Immersion au cœur de l’industrie électronique – Dans les coulisses de la filiale : Le savoir-faire tunisien, moteur d’une industrie à forte valeur ajoutée
Une quinzaine de journalistes tunisiens, représentant plusieurs médias, dont La Presse, ont eu l’occasion de découvrir, durant trois jours, les coulisses de l’industrie électronique en Tunisie. Ces visites, organisées dans le cadre d’une formation initiée par le cluster Elentica et le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, avec l’appui de la GIZ, leur ont permis de mieux comprendre les enjeux, les défis et les atouts de ce fleuron de l’économie nationale. Reportage.
La Presse — C’est à la technopole de Borj Cédria que cette filiale d’une multinationale américaine spécialisée dans la production de cockpits pour véhicules modernes a élu domicile. Unique site du groupe sur tout le continent africain, cette usine, dotée des technologies les plus récentes mises au service du secteur, tourne à plein régime. Plus de 25.000 produits électroniques, tous types confondus, y sont fabriqués et exportés chaque semaine.
En amont de cet important volume de livraisons, un processus de production optimisé, avec zéro erreur et des délais réduits, est à l’œuvre. Dans cette unité de production, l’industrie 4.0 n’est plus une promesse d’avenir : elle est déjà une réalité. Plus de 150 robots fonctionnent en parfaite synchronisation afin de permettre à l’entreprise de livrer en un temps record. Le taux d’automatisation y dépasse les 80 %.
Mais aux côtés de ces robots inlassables évoluent des ressources humaines parmi les plus engagées. Ingénieurs, techniciens, stagiaires et ouvriers qualifiés s’échinent à développer de nouvelles solutions, de nouveaux produits ; en un mot, à innover.
« Nos clients sont éblouis par la qualité des compétences que nous avons ici, en Tunisie, et qu’ils ne trouvent nulle part ailleurs. Et je sais de quoi je parle », nous confie Makrem Ghribi, directeur au sein de l’entreprise.
Depuis son implantation en Tunisie dans les années 1990, l’usine n’a cessé de se développer et d’accroître ses capacités de production. Elle vient d’ailleurs d’ouvrir un centre de recherche et développement à Tunis. Une décision stratégique de la maison mère qui s’inscrit dans le cadre de sa stratégie de croissance en Europe et qui témoigne de la confiance accordée au site tunisien, en raison de son énorme potentiel, de la disponibilité de compétences hautement qualifiées et compétitives, mais aussi de sa proximité avec le Vieux Continent.
L’atout de la spécialisation
À quelques encablures de cette usine de production de masse se niche une autre unité, cette fois filiale d’une entreprise française. Contrairement à sa voisine, cette société a fait de la production de cartes électroniques en petites séries son cœur de métier. Elle fournit principalement des clients européens opérant dans des secteurs très diversifiés, tels que les télécommunications, l’irrigation intelligente ou encore l’industrie, à l’exception de l’automobile.
Selon le directeur de l’entreprise, le site tunisien constitue l’un des deux principaux piliers de la maison mère, qui a également choisi d’investir dans un autre pays d’Europe de l’Ouest. Le choix de la Tunisie n’a donc rien de fortuit. Il repose, selon lui, sur la confiance accordée au site tunisien, un facteur essentiel dans une industrie considérée comme stratégique, où la maîtrise du savoir-faire demeure un enjeu particulièrement sensible.
« Il est vrai que le processus de fabrication des cartes électroniques est globalement le même, quelle que soit leur taille. Mais il existe des différences et des adaptations à apporter selon le type de carte à produire. C’est précisément ce savoir-faire qui fait notre force », nous explique le jeune ingénieur chargé de nous accompagner durant la visite de l’usine.
Ici, la maxime « la nécessité est la mère de l’innovation » prend tout son sens. On y innove à coups d’intelligence artificielle et d’algorithmes. Les jeunes équipes n’hésitent pas à développer des solutions en interne, qu’elles présentent avec fierté et dont l’objectif principal est d’optimiser les processus et de réduire les délais de livraison.
Aujourd’hui, après 19 ans de présence en Tunisie, le site est en pleine croissance. Il prépare sa montée en puissance et prévoit de nouveaux investissements en 2026.
Direction ensuite le nord-est de Tunis, plus précisément la technopole d’El Ghazala. Les ingénieurs du centre de recherche et développement d’une multinationale italo-française nous y reçoivent dans les laboratoires de l’entreprise.
Dans ces locaux, les électroniciens manipulent des produits particulièrement sensibles : des puces électroniques. Denrées rares par ces temps qui courent, des séries entières de ces semi-conducteurs sont minutieusement passées au crible par les ingénieurs afin d’en vérifier la qualité avant leur livraison aux clients, notamment des équipementiers automobiles internationaux et des multinationales spécialisées dans la fabrication de produits électroniques grand public.
« Les investissements massifs dans l’intelligence artificielle à travers le monde ont généré une croissance exponentielle de la demande en mémoires électroniques. C’est ce qui explique pourquoi le marché des puces électroniques a explosé en 2026 », nous explique le directeur de l’entreprise.
Une question nous taraudait alors : la Tunisie peut-elle mieux se positionner dans cette chaîne de valeur hautement sophistiquée qu’est l’industrie des puces électroniques, alors même qu’il s’agit de technologies réputées difficilement accessibles ?
« Nous avons les compétences et les capacités nécessaires pour assurer l’assemblage ici, en Tunisie », nous répond l’ingénieur. D’ailleurs, au fil de nos visites, un mot revenait sans cesse : les compétences.
La qualité du capital humain et du savoir-faire tunisiens fait l’unanimité auprès de tous les dirigeants des entreprises que nous avons rencontrés. Un atout que l’on retrouve rarement ailleurs et qui continue d’attiser l’intérêt des investisseurs.



