Sûreté nationale : Un coup de filet majeur contre la criminalité organisée
Derrière le trafic de drogue et le blanchiment d’argent se dessine une menace plus inquiétante. Il s’agit des réseaux structurés capables de recourir à l’extorsion et aux assassinats commandités.
La Presse — Le démantèlement de deux réseaux criminels internationaux actifs dans le trafic de stupéfiants, le blanchiment d’argent, l’extorsion et les assassinats commandités a été annoncé par le ministère de l’Intérieur dans un communiqué publié hier, jeudi 18 juin. Cette opération d’envergure a permis, selon les autorités, l’arrestation de 25 individus ainsi que la saisie de biens de grande valeur, notamment des véhicules, des motos, des embarcations de plaisance, d’importantes sommes d’argent et des quantités de drogue.
L’opération a été menée par l’Unité nationale de recherche sur les crimes terroristes, la criminalité organisée et les atteintes à l’intégrité du territoire national, relevant de la Direction générale des services spécialisés de la sûreté nationale. À la suite d’un travail de renseignement approfondi, complété par un suivi technique et de terrain d’une grande précision, mené en coordination avec les services concernés, cette unité est parvenue à identifier puis à neutraliser ces deux réseaux criminels.
Une criminalité qui change de visage
Si cette annonce témoigne de l’intensification de la lutte contre toutes les formes de criminalité, conformément aux orientations du Président de la République, qui a multiplié ces dernières années les réunions de suivi avec les hauts responsables du ministère de l’Intérieur et insisté sur la nécessité d’une action permanente plutôt que ponctuelle contre les réseaux criminels, elle met également en lumière l’évolution préoccupante des formes de criminalité organisée en Tunisie.
Les ramifications de ces réseaux semblent d’ores et déjà dépasser le cadre des trafics traditionnels pour s’étendre à des formes de criminalité particulièrement graves, telles que l’extorsion, le blanchiment d’argent et, surtout, les «assassinats commandités», révélant l’existence de connexions et de relais au-delà des frontières nationales.
Ce dernier élément du communiqué n’est pas anodin et mérite une attention particulière car, au-delà des activités généralement attribuées aux réseaux mafieux comme le trafic de drogue, le blanchiment d’argent ou l’extorsion, les autorités évoquent cette fois le recours à des « assassinats commandités», autrement dit des crimes exécutés par des tueurs à gages recrutés et rémunérés pour accomplir ces missions.
Cette mention, relativement rare dans les communications officielles, soulève de nombreuses interrogations quant à l’ampleur réelle et au degré de structuration de ces organisations criminelles. Le ministère de l’Intérieur demeure toutefois silencieux sur plusieurs aspects, notamment la nationalité des personnes arrêtées.
S’agit-il exclusivement de ressortissants tunisiens ou ces réseaux comptaient-ils également des membres étrangers ? En l’absence de précisions officielles, il reste difficile de se prononcer. Toutefois, le caractère international des réseaux démantelés laisse supposer l’existence de ramifications extérieures et l’implication possible d’acteurs opérant dans plusieurs pays.
Cette discrétion semble répondre au souci de préserver le déroulement des investigations, qui se poursuivent encore sous la supervision des autorités judiciaires compétentes.
Il est évident que ce grand coup de filet met une nouvelle fois en évidence la mutation de la criminalité organisée, désormais capable de combiner trafics illicites, circuits sophistiqués de blanchiment d’argent et recours à une violence extrême pour protéger ses intérêts ou régler ses différends. Un cocktail particulièrement dangereux qui constitue une menace réelle pour la sécurité publique et la stabilité de la société.
La Tunisie face à la montée des réseaux transnationaux
Cette opération intervient quelques mois après l’arrestation à Tunis, en mars dernier, d’un ressortissant italien recherché pour ses liens présumés avec la Camorra, la mafia napolitaine. Âgé de 37 ans, Diego Bocciero, originaire d’Avellino, dans la région de Naples, avait été interpellé par les autorités tunisiennes alors qu’il était en fuite depuis décembre 2025. Il faisait l’objet d’un mandat de détention provisoire pour des faits présumés d’extorsion aggravée commise selon des méthodes mafieuses.
Durant les dernières années, plusieurs membres d’organisations criminelles transnationales ont également été arrêtés en Tunisie grâce à la vigilance des services spécialisés. Ces opérations témoignent à la fois de l’efficacité des dispositifs de surveillance et de la coopération sécuritaire avec l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), mais elles traduisent également l’ampleur croissante d’une menace portée par des réseaux criminels de plus en plus mobiles et structurés.
Conscient des répercussions de la criminalité organisée sur la sécurité publique et la stabilité du pays, le Président de la République suit de près l’évolution de la situation sécuritaire. Il a, à ce titre, multiplié ces dernières années les réunions avec le ministre de l’Intérieur et les hauts responsables sécuritaires afin d’évaluer les menaces, de coordonner les actions de terrain et de renforcer la stratégie de l’État dans sa lutte contre les réseaux criminels et les circuits parallèles.
La plus récente de ces réunions s’est tenue le 26 mai dernier, en présence du ministre de l’Intérieur et du secrétaire d’État chargé de la Sécurité nationale. À cette occasion, le Chef de l’État avait insisté sur le devoir d’intensifier la lutte contre toutes les formes de criminalité, avec une attention particulière accordée au trafic de drogue, considéré comme une menace directe pour la sécurité nationale et la cohésion de la société tunisienne.
On espère toutefois que la poursuite des investigations permettra de révéler l’étendue réelle des activités de ces réseaux ainsi que les connexions internationales qui les soutenaient, car il s’agit bel et bien du démantèlement de structures criminelles transnationales dont les ramifications dépassent les frontières. Au-delà des arrestations, l’enjeu consiste désormais à identifier l’ensemble des acteurs impliqués, remonter les filières et neutraliser durablement ces organisations qui représentent une menace croissante pour la sécurité des États.



