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Patrimoine en lumière – Bassins des Aghlabides : La renaissance d’un chef-d’œuvre

  • 18 juin 2026
  • 4 min de lecture
Patrimoine en lumière – Bassins des Aghlabides :  La renaissance d’un chef-d’œuvre

À quelques pas des remparts de Kairouan, une vaste étendue d’eau attire le regard des visiteurs. Silencieux mais majestueux, les Bassins des Aghlabides, ce grand réservoir à ciel ouvert, racontent l’histoire d’une époque où l’ingéniosité humaine permettait de relever les défis imposés par la nature. Plus de onze siècles après leur construction, ils demeurent l’un des plus remarquables témoignages du savoir-faire hydraulique du monde musulman médiéval.

La Presse — Édifiés entre 860 et 862 sous le règne de l’émir aghlabide Abou Ibrahim Ahmed, ces bassins avaient pour mission essentielle d’assurer l’approvisionnement en eau d’une ville installée dans une région au climat relativement aride. À cette époque, Kairouan était l’une des plus importantes cités du Maghreb, et sa croissance nécessitait des solutions durables pour répondre aux besoins de la population.

L’eau de pluie ainsi que celle provenant des affluents de l’oued Merguellil ( un oued qui coule dans l’ouest de la ville de Kairouan) étaient acheminées vers les réservoirs grâce à un ingénieux réseau de barrages, de canaux et de systèmes de drainage. Les bassins servaient à stocker cette précieuse ressource afin de faire face aux périodes de sécheresse, mais aussi à alimenter les habitants, les voyageurs et les caravanes qui traversaient la région.

L’ensemble hydraulique comprenait autrefois une quinzaine de réservoirs. Aujourd’hui, deux grands bassins monumentaux subsistent encore. Le plus impressionnant atteint environ 128 mètres de diamètre. Sa structure renforcée par de nombreux contreforts témoigne d’une maîtrise technique exceptionnelle. Au centre du grand bassin se dressait autrefois une plateforme circulaire qui contribuait à la décantation de l’eau et à son maintien en bon état.

Au-delà de leur fonction utilitaire, les Bassins des Aghlabides symbolisent l’importance accordée à l’eau dans la civilisation islamique médiévale. Leur ampleur et leur sophistication ont valu à Kairouan le surnom de « ville des citernes », un titre qui reflète parfaitement le lien historique entre la cité et la gestion des ressources hydriques.

Inscrits dans l’ensemble historique de Kairouan classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1988, les Bassins des Aghlabides continuent d’incarner la grandeur d’une civilisation qui a su transformer la maîtrise de l’eau en un véritable art. Aujourd’hui, ce chef-d’œuvre de l’ingénierie hydraulique médiévale fait l’objet d’un ambitieux programme de restauration destiné à préserver son authenticité et à le transmettre aux générations futures.

Lancé en juillet 2025 sous la supervision de la Direction générale du génie militaire et en coordination avec l’Institut national du patrimoine, ce vaste projet comprend la réhabilitation des bassins, la restauration des structures historiques, l’installation d’un système moderne de renouvellement des eaux, l’aménagement de jardins et d’espaces verts ainsi que la création de nouveaux parcours de visite.

S’étendant sur près de 14 hectares, le chantier vise à faire du site un pôle culturel, touristique et récréatif de premier plan. Le 16 juin 2026, à l’occasion du Nouvel An de l’Hégire, le Président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu sur les lieux pour constater l’avancement des travaux. Cette visite a confirmé l’importance accordée à la sauvegarde de ce monument exceptionnel, témoin du rayonnement de Kairouan à travers les siècles.

Lorsque les travaux seront achevés, les Bassins des Aghlabides offriront aux visiteurs un cadre rénové où l’histoire, le patrimoine et la beauté du paysage se rejoignent. Plus qu’un simple ouvrage hydraulique, ils demeurent le symbole vivant du génie des bâtisseurs aghlabides et l’un des trésors les plus précieux du patrimoine tunisien.

Auteur

Samira Hamrouni

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