Lancement de “Déclaration de Tunis”, une initiative contre les abus dans les visas
L’Organisation Tunisienne pour l’Orientation du Consommateur (OTOC) a annoncé, jeudi 28 mai 2026, le lancement de la “Déclaration de Tunis sur les droits des consommateurs dans les services de visas et de mobilité internationale”, une initiative inédite portée par un réseau d’associations arabes et africaines de protection des consommateurs.
Présentée comme une première référence civile commune à l’échelle régionale, cette déclaration bénéficie du soutien croissant de plusieurs organisations homologues sur le continent africain, marquant l’émergence d’un cadre de coopération transnational autour des droits des usagers des services de visas.
Dans une déclaration accordée à l’agence Tap, le président de l’OTOC, Lotfi Riahi, a indiqué que des millions de citoyens dans les pays arabes et africains sont confrontés à des difficultés croissantes dans l’accès aux visas et à la mobilité internationale, malgré les principes d’ouverture promus par la mondialisation.
Il souligne que ces dernières années ont mis en lumière une série de dysfonctionnements liés à la place du citoyen dans les systèmes de traitement des demandes de visa, ainsi qu’au respect de ses droits en tant que consommateur d’un service payant.
Une multiplication des intermédiaires et des coûts
D’après l’OTOC, la délégation de certaines prestations consulaires à des sociétés intermédiaires a conduit à une complexification des procédures et à une multiplication des frais supportés par les citoyens.
Les demandeurs doivent désormais passer par des plateformes numériques, des systèmes de rendez-vous externalisés et des procédures fragmentées, souvent accompagnées de délais d’attente prolongés, sans garanties proportionnelles aux coûts engagés.
L’organisation relève également un problème récurrent : en cas de refus de visa, les frais payés ne sont généralement pas remboursés, même lorsque le service principal (l’obtention du visa) n’est pas délivré.
Face à ces constats, l’initiative portée par l’OTOC vise à structurer un débat jusqu’ici dispersé entre plaintes individuelles et difficultés administratives.
L’objectif affiché est de promouvoir un cadre commun de réforme fondé sur la transparence, l’équité et la responsabilité, tout en respectant le droit souverain des États à contrôler les conditions d’entrée sur leur territoire.
Le président de l’organisation insiste sur la nécessité de garantir un traitement clair et équitable des citoyens dans l’ensemble des étapes du processus de demande de visa.
Vers un observatoire africain des services de visas
L’OTOC indique que la démarche a rencontré un écho significatif au-delà de la Tunisie. Plusieurs associations de protection des consommateurs dans différents pays arabes et africains ont rejoint l’initiative, estimant que les difficultés liées aux visas constituent désormais un enjeu commun à l’échelle régionale.
Cette dynamique s’inscrit, selon ses initiateurs, dans la construction progressive d’un mouvement transfrontalier de défense des droits des consommateurs, appliqué à des services à forte sensibilité administrative et financière.
Dans le prolongement de cette initiative, un projet de création d’un “Observatoire africain des services de visas et de mobilité internationale” est en cours d’élaboration.
Cet organisme indépendant aurait pour mission de collecter des données, documenter les pratiques administratives et produire des indicateurs comparatifs afin de dépasser les perceptions individuelles et de fonder le débat sur des données mesurables.
Les organisations signataires appellent par ailleurs à une révision du système actuel de tarification des visas, notamment en ce qui concerne la séparation entre frais administratifs et services optionnels.
Elles plaident également pour l’instauration d’un mécanisme de remboursement partiel ou total des frais en cas de refus de visa, ainsi que pour un renforcement de la transparence des décisions consulaires et la mise en place de voies de recours indépendantes et rapides.
Un autre axe majeur concerne l’encadrement des sociétés intermédiaires, dont le rôle est jugé déterminant dans l’augmentation des coûts et la complexification des démarches.
Les organisations demandent enfin un renforcement de la protection des données personnelles des demandeurs dans les systèmes numériques utilisés pour le traitement des demandes.
Une démarche présentée comme non conflictuelle
Lotfi Riahi a tenu à préciser que cette initiative ne vise pas à remettre en cause les politiques consulaires des États ni à s’y opposer, mais à promouvoir un système plus transparent, plus équitable et plus respectueux des droits des usagers.
Selon lui, il s’agit de garantir la dignité du demandeur de visa et de reconnaître ses droits en tant que consommateur de service, dans un cadre équilibré entre souveraineté des États et protection des citoyens.
Cette annonce intervient dans la continuité d’un communiqué publié par l’OTOC le 12 mai 2026, dans lequel l’organisation dénonçait la multiplication des abus liés aux services de traitement des demandes de visa par des sociétés privées intermédiaires.
Elle y pointait notamment la hausse des coûts, les dysfonctionnements en matière de transparence, les atteintes à la concurrence et les risques liés à la protection des données personnelles.
L’organisation estimait également que les frais exigés pour des services administratifs limités, tels que la prise de rendez-vous ou la constitution des dossiers, atteignent dans plusieurs cas des niveaux excessifs, dans un contexte marqué par l’absence de concurrence réelle et de solutions alternatives.



