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Afrique : Des perspectives majeures d’industrialisation verte

  • 16 juin 2026
  • 6 min de lecture
Afrique : Des perspectives majeures d’industrialisation verte

La Commission économique pour l’Afrique (CEA) pilote un consortium de six partenaires pour soutenir les États membres africains dans la valorisation de leurs ressources minérales et le  développement inclusif et durable. Cette initiative est financée par l’Initiative internationale pour le climat (IKI) du gouvernement allemand et se concentre sur les minéraux critiques de la transition énergétique. L’objectif de cette initiative est de contribuer à la transformation du secteur minier afin qu’il réponde de manière durable et inclusive aux besoins de développement des communautés minières et des pays de la région.

La Presse —Dans un contexte de transition vers la neutralité carbone, la demande pour un ensemble de minéraux dits « critiques» ne cesse d’augmenter. Cette intensification de l’activité minière doit toutefois s’accompagner de mesures visant à minimiser les impacts environnementaux, à générer des retombées pour les communautés locales.

Nombre de ces minéraux se trouvent en Afrique, acteur historique des industries minières mondiales. Les priorités du continent visent à valoriser ces ressources afin de créer des emplois, développer de nouvelles industries, protéger l’environnement et soutenir la production énergétique régionale, la sécurité alimentaire et d’autres secteurs essentiels.

Les pays de l’Union africaine s’orientent ainsi vers une sortie du cycle traditionnel d’expansion et de contraction, caractérisé par une domination des minéraux dans les secteurs tournés vers l’exportation, tout en contribuant encore peu aux indicateurs de développement. En réponse à ces enjeux, la CEA vient de lancer un ambitieux projet régional visant à promouvoir des chaînes de valeur minières responsables qui concerne la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc).

Intitulé «Promouvoir des chaînes de valeur écologiquement et socialement responsables, décarbonées, inclusives et transformatrices pour les minerais critiques de la transition énergétique dans la Sadc», ce projet entend renforcer la valeur ajoutée du secteur extractif, améliorer le partage des bénéfices et préserver l’environnement, dans un contexte de forte croissance de la demande mondiale en minerais critiques pour la transition énergétique.

Financé par l’Initiative internationale pour le climat (IKI), relevant du ministère fédéral allemand de l’Environnement, de l’action climatique, de la conservation de la nature et de la sûreté nucléaire, le projet sera piloté par la CEA et mis en œuvre durant les cinq prochaines années dans six pays: la République démocratique du Congo, le Mozambique, la Namibie, l’Afrique du Sud, la Zambie et le Zimbabwe. Le projet réunit plusieurs partenaires stratégiques, notamment le Centre africain de développement minier de la Commission de l’Union africaine (AUC-Amdc), l’Université du Witwatersrand (Wits Enterprise), WWF Allemagne ainsi que WWF Zambie, l’Institut fédéral allemand des géosciences et des ressources naturelles (BGR) et Projet ConsultGmbH.

Transition énergétique

Un projet lancé au moment où le monde accélère sa transition vers la décarbonation et «la région de la Sadc est appelée à tirer davantage de valeur de ses ressources en minerais critiques, tout en protégeant l’environnement et les moyens de subsistance des populations. Les pays de cette région disposent d’importantes réserves de minerais critiques pour la transition énergétique, notamment le cuivre, le cobalt, le lithium et les terres rares, indispensables à la fabrication des voitures électriques,

des systèmes de stockage par batteries et des infrastructures d’énergies renouvelables.

Jean Luc Mastaki, directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la CEA, précise que «la valorisation responsable de ces minerais offre à l’Afrique l’opportunité de s’insérer durablement dans les chaînes industrielles de la transition énergétique mondiale ». Et d’ajouter : «Le défi sera également de retenir davantage de valeur sur le continent, notamment à travers le développement des compétences techniques, des PME, ainsi que l’inclusion des jeunes et des femmes».

La demande mondiale en minerais pourrait tripler d’ici 2030

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande mondiale pour plusieurs de ces minerais pourrait tripler d’ici 2030 dans un scénario de neutralité carbone. Dans ce contexte, l’Afrique, richement dotée en ressources minières stratégiques, «doit veiller à ce que leur exploitation bénéficie aux communautés locales, respecte l’environnement et contribue à un développement inclusif et durable».

La hausse de la demande mondiale ouvre ainsi des perspectives majeures d’industrialisation verte et de croissance économique pour les pays membres de la Sadc, dont le potentiel reste encore largement sous-exploité. D’après le «Compendium of Africa’s StrategicMinerals 2026» de l’Africa Finance Corporation (AFC), l’Afrique détient environ 29.500 milliards de dollars de richesses minières, soit près de 20 % des réserves mondiales, dont 8 600 milliards demeurent inexploités. Autres indicateurs : les revenus générés par seulement quatre minerais critiques — le cuivre, le nickel, le cobalt et le lithium — pourraient atteindre 16.000 milliards de dollars au cours des 25 prochaines années, l’Afrique subsaharienne étant appelée à capter plus de 10 % de cette valeur.

Le projet accompagnera ainsi les six pays participants dans la mise en place de chaînes de valeur minières plus équitables et respectueuses de l’environnement, grâce au développement de politiques publiques adaptées, au transfert de compétences, au renforcement des partenariats communautaires et à l’intégration de technologies innovantes à faible émission carbone.

Il contribuera, également, au développement des capacités locales de transformation des minerais critiques et au renforcement des systèmes de gouvernance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) dans la région.

D’après la CEA, ce projet mobilisera les organisations de la société civile, les communautés minières et les autorités traditionnelles afin de « promouvoir des mécanismes équitables de partage des bénéfices issus de l’exploitation minière ». Il contribuera également «au développement de nouvelles industries à forte valeur ajoutée liées au secteur minier, favorisant la création d’emplois durables et l’augmentation des revenus pour l’ensemble des parties prenantes».

Auteur

Najoua Hizaoui

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