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Conjoncture : Dénouement de la crise ?

  • 19 juin 2026
  • 5 min de lecture
Conjoncture : Dénouement de la crise ?

Alors que l’on s’attendait à la signature de l’accord américano-iranien pour aujourd’hui vendredi à Genève, voilà qu’à la surprise générale, elle a eu lieu mercredi à Versailles, en France.

La Presse — Soulagement tous azimuts après la signature, mercredi à Versailles d’un accord mettant fin à la guerre entre l’Iran et les Etats-Unis et, partant, aux restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent quotidiennement environ 20% des exportations mondiales d’hydrocarbures. D’ailleurs, bien avant cette signature, ledit accord, bien qu’il soit partiel — dans la mesure où il ne résout pas la question nucléaire —, a eu un effet immédiat, depuis son annonce dimanche dernier, sur les cours du brut qui sont revenus en moins de trois jours sous la barre symbolique des 80 dollars pour la première fois depuis début mars 2026, au lendemain du déclenchement des hostilités. Mercredi matin, le Brent s’échangeait, en effet à 79 dollars et le WTI à 76 dollars le baril.

Cette tendance baissière devrait se poursuivre selon les analystes, portée par une levée totale des restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz, mais aussi par une levée du blocus sur les exportations pétrolières iraniennes, sans compter l’effet psychologique sur les marchés qui ont gagné en vigueur dès lundi dernier.

La question qui se pose par ailleurs s’articule autour de la durabilité de ce soulagement, alors que le front au Liban demeure ouvert et que la question du nucléaire iranien n’est pas complètement résolue. Elle ferait l’objet d’un accord spécifique sous 60 jours, selon les termes convenus entre l’Iran et les Etats-Unis dimanche dernier.

Le mal est fait !

Selon une publication rendue publique par la Banque mondiale le 11 juin, donc qui ne tient pas compte de la levée des restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz touchant quand même 20 % des exportations pétrolières, l’inflation mondiale devrait monter à 4 % sur l’ensemble de l’année 2026, contre 3,3 % en 2025 et la croissance devrait tomber à 2,5 % contre 2,9 % en 2025.

Ces prévisions ont été calculées sur la base d’un prix moyen du baril à 94 dollars et devraient être révisées en fonction, notamment, de l’évolution de la situation au Moyen-Orient, l’une des principales régions assurant l’approvisionnement de l’économie mondiale en énergie.

En attendant, les analystes affirment avec certitude que les incidences de la crise énergétique provoquée par la guerre américano-sioniste contre l’Iran, fin février dernier, n’avaient pas la même intensité sur les économies et les régions, mettant en avant une résilience exemplaire des économies américaine et chinoise.

« La résilience globale de l’économie mondiale masque d’importantes disparités entre les pays et les régions. Les pays importateurs d’énergie et ceux disposant de marges de manœuvre politiques limitées sont les plus vulnérables », a déclaré, par exemple, la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, dans une publication le 15 juin.

Dans cette publication, le FMI se félicite d’une certaine résilience au niveau global, mais reconnaît que c’est « en Afrique [que] les conséquences négatives sont plus visibles », en attendant une nouvelle mise à jour le 8 juillet prochain des Perspectives de l’économie mondiale.

Quid de la Tunisie

Pour la Tunisie, qui avait élaboré son budget 2026 sur la base d’un prix moyen du baril à 63,3 dollars, elle a vu sa balance énergétique lourdement affectée par les perturbations engendrées par la guerre en Iran, bien qu’elle ne s’approvisionne pas directement des pays du Golfe.

Selon l’analyse fournie par l’Institut national de la statistique, rendue publique la semaine dernière, le déficit énergétique est passé de  4332,5 millions de dinars au cours des cinq premiers mois de 2025 à 5826,2 millions de dinars au cours des cinq premiers mois de 2026, soit plus de la moitié du déficit commercial enregistré au cours de la même période, 10.415,6 MD.

Le taux de couverture des importations par les exportations s’est vu alors tomber à 73 % jusqu’à fin mai, alors qu’il était de 76,2 % au cours de la même période de l’an passé. Hors énergie, les indicateurs sont quasiment tous au vert, constate-t-on.

Il est à signaler, toutefois, que la Tunisie n’est pas un importateur net d’hydrocarbures. Ses exportations en pétrole et dérivés raffinés ont enregistré une hausse de 37,7 % alors que les importations ont évolué de 35,1 %, d’où un déficit supplémentaire.

Concernant les effets indirects, la Tunisie a fait face à la baisse de la demande (toujours en rapport avec la guerre) sur le marché européen, son principal partenaire commercial, que ce soit pour le textile ou le marché touristique. Il est à noter, enfin, que le gouvernement tunisien, qui garde un œil attentif sur l’inflation (5,5 % en mai 2026), n’a pas procédé à un réajustement des prix du carburant à la pompe et devrait éventuellement proposer un budget complémentaire pour couvrir les dépenses additionnelles dues au choc pétrolier.

Aucune communication officielle n’a eu lieu à ce sujet jusqu’à présent. Toutefois, selon une estimation de Maher Ketari, chef de la Commission finances et budget à l’Assemblée des représentants du peuple, la récente flambée des cours devrait se traduire par un surcoût budgétaire estimé à 500 millions de dinars par mois.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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