérer dans les sentiments ». Peut-être qu’au final, « nous aimons ce que nous voyons parce que nous y voyons notre propre reflet, et non leur véritable réalité», comme l’a souligné Sami Trabelsi. Nous avons, en effet, cette tendance à projeter sur ceux que nous ne connaissons même pas nos propres désirs, nos rêves et nos besoins personnels… Cette recherche de soi à travers les autres se solde souvent d’une lourde déception.

« Le corridor ne cache personne, il ne fait que refléter les visages de ceux qui savent regarder. Tous les visages que j’ai aimés étaient des miroirs, je n’y voyais que moi-même, personne d’autre que moi », a noté la protagoniste. Un passage où plus d’un lecteur/lectrice pourrait se reconnaître…

La dernière nouvelle « Une affaire d’intérêt public » revient sur le viol qui passe souvent sous silence quand il est doublé à un abus d’autorité. Fatma a osé affronter son agresseur, avec l’appui des médias et des institutions spécialisées. Elle a surmonté la peur sociale, l’indicible, la pression de sa situation financière précaire, et elle est allée jusqu’au bout pour reprendre ses droits.

En donnant voix à des personnages d’âges et de milieux différents, Sami Trabelsi cherche moins à juger qu’à comprendre. Ce qu’il y a de commun entre les figures féminines au centre des récits, c’est que leur fragilité n’est ni un défaut ni une limite. Elles savent s’affirmer quand il le faut et leurs prises de position marquent des points de non-retour dans leurs rapports aux autres.

Loin de se vouloir un donneur de leçon au sens formel, l’auteur a opté pour un style poétique et philosophique pour rendre le message plus émouvant, plus universel. Son écriture est pourtant loin de l’arabe littéraire complexe et difficile à appréhender. Pour les passages introspectifs souvent douloureux, il a eu recours à une astuce qui se répète dans ses nouvelles : les protagonistes écrivaient des notes pour se libérer du poids de la souffrance, pour une auto-analyse et une remise en question et surtout pour se reconstruire.

Dans la quatrième de couverture, Sami Trabelsi revient sur son propre rapport à l’écriture. Pour lui, « l’homme n’écrit pas pour la visibilité, mais pour s’assurer qu’au fond de lui, il est toujours vivant». Il ajoute encore que l’écriture est « un rituel personnel pour rester équilibré ». La reconnaissance n’est donc pas une fin en soi, ni même l’ambition immense de changer le monde. C’est un acte intime de réconciliation avec le chaos interne et les frustrations.

Amal BOU OUNI

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Amal BOU OUNI

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