Mohamed Ali Nafti, lors de la journée mondiale de l’Afrique : “La Tunisie continuera à œuvrer aux côtés de ses partenaires africains”
Réunie autour des mêmes défis, d’une histoire commune faite de combats et de luttes pour l’émancipation et la libération du joug colonial, mais aussi d’un avenir façonné par sa principale force vive, sa jeunesse, le continent noir a célébré, lundi 25 mai, la Journée de l’Afrique. Cet événement, qui rappelle l’unité d’un continent à l’histoire et à la géographie riches, a été commémoré à Tunis lors d’une cérémonie organisée par le ministère des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, en présence de diplomates et de hauts responsables.
La Presse — Cette journée a, en effet, été l’occasion de revenir sur les moments charnières qui ont jalonné l’histoire de l’Union africaine, mais aussi de se projeter vers l’avenir en traçant les priorités et les défis à relever au cours des prochaines années.
C’est autour de ces thématiques que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a articulé son discours prononcé à l’ouverture de la cérémonie. « En ce 25 mai, nous célébrons symboliquement la Journée de l’Afrique, date hautement symbolique qui commémore la création de l’Organisation de l’unité africaine, devenue aujourd’hui l’Union africaine.
Cette journée nous invite à la fois à honorer le chemin parcouru depuis plus de six décennies et à réfléchir aux défis et aux espoirs qui façonnent l’avenir de notre continent », a-t-il déclaré. Il a ajouté que, plus de soixante ans après la fondation de l’organisation continentale, l’Afrique peut légitimement se prévaloir d’acquis importants. Sur le plan de la gouvernance, l’Union africaine s’est affirmée comme un acteur incontournable de la gouvernance continentale, un cadre privilégié de concertation politique et un levier essentiel pour la promotion de la paix, de la sécurité et du développement.
Sur le plan politique et sécuritaire, des progrès notables ont été réalisés grâce aux mécanismes africains de prévention, de gestion et de résolution des conflits, qui se sont consolidés, notamment à travers le Conseil de paix et de sécurité. Sur le plan économique, l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine, la Zlecaf, constitue, selon le ministre, une avancée historique ouvrant la voie à une intégration économique accrue, à la stimulation du commerce intra-africain et à la création de nouvelles opportunités pour les entreprises et les jeunes du continent. « L’Afrique s’affirme progressivement comme un espace économique intégré, porteur de croissance et d’innovation.
L’Union africaine a, par ailleurs, su inscrire son action dans le cadre de stratégies ambitieuses, à l’image de l’Agenda 2063, qui trace la voie d’une Afrique prospère, intégrée et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène internationale », a-t-il ajouté.
L’engagement en faveur de l’Afrique, une constante de la politique étrangère tunisienne
Revenant sur la dimension africaine de la politique étrangère tunisienne, Mohamed Ali Nafti a souligné que la Tunisie, fière de son appartenance à l’Afrique, a toujours œuvré, dès les premiers jours de son indépendance, à soutenir les mouvements d’émancipation et de libération des peuples africains. Elle a porté la voix de l’Afrique au sein de l’Organisation des Nations unies et a parrainé l’adhésion de plusieurs pays africains à cette organisation.
Il a indiqué que l’engagement de la Tunisie envers l’Afrique s’est également illustré dans son action diplomatique au lendemain de l’indépendance. Le pays a partagé son savoir-faire en matière de sécurité en participant aux forces des Nations unies pour le maintien de la paix avec une armée nouvellement constituée, tout en ouvrant ses universités, elles aussi nouvellement édifiées, aux étudiants africains. Une démarche fondée, selon lui, sur la conviction profonde que le pont civilisationnel ne peut être bâti et consolidé sans le savoir.
Rappelant les relations de fraternité et de coopération tissées au fil des années et érigées en partenariats gagnant-gagnant, mutuellement bénéfiques, le ministre a souligné l’élargissement de la coopération entre la Tunisie et les pays africains à des domaines prometteurs, tels que les énergies renouvelables, les technologies de l’information et de la communication ainsi que d’autres secteurs prioritaires.
Il a affirmé que la Tunisie ambitionne de renforcer ses représentations diplomatiques en Afrique et de les doter des moyens nécessaires pour répondre aux défis contemporains. « Nous nous attelons également à réunir les conditions les plus favorables à l’ensemble du corps diplomatique accrédité en Tunisie pour l’accomplissement de ses fonctions.
Nous sommes fiers d’abriter un nombre considérable de représentations diplomatiques onusiennes, arabes, africaines, européennes et autres, dont le dernier en date est le Centre africain d’excellence pour les marchés inclusifs, auquel nous souhaitons plein succès dans son action panafricaine », a-t-il affirmé.
Évoquant l’importance du transport comme vecteur de mobilité sur le continent, le ministre a rappelé qu’il constitue un défi majeur à relever afin d’assurer une mobilité régulière, ordonnée et efficace, indispensable au renforcement de la coopération économique, commerciale, académique, universitaire et scientifique.
