Kebili : appel d’offres international pour forer des puits géothermiques à 2 600 mètres de profondeur
Une transformation structurelle majeure est en marche pour sécuriser l’avenir de la filière phoenicicole dans le Sud tunisien. Face à l’obsolescence et à la salinité des infrastructures des années 70, la région engage un vaste plan de modernisation de ses réseaux d’irrigation. L’arrivée de consortiums étrangers va sécuriser 70 % des besoins en eau des oasis du Sud.
Confrontée à l’épuisement et à la dégradation des nappes phréatiques, la région de Kebili a besoin d’une peau neuve. A ce titre, le Commissariat régional au développement agricole (CRDA) de Kebili a officialisé le lancement d’un appel d’offres international d’envergure. Révélé par Sofiane Ayadi, directeur des ressources en eau de la région, ce grand projet prévoit le forage de quatre nouveaux puits géothermiques de très grande profondeur, combiné au colmatage technique définitif de quatre anciennes stations devenues inutilisables.
Cette intervention d’urgence cible des infrastructures névralgiques pour l’économie oasienne. Le responsable a indiqué que les nouveaux forages géothermiques vont atteindre des profondeurs records pour contourner les nappes altérées : le puits d’El Atilet à Jemna (Kebili Sud) descendra à 2 100 mètres, celui de Ras El Ain (Kebili Ville) culminera à 2 600 mètres, alors que les sites de Douz Centre et de l’oasis de Limaoues (Kebili Nord) atteindront respectivement 2 000 et 1 800 mètres de profondeur. En parallèle, ajoute M. Ayadi, l’administration va sceller et condamner définitivement quatre anciens forages à Douz et Kebili, dont la salinité extrême de l’eau et la corrosion avancée des systèmes de tubage menaçaient directement la survie des terres cultivées. Conçus dans les années 1970 et 1980, ces puits ont atteint leur limite d’exploitation, et le recours à des multinationales s’avère indispensable tant le tissu industriel tunisien ne dispose pas de la technologie nécessaire pour forer à de telles profondeurs.
Le soutien de la BERD pour transformer le Sud tunisien
Ce plan de sauvetage s’inscrit dans une dynamique d’investissement internationale beaucoup plus vaste. En plus de ces quatre chantiers, le gouvernorat de Kebili va bénéficier du forage de neuf puits supplémentaires, dont sept dépasseront la barre des 2 000 mètres. Cette extension est adossée au grand projet d’infrastructure hydraulique des oasis du Sud tunisien (PIHOS), un programme stratégique financé par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
La phase de sélection technique des entreprises est déjà entrée dans sa phase finale. Plusieurs géants industriels chinois, turcs et britanniques ont soumis leurs dossiers de candidature, et le déploiement opérationnel de leurs équipes techniques sur le sol tunisien est attendu d’ici la fin de l’année. À terme, pas moins de 11 puits ultra-profonds de nouvelle génération sortiront de terre à Kebili. Cette infrastructure lourde permettra de couvrir plus de 70 % des besoins globaux d’irrigation des oasis de la région, offrant une ressource en eau pérenne aux exploitants agricoles tout en boostant durablement leurs revenus et la qualité de la production nationale de dattes.
S.R.



