Culture

Festival international de Dougga : Retour à la case départ

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  • 1 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Festival international de Dougga : Retour à la case départ

Il est des anniversaires qui devraient marquer un tournant. Le cinquantième Festival international de Dougga aurait dû être de ceux-là. Cinquante ans d’histoire, un théâtre romain d’exception, une réputation bâtie au fil des décennies… Tout semblait réuni pour offrir une édition mémorable. Au lieu de cela, la programmation dévoilée donne le sentiment d’un retour à la case départ.

La Presse — À la lecture de l’affiche, une évidence s’impose : il ne s’agit pas d’une programmation, mais d’une succession de soirées. Des spectacles juxtaposés sans véritable ligne artistique, sans vision d’ensemble, sans ce fil conducteur qui fait la personnalité d’un grand festival. L’impression dominante est celle d’un choix dicté par la prudence, voire par la seule logique du guichet.

Les difficultés financières sont réelles et personne ne les conteste. Mais le manque de moyens ne justifie pas le manque d’ambition. L’histoire des festivals montre que les plus belles éditions sont parfois nées de la contrainte. Encore faut-il avoir une vision, une capacité à inventer, à surprendre et à prendre des risques.

Pour faire semblant de préserver la tradition de Dougga comme haut lieu des arts de la scène, la programmation fait une place au stand-up. Un choix qui a toute sa légitimité, mais qui ne peut tenir lieu de projet artistique pour un festival dont l’identité s’est construite sur l’exigence, la création et l’ouverture sur les grandes expressions de la scène internationale.

Pourtant, tout laissait croire à un renouveau. L’annonce du concert exceptionnel de Bryan Adams, en prélude à la saison des festivals, avait suscité un immense espoir. Beaucoup y voyaient le signal d’un retour de Dougga dans la cour des grands, la promesse d’une édition anniversaire ambitieuse, portée par une véritable vision. Une locomotive capable de tirer derrière elle une programmation cohérente et audacieuse.

Mais cet espoir s’est vite dissipé. Bryan Adams apparaît aujourd’hui comme un coup d’éclat isolé plutôt que comme le premier acte d’un projet artistique. Selon les organisateurs eux-mêmes, ce concert a absorbé une grande partie des ressources du festival. Un pari coûteux qui, au lieu d’élever l’ensemble de la programmation, semble avoir condamné le reste de l’affiche à la prudence, voire au renoncement.

Le plus regrettable est que Dougga avait déjà prouvé qu’une autre voie était possible. Lorsque le festival avait confié sa programmation à un véritable professionnel, il avait franchi un cap. La qualité artistique s’était considérablement élevée, de grands noms avaient retrouvé le chemin du théâtre antique et Dougga avait retrouvé ce qui faisait sa singularité : une programmation pensée comme une œuvre en elle-même, où chaque spectacle dialoguait avec les autres et avec la magie du lieu.

Cette expérience avait démontré une chose essentielle : programmer un festival est un métier. Il ne s’agit pas d’aligner des artistes populaires ni de remplir un calendrier. Il s’agit de construire un récit, de défendre une identité, de créer des passerelles entre les disciplines et de donner du sens à chaque soirée.

À cinquante ans, Dougga méritait une programmation de conviction plutôt qu’une programmation de gestion. Car un grand festival ne se résume pas au nombre de billets vendus. Il se mesure à sa capacité d’émerveiller, de surprendre et de marquer son époque.

Cette édition anniversaire laisse, malheureusement, une autre impression : celle d’un festival qui, après avoir entrevu les sommets, choisit de revenir à la case départ.

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Auteur

Asma DRISSI

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