Des défis communs qui appellent des réponses communes
Poursuivant son allocution, le ministre des Affaires étrangères est revenu sur le thème retenu cette année pour la Journée de l’Afrique, à savoir « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». Selon lui, ce thème traduit une prise de conscience collective du rôle stratégique de l’eau comme facteur de paix, de stabilité, de développement économique, de dignité humaine et, plus largement, de survie pour le continent.
Il a expliqué que, dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, les sécheresses récurrentes et la pression croissante sur les ressources naturelles, l’Afrique est appelée à renforcer sa coopération et à promouvoir une gouvernance solidaire, résiliente et durable de ses ressources hydriques.
« Garantir l’accès à l’eau potable et à l’assainissement constitue non seulement une exigence sociale et sanitaire, mais également un levier essentiel pour l’industrialisation, la sécurité alimentaire et la résilience de nos sociétés. Ce thème nous rappelle enfin que l’avenir du continent dépend de notre capacité collective à préserver cette ressource vitale pour les générations présentes et futures », a-t-il affirmé.
Mohamed Ali Nafti a ajouté que les menaces sécuritaires, les effets du changement climatique, les déséquilibres économiques ainsi que les défis liés à la gouvernance et à l’emploi des jeunes exigent une mobilisation renouvelée ainsi qu’une action collective, concertée, solidaire et intelligente.
Dans cette perspective, il a estimé que les priorités de l’Union africaine pour les prochaines années devraient s’articuler autour de la consolidation de la paix et de la sécurité, de l’accélération de l’intégration économique à travers la pleine mise en œuvre de la Zlecaf, ainsi que du développement des infrastructures régionales, notamment dans les domaines du transport, de l’énergie et de la digitalisation.
Considérant la jeunesse et l’innovation comme des atouts majeurs pour le continent, le ministre a souligné l’importance d’investir davantage dans l’éducation, la formation et l’entrepreneuriat afin de transformer le potentiel démographique africain en véritable moteur de développement. « Nous devons renforcer notre voix sur la scène internationale et défendre nos intérêts dans les négociations mondiales lorsqu’il s’agit de questions liées au climat, à la croissance, aux réformes et à la gouvernance mondiale », a-t-il insisté.
Le ministre a également rappelé que la Tunisie, fidèle à son ancrage africain, réaffirme son engagement constant en faveur de l’unité, de la solidarité et du développement du continent. Elle continuera à œuvrer, aux côtés de ses partenaires africains, pour une Afrique plus intégrée, plus stable et plus prospère.
Une influence africaine grandissante sur la scène mondiale
Intervenant à travers une vidéo projetée lors de la cérémonie, Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a rappelé l’engagement de l’organisation en faveur des objectifs de l’Agenda 2063 et de la construction de « l’Afrique que veulent les Africains ». « La Journée de l’Afrique est une célébration de notre héritage commun et une reconnaissance du rôle croissant de l’Afrique dans le façonnement du monde, guidée par l’esprit d’Ubuntu : “Je suis parce que nous sommes” », a-t-il déclaré. Il a souligné qu’au cours des dernières années, la voix de l’Afrique a gagné en importance sur la scène internationale. L
’adhésion permanente de l’Union africaine au G20 constitue, selon lui, une avancée historique permettant au continent de participer pleinement aux décisions économiques mondiales et de contribuer aux solutions internationales en matière de paix, de climat, de sécurité alimentaire, de commerce, de santé et de développement durable.
Le président de la Commission de l’Union africaine a également indiqué que le thème choisi cette année rappelle l’importance de la sécurité hydrique, de la résilience climatique, de la santé publique et du développement durable comme piliers essentiels pour l’avenir de l’Afrique. « L’Afrique reste unie dans son plaidoyer pour un système multilatéral plus juste et plus équilibré.
Réparer les injustices du passé dont les Africains ont été victimes passe notamment par une meilleure représentativité de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. Le redressement de l’histoire implique également la reconnaissance des atrocités commises durant l’esclavage et la colonisation, ainsi que des réparations appropriées et légitimes », a-t-il rappelé.
Évoquant la présence croissante du continent dans les événements sportifs internationaux, il a affirmé que l’Afrique s’impose désormais parmi les grandes puissances sportives, avec neuf sélections africaines qualifiées pour la prochaine Coupe du monde de football organisée aux États-Unis.
« En cette Journée de l’Afrique, notre message est clair : l’Afrique est engagée dans une dynamique irréversible de montée en puissance. Le panafricanisme n’est plus seulement une idéologie de réaction face aux injustices du passé, mais le tremplin de l’essor d’un continent porté par sa jeunesse, ses femmes et ses hommes », a-t-il conclu.
De son côté, Gertrudis Nsang Ndong Nsuga, ambassadrice de la Guinée équatoriale et doyenne du groupe des ambassadeurs africains en Tunisie, a souligné que le thème retenu cette année met en lumière les priorités stratégiques du développement du continent. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer les secteurs clés que sont la santé, l’éducation et l’agriculture.



