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Les comédies tunisiennes et égyptiennes dans nos salles : Rire pour ne pas pleurer

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  • 2 juin 2026
  • 7 min de lecture
Les comédies tunisiennes et égyptiennes dans nos salles : Rire pour ne pas pleurer

De nombreuses comédies légères basées sur l’humour et le rire de situation aussi bien tunisiennes qu’égyptiennes ont été, ou sont encore, à l’affiche avec des succès mitigés auprès du public et des critiques. Ces longs métrages sont parfois accusés de faire plus de mal que de bien au secteur du cinéma. Entre intelligence artistique et risque de banalisation, la balance est toujours délicate.

La Presse — Annoncé comme le film de l’Aïd al fitr, « La9cha melsmè » tient encore depuis plusieurs semaines et se défend bien face aux grands succès internationaux. Même si les chiffres du box-office ne sont pas médiatisés, on sait qu’il a dominé les entrées pendant la première période rien qu’à voir les salles combles et les avis des internautes.

C’était pareil pour « Sahbek rajel 2 » sorti il y a quelques mois et qui est resté plusieurs semaines à l’affiche. Nos écrans ont aussi accueilli des films comiques égyptiens comme « Gawaza wela ganaza » qui a connu un grand succès, avec la star Nelly Karim. Il y a eu aussi « In ghab El Qott » qui mêle humour et crime avec les acteurs très en vogue actuellement, Asser Yassin et Asma Galal.

« Bershama » qui réunit Hicham Maged, Riham Abdel Ghafour et Bassem Samra n’est pas resté longtemps à l’affiche même en Egypte, car les producteurs ont préféré le retirer et le mettre sur une plateforme payante. On sait tout de même qu’il a réalisé une recette record et a dépassé un million de tickets vendus dans son pays d’origine. Actuellement, on peut encore regarder dans quelques salles tunisiennes « El kalam aalaeeh », une comédie sociale avec de jeunes stars dont Aya Samaha et Jihene Chamachergui.

En contrepartie, des films plus « sérieux », même récompensés dans de grands festivals à l’étranger, ont été déprogrammés dans un délai relativement court. Alors que les spécialistes les ont loués pour leur qualité, le public semble chercher autre chose : le plaisir immédiat du divertissement. Si l’on se fie aux entrées, il paraît que la majeure partie des spectateurs est en quête de légèreté. Le cinéma avec toute sa sophistication artistique et technique se réduit pour certains à une activité récréative. Une sortie au cinéma devient ainsi évasion pour éviter de faire un grand effort intellectuel.

C’est une échappatoire quand le quotidien  porte en continu un lot de stress et de contraintes. Peut-on leur en vouloir si le rire agit même physiologiquement pour réduire la fatigue? La distraction n’est-elle pas un droit, voire une nécessité ?  Serait-il préférable de respecter leur choix, plutôt que de les snober en voyant les longues files d’attente avant la projection d’un film comique ?

Et, un autre grand atout des longs métrages comiques, c’est que les moments de distraction se partagent en général en famille, ce qui explique la popularité de ce genre de films. Encore un point important à souligner, c’est que les producteurs, réalisateurs, acteurs et autres collaborateurs y voient un levier pour l’industrie cinématographique d’une manière générale. Les films comiques sont souvent plus rentables que les films d’auteur, et c’est ce succès commercial qui aidera progressivement à financer d’autres productions plus ambitieuses ou plus « risquées ».

Un souci majeur se pose, en revanche, chez nous, puisque la production de longs métrages comiques est relativement récente. Si ces films ont permis la réconciliation entre le public et les salles obscures, dans quelle mesure ce même public se montre-t-il ouvert aux autres genres et prêt à accueillir des films plus « soutenus » avec le même enthousiasme ?

L’ironie, une arme redoutable

Comique est-il forcément synonyme de superficiel ? La réponse est non. Avant même l’avènement du cinéma, des chefs-d’œuvre littéraires ont eu recours à l’ironie pour dénoncer l’indicible de leurs époques. «Kitab al-Bukhalâ» (Livre des avares) écrit par Al Jahedh au 9e siècle en est le parfait exemple dans la littérature arabe ancienne.

Parmi les références en littérature française, on pourrait citer Rabelais et Erasme au 16è siècle, et même Voltaire un siècle après. Le cinéma a perpétué, depuis son invention, cette idée de dénoncer les maux par l’humour noir. On pourrait notamment penser à « Modern Times », une œuvre intemporelle de Charlie Chaplin qui condamne l’impact de l’industrialisation sur les conditions de vie et de travail. Pour revenir au cinéma égyptien, des films célèbres se présentent à première vue comme faits pour le rire alors qu’ils sont plutôt des satires sociales et même politiques.

Adel Imam et Ahmad Helmy sont parmi les spécialistes du genre. On ne peut pas nier l’apport de « El irhab wel kabeb » et « X large » de Cherif Arafa, « Boboos » de WaelIhsan et d’autres œuvres où le comique se mêle à la critique. « Berchama » de Khaled Diab, sorti récemment, dénonce au premier abord les fraudes dans les concours, le titre signifiant « antisèche ». Il évoque aussi d’autres thèmes percutants comme les maigres pensions de retraite, le despotisme politique et l’abus de pouvoir, les mariages forcés..

Parmi les films tunisiens qui ont excellé dans le registre satirique, « Rebelote » de Kais Chekir sorti en 2020 avec Karim Gharbi, Jaâfar Guesmi et Bassem Hamraoui qui jouent respectivement un salafiste, un homme d’affaires et un syndicaliste à l’aube de la Révolution. C’est donc un genre qui draine un large public, qui accroche et qui fait passer des idées et des réflexions bien plus aisément que les œuvres plus « posées ». Or, il semble que ce que l’on reproche le plus à certains films comiques récents est le manque de créativité.

On n’est plus à l’ère du burlesque. Les spectateurs sont aujourd’hui avertis et font la comparaison avec de grands succès internationaux. La barre des attentes est alors de plus en plus haute. Il faut un effort sur les volets narratif, visuel, sonore.. Savoir surprendre avec les quiproquos, les jeux de mots et les insinuations brillamment dissimulées fait toute la différence entre un film et un autre. Les films superficiels existent, quand les personnages manquent de profondeur psychologique, quand le thème est banal et que le scénario est prévisible. Or, ce n’est pas l’apanage du genre comique.

Un film d’action, d’horreur ou même historique peut aussi être vu comme superficiel s’il n’arrive pas  à convaincre et à répondre aux attentes du public et des spécialistes. Mieux vaut ne pas condamner les films comiques dans leur ensemble, ne pas se laisser influencer par certaines idées reçues surtout avant de regarder le film en question. Derrière le « drôle », il y a souvent le « trop dur ou absurde ». Rappelons-nous que le rire est ce qui nous aide à supporter la réalité ou à la dénoncer.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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