Le Maghreb entre dans une nouvelle phase démographique marquée par une fécondité historiquement basse, selon une étude publiée par l’Institut national d’études démographiques (INED) dans la revue Population & Sociétés.
Dans les trois pays de la région (Tunisie, Maroc et Algérie), le nombre moyen d’enfants par femme a chuté de 7 à 8 dans les années 1970 à des niveaux proches ou inférieurs au seuil de renouvellement des générations aujourd’hui.
La Tunisie se distingue comme le pays le plus avancé dans cette transition. En 2024, l’indice synthétique de fécondité y est estimé à 1,53 enfant par femme, contre 1,97 au Maroc et 2,61 en Algérie, selon les données compilées par les démographes de l’INED (Ouadah-Bedidi, Bouchoucha et Abdellatif, 2026). La Tunisie est ainsi le premier pays du Maghreb à avoir franchi durablement le seuil de remplacement des générations fixé à 2,1 enfants par femme.
Une baisse rapide et structurelle depuis un demi-siècle
Cette évolution s’inscrit dans une transformation profonde et continue des sociétés maghrébines. Dans les années 1970, les femmes avaient en moyenne entre 7 et 8 enfants. Dès les années 1990, ce chiffre avait déjà été divisé par deux. Depuis les années 2000, les trajectoires des trois pays divergent, mais la tendance générale reste à la baisse.
Selon l’INED, le Maroc connaît une diminution régulière sans interruption depuis plusieurs décennies, tandis que l’Algérie a connu un rebond temporaire au milieu des années 2010 avant de reprendre sa baisse. La Tunisie, quant à elle, enregistre la baisse la plus rapide depuis 2014, après une période de relative stabilité autour du seuil de remplacement.
L’INED souligne également que ces évolutions s’inscrivent dans un contexte commun de transformation des comportements familiaux et reproductifs, combinant recul du mariage, report des naissances et diffusion de la contraception.
Tunisie : recul du mariage et transformation des trajectoires sociales
En Tunisie, la baisse de la fécondité est fortement liée à l’évolution des comportements matrimoniaux. Le recul du mariage et l’augmentation du célibat chez les moins de 40 ans contribuent directement à la réduction du nombre de naissances.
Par ailleurs, la Tunisie se caractérise par un niveau d’éducation féminin particulièrement élevé. Les femmes représentent environ 60 % des étudiants de l’enseignement supérieur, une donnée souvent présentée comme un acquis social majeur. Toutefois, cette progression scolaire ne s’accompagne pas toujours d’une intégration professionnelle stable, notamment pour les jeunes diplômées.
Cette situation contribue à retarder les projets familiaux et à modifier profondément les modèles de fécondité.
La baisse de la natalité a des conséquences directes sur la structure de la population. En Tunisie, la part des personnes âgées de 60 ans et plus est passée de 8 % en 1997 à 17 % en 2024, selon les données de l’INED. Ce vieillissement rapide est le plus avancé du Maghreb.
Cette évolution s’accompagne d’un ralentissement progressif de la croissance démographique et annonce une transformation durable de la structure par âge de la population tunisienne dans les prochaines décennies.
Maroc et Algérie : des trajectoires différentes mais convergentes
Si la Tunisie est la plus avancée dans cette transition, le Maroc et l’Algérie suivent également des trajectoires de baisse.
Au Maroc, la fécondité est passée sous le seuil de 2,1 enfants par femme en 2024, confirmant une tendance longue de baisse continue. En Algérie, malgré un rebond observé dans les années 2010, la fécondité repart à la baisse, tout en restant au-dessus du seuil de remplacement.
L’INED souligne néanmoins une convergence régionale vers des niveaux de fécondité bas, voire très bas, qui s’inscrit dans une dynamique mondiale de transformation des comportements familiaux.
Au-delà des chiffres, les démographes mettent en avant une transformation structurelle des sociétés maghrébines. L’allongement des études, la montée de l’emploi féminin, le report des mariages et les mutations des normes sociales contribuent à redéfinir les modèles familiaux traditionnels.
Dans ce contexte, la Tunisie apparaît comme un pays pionnier de la transition démographique dans la région, mais également comme celui où les effets du vieillissement et de la baisse de la natalité se font sentir le plus rapidement.



