Tribune – Élagage anarchique des arbres : Quand les municipalités tournent le dos à la nature et à l’intérêt national
Encore une fois, c’est la société civile qui tire la sonnette d’alarme. Encore une fois, des citoyens engagés se voient contraints de défendre l’intérêt général face à des pratiques aussi incompréhensibles que préjudiciables à notre environnement, à notre patrimoine naturel et à l’image même de l’État.
Cette fois-ci, la polémique concerne les opérations d’élagage, d’arrachage et parfois même d’abattage d’arbres menées à travers plusieurs régions du territoire national en pleine fin du mois de mai, une période unanimement reconnue par les spécialistes comme étant l’une des plus sensibles pour les arbres et pour la biodiversité.
L’Association des Amis de Carthage a d’ailleurs annoncé, dimanche 24 mai 2026, avoir engagé des procédures judiciaires contre les responsables d’opérations d’abattage, d’arrachage et d’élagage d’arbres dans la région. Une initiative courageuse qui reflète le profond malaise ressenti par de nombreux citoyens face à des pratiques jugées irresponsables et contraires aux principes élémentaires de protection de l’environnement.
Car il faut le rappeler avec force : l’élagage des arbres à cette période de l’année est fortement contesté pour des raisons à la fois écologiques et arboricoles.
La fin du mois de mai correspond au pic de la saison de reproduction des oiseaux. Les arbres deviennent alors des refuges vitaux pour la nidification. Couper des branches durant cette période revient à détruire des nids, exposer des oisillons à la mort et perturber durablement tout un écosystème. Les haies et les arbres accueillent également de nombreuses espèces indispensables à l’équilibre naturel, notamment les insectes pollinisateurs, les hérissons ou encore les chauves-souris.
Dans plusieurs pays, les organismes spécialisés dans la biodiversité recommandent d’interrompre les travaux d’élagage entre la mi-mars et la mi-août afin de préserver la faune et les habitats naturels. Cette logique relève du simple bon sens écologique.
Mais au-delà de l’impact sur la biodiversité, ces pratiques fragilisent également les arbres eux-mêmes. Au printemps, les arbres sont en pleine montée de sève afin d’alimenter leurs nouvelles feuilles et leur croissance. Les tailles effectuées à cette période provoquent des écoulements importants de sève, affaiblissent les arbres et augmentent considérablement les risques de maladies, de parasites et de champignons. En supprimant des branches feuillues, on prive l’arbre de sa capacité de photosynthèse au moment précis où il a le plus besoin d’énergie.
Certes, des exceptions existent. Lorsqu’un arbre représente un danger réel pour les citoyens ou les infrastructures, une intervention peut naturellement être nécessaire. De même, certaines tailles légères d’entretien peuvent être tolérées à condition qu’elles soient réalisées par des professionnels compétents après vérification rigoureuse de l’absence de nids ou d’espèces protégées. Mais ce qui se déroule aujourd’hui dans plusieurs municipalités dépasse largement ce cadre.
Le plus inquiétant dans cette affaire est que ces opérations sont souvent menées par des institutions publiques censées agir pour le bien du pays et de la collectivité. Les municipalités devraient être les premières à protéger les espaces verts, à promouvoir une gestion intelligente du patrimoine arboricole et à sensibiliser les citoyens à l’importance de l’environnement. Or, dans bien des cas, elles donnent aujourd’hui l’impression d’agir avec précipitation, nonchalance et parfois même sans aucune expertise technique sérieuse.
Le Président de la République a pourtant déclaré à plusieurs reprises que « la situation ne peut continuer avec une telle nonchalance, une telle insubordination et un tel manque de professionnalisme ». Il a également affirmé qu’il s’agissait d’un véritable combat de libération nationale qu’il ne pouvait mener seul et qui nécessite l’implication de tous les citoyens patriotes et honnêtes.
C’est précisément dans cet esprit que la société civile agit aujourd’hui. Non pas contre l’État, mais pour défendre l’État contre certaines pratiques administratives devenues incompatibles avec les exigences d’un pays qui aspire au respect de son environnement, de ses lois et de son patrimoine naturel.
La protection des arbres n’est ni un luxe ni une mode importée. C’est une nécessité nationale. Chaque arbre mature représente des décennies de croissance, d’ombre, d’oxygène, de régulation climatique et de biodiversité. Détruire ou mutiler ce patrimoine sans discernement est une faute écologique, mais aussi une faute morale envers les générations futures.
Il est donc urgent que les autorités compétentes ouvrent une enquête sérieuse sur ces pratiques, établissent des règles strictes concernant les périodes d’élagage et responsabilisent les intervenants municipaux. La Tunisie ne peut prétendre défendre son environnement tout en laissant se multiplier des atteintes aussi flagrantes à son patrimoine végétal.
Aujourd’hui plus que jamais, la vigilance citoyenne demeure indispensable. Car lorsque les institutions faillent à leur mission, il appartient à la société civile de rappeler que la protection de la nature est une responsabilité collective et un devoir national.



