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Tunisie–Italie : Une relation élevée au rang de partenariat stratégique

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  • 7 juin 2026
  • 7 min de lecture
Tunisie–Italie : Une relation élevée au rang  de partenariat stratégique

La résidence de l’ambassade d’Italie à Tunis a accueilli, le 5 juin 2026, une cérémonie marquant le 80e anniversaire de la République italienne et le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et l’Italie.

La Presse — L’événement a réuni plus de 1.500 invités issus des institutions tunisiennes, du corps diplomatique, des milieux économique, académique et culturel, ainsi que de la société civile et de la communauté italienne en Tunisie. Parmi les personnalités présentes figurait le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri.

Cette double commémoration a également été marquée par un message vidéo du ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani et par une exposition photographique réalisée à partir des archives de l’agence Ansa et conçue par l’architecte tunisienne Chacha Atallah, retraçant sept décennies de coopération politique, économique et humaine entre les deux pays.

Au cœur des allocutions prononcées lors de la cérémonie, une même lecture s’est imposée : celle d’une relation tuniso-italienne entrée dans une phase de maturité stratégique, façonnée par l’histoire, mais surtout par les défis contemporains.

Dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques, les crises sécuritaires, les pressions migratoires et les transformations économiques globales, l’ambassadeur d’Italie à Tunis, Alessandro Prunas, et le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, ont convergé vers une même analyse : la Méditerranée impose désormais une interdépendance structurelle entre les deux rives.

Pour le diplomate italien, les crises internationales actuelles (guerre en Ukraine, instabilité au Moyen-Orient, enjeux énergétiques et fragmentation des équilibres mondiaux) rendent indispensable un renforcement du partenariat avec la Tunisie, considérée comme un acteur central de la stabilité régionale.

“Les défis actuels nous imposent de renforcer notre coopération en faveur de la stabilité de la Méditerranée”, a-t-il affirmé, en soulignant que la relation bilatérale dépasse désormais le cadre classique de la diplomatie pour s’inscrire dans une logique euro-méditerranéenne et africaine plus large.

Dans la même logique, le ministre de l’Intérieur a qualifié la relation entre Tunis et Rome de “partenariat de destin fondamental”, estimant qu’elle est à la fois imposée par l’histoire et renforcée par la géographie et les intérêts communs. Il a insisté sur la transformation progressive d’une coopération diplomatique traditionnelle vers un partenariat structurant, multidimensionnel et orienté vers l’avenir.

Une mémoire partagée au cœur des 70 ans de relations diplomatiques

La dimension historique a occupé une place centrale dans les discours. Les 70 ans des relations diplomatiques entre la Tunisie et l’Italie, établies en 1956, ont été présentés comme un jalon majeur d’une relation exceptionnelle en Méditerranée.

L’ambassadeur italien a rappelé un élément fondateur : l’Italie fut le premier État à reconnaître officiellement l’indépendance de la Tunisie en mai 1956, un geste qui continue d’alimenter la profondeur symbolique de cette relation.

Le ministre tunisien a, pour sa part, souligné que la Méditerranée a toujours constitué un espace de circulation, d’échange et de dialogue, faisant de la relation tuniso-italienne une continuité historique naturelle. Il a insisté sur l’intensification des échanges institutionnels et des visites de haut niveau, témoignant d’une dynamique bilatérale qualifiée d’“exceptionnelle”.

Cette mémoire partagée a été matérialisée par une exposition photographique majeure, conçue à partir des archives de l’agence Ansa et réalisée par l’architecte tunisienne Chacha Atallah. L’exposition retrace sept décennies de relations politiques, économiques et humaines, illustrant la densité d’un partenariat ancré dans la durée.

Une coopération économique dense et en expansion continue

Au-delà des considérations historiques et diplomatiques, les deux responsables ont mis en avant la solidité de leur partenariat économique.

L’Italie est aujourd’hui l’un des principaux partenaires commerciaux de la Tunisie et son premier investisseur dans le secteur énergétique. En 2025 on compte près de 1.000 entreprises italiennes implantées en Tunisie, représentant environ 3,7 milliards de dinars d’investissements.

Les échanges commerciaux ont atteint environ 20,5 milliards de dinars, confirmant une dynamique de croissance soutenue. Le ministre a également souligné le rôle du tourisme, avec plus de 161.000 visiteurs italiens enregistrés en 2025.

Dans cette perspective, les deux pays poursuivent le développement de projets structurants dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de l’eau, notamment à travers l’interconnexion électrique Elmed et le projet Tanit, destiné à renforcer la gestion durable des ressources hydriques et agricoles.

L’ambassadeur italien a, de son côté, insisté sur la nécessité de transformer cette interconnexion économique en véritable intégration industrielle et énergétique, capable de renforcer la résilience des deux économies face aux incertitudes mondiales.

Le secteur énergétique a été identifié comme l’un des axes les plus structurants de la relation bilatérale. Les projets Elmed, Medlink et SoutH2 Corridor ont été présentés comme les piliers d’une nouvelle architecture énergétique euro-méditerranéenne, destinée à transformer la région en espace de production et de transit énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Ces projets s’inscrivent dans la continuité historique du gazoduc Transmed, infrastructure stratégique reliant déjà les deux rives de la Méditerranée.

Pour les deux responsables, l’enjeu dépasse la dimension technique : il s’agit de construire une souveraineté énergétique partagée, capable de soutenir la transition écologique et répondre aux défis climatiques.

Migration : une approche globale fondée sur le développement

La question migratoire a constitué un autre point de convergence majeur. L’ambassadeur italien a plaidé pour une approche globale intégrant développement économique, lutte contre les réseaux criminels et création de voies légales de mobilité. Le ministre de l’Intérieur a, quant à lui, salué les résultats obtenus en 2025 dans la coopération bilatérale en matière de lutte contre la migration irrégulière.

Tous deux ont insisté sur la nécessité de dépasser une lecture strictement sécuritaire du phénomène migratoire, pour privilégier une approche structurelle basée sur l’emploi, la formation et l’inclusion économique des jeunes.

Au-delà des chiffres et des accords, les deux responsables ont mis en avant la dimension humaine du partenariat. La diaspora tunisienne en Italie a été présentée comme un pont essentiel entre les deux sociétés, contribuant aux transferts financiers, à la circulation des compétences et au rapprochement culturel.

Et dans la continuité de cette célébration, un forum économique tuniso-italien est prévu à Tunis les 24 et 25 juin 2026, réunissant entreprises et institutions des deux pays afin d’explorer de nouvelles opportunités d’investissement. Ce rendez-vous s’inscrit dans une stratégie plus large portée par le Plan Mattei pour l’Afrique, visant à promouvoir une logique de partenariat fondée sur l’investissement productif et la création de valeur.

Au terme de la cérémonie, un constat partagé s’est imposé : la relation tuniso-italienne est entrée dans une phase de consolidation stratégique, où coopération économique, énergie, migration et culture s’entremêlent dans une vision commune.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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