gradient blue
gradient blue
Monde

Pour des raisons purement «américaines» : «La guerre» contre Cuba n’aura pas lieu… !

  • 28 mai 2026
  • 6 min de lecture
Pour des raisons purement «américaines» : «La guerre» contre Cuba n’aura pas lieu… !

L’option la plus réaliste que Trump pourrait poursuivre aujourd’hui consiste à continuer d’étrangler Cuba et à faire pression sur ses alliés régionaux afin de bloquer toutes les voies d’aide humanitaire, dans l’espoir d’un effondrement du pays et de son basculement dans le chaos, ce qui en ferait un terrain ouvert à ceux qui voudraient le remodeler.

Même si ce qui caractérise le président américain Donald Trump depuis quelque temps, ce sont ses déclarations contradictoires qui traduisent un certain désordre et une confusion dus aux revers et aux difficultés rencontrés dans la guerre contre l’Iran ainsi qu’à l’enlisement dans le conflit ukrainien, ses menaces à l’égard de Cuba doivent être prises au sérieux.

En effet, l’hostilité envers cet État latino-américain constitue un trait constant de la politique américaine, qu’elle soit dirigée par les républicains ou les démocrates. Bien entendu, il est impossible de reproduire l’expérience iranienne, ni même l’expérience vénézuélienne, pour de nombreuses raisons.

Concernant ce qui s’est passé au Venezuela, il serait extrêmement difficile de mener une opération agressive visant, par exemple, à kidnapper ou remplacer le président. Le pouvoir central à La Havane est solide, tout comme l’assise populaire. De plus, les Cubains n’ont plus grand-chose à perdre après des décennies d’embargo et de souffrances sociales. Quant aux hommes des institutions les plus influentes, notamment les opposants politiques sur lesquels Washington mise, ils ne sont pas parvenus à infiltrer les rouages de l’État cubain en vue d’un renversement du pouvoir avec un soutien extérieur.

Par ailleurs, on peut dire que le peuple cubain s’est habitué aux crises économiques ainsi qu’aux pénuries alimentaires et énergétiques. Le slogan de la « démocratie et des droits de l’homme » brandi par Washington a perdu de sa crédibilité, produisant même l’effet inverse : une augmentation de l’émigration vers les États-Unis, ce qui pousse finalement Washington à faire pression sur le gouvernement cubain afin de maintenir la stabilité.

Quant à la logique des « cow-boys » et à l’aventure d’une guerre contre Cuba, comme ce fut le cas avec l’Iran, l’histoire — notamment celle du milieu du siècle dernier — nous rappelle la possibilité d’une intervention directe d’autres puissances internationales, en premier lieu la Russie, qui entretient avec cette île des relations stratégiques. Sans oublier la République populaire de Chine, dont le poids et la présence économique sont considérables dans le nord du continent américain.

Enjeu électoral

Malgré tout cela, il ne faut pas sous-estimer l’opinion publique américaine. En dépit du silence médiatique entourant les manifestations qui ont eu lieu dans plusieurs États américains contre les choix sociaux et économiques de Trump, notamment son implication dans les guerres à travers le monde, le locataire de la Maison-Blanche est tenu de faire preuve de davantage de rationalité concernant cette option militaire. Son parti s’apprête en effet à affronter des élections législatives, et de nombreux indicateurs montrent qu’elles ne seront pas favorables aux républicains. Si le feu s’embrase dans le voisinage, les États-Unis ne seront pas épargnés.

Cuba a toujours été un point de divergence entre démocrates et républicains, et cette opposition devient particulièrement visible à l’approche des échéances électorales. Chaque camp cherche à défendre les intérêts des États-Unis à sa manière : les démocrates privilégient l’ouverture, le dialogue et l’intégration, tandis que les républicains misent sur la force, la fermeté et la dissuasion brutale.

Depuis la victoire de la révolution cubaine, les républicains ont choisi la rupture avec La Havane, imposant un embargo économique et multipliant les mesures visant à étouffer le peuple cubain ainsi que tous ceux qui tentent de lui venir en aide, dans l’espoir de faire tomber le régime. Les démocrates, quant à eux, ont estimé que les relations avec « l’arrière-cour » de Washington devaient être normalisées, en misant sur l’attraction douce et l’endiguement progressif.

Historiquement, les moments les plus marquants du rapprochement entre les États-Unis et Cuba ont eu lieu à l’initiative de responsables et parlementaires démocrates. Ce fut le cas en 1977 sous la présidence de Jimmy Carter avec l’ouverture des sections d’intérêts entre les deux pays, puis avec la visite du secrétaire d’État John Kerry à La Havane en 2015 pour rouvrir l’ambassade américaine.

Guerre d’usure

L’étape la plus importante reste toutefois la visite du président démocrate Barack Obama en 2016, la première visite d’un président américain à Cuba depuis 1928.

Avec les républicains, et particulièrement sous Donald Trump, aussi bien durant son premier mandat à partir de 2017 qu’après son retour à la Maison-Blanche en 2025, les relations se sont détériorées. Les visites officielles sont devenues rares, voire inexistantes, et l’homme fort des États-Unis a redoublé d’efforts pour isoler et asphyxier Cuba, sans épargner aucun moyen pour tenter de la soumettre ou de la détruire, poussant son peuple soit à la reddition, soit à l’effondrement.

Par conséquent, l’option la plus réaliste que Trump pourrait poursuivre aujourd’hui consiste à continuer d’étrangler Cuba et à faire pression sur ses alliés régionaux afin de bloquer toutes les voies d’aide humanitaire, dans l’espoir d’un effondrement du pays et de son basculement dans le chaos, ce qui en ferait un terrain ouvert à ceux qui voudraient le remodeler. 

Or, cet objectif semble difficile à atteindre selon nous, car les prémices d’un nouvel ordre mondial sont en train de se dessiner à travers les résultats de la guerre américano-sioniste contre l’Iran, les revers subis par les alliés des États-Unis dans la région, sans oublier les équilibres européens qui ne sont plus en harmonie avec les choix de la Maison-Blanche. Celle-ci a été construite sur des rapports de force que l’histoire humaine et celle des civilisations semblent désormais prêtes à dépasser.

En conclusion, il n’existe actuellement aucune guerre — ni même de perspective proche de guerre — entre les États-Unis et Cuba. Ce qui se passe relève davantage d’une démonstration de force, de pressions politiques, d’escalade verbale et de sanctions destinées à exercer une pression politique plutôt qu’à provoquer un affrontement militaire ouvert que Trump lui-même ne pourrait supporter.

Mourad Allala

Auteur

Mourad Allala

You cannot copy content of this page