Le poisson-lion (Pterois miles), considéré comme l’une des espèces marines invasives les plus préoccupantes au monde, poursuit sa progression en Méditerranée et se rapproche dangereusement des côtes tunisiennes. Si aucune invasion biologique n’a encore été observée dans les eaux tunisiennes, plusieurs apparitions ponctuelles ont déjà été documentées, tandis que les scientifiques estiment que le réchauffement de la Méditerranée pourrait favoriser son installation dans les années à venir.
Originaire des océans Indien et Pacifique, le poisson-lion a pénétré en Méditerranée par le canal de Suez, où sa première observation remonte à 1991. Longtemps cantonnée au bassin oriental, l’espèce connaît depuis 2012 une expansion rapide vers le centre puis l’ouest de la Méditerranée.
Aujourd’hui, elle est solidement implantée dans plusieurs pays de la région. Sa présence a notamment été confirmée en Libye depuis 2019, ainsi qu’en Sicile, en Calabre et dans les Pouilles, en Italie. Plus récemment, elle a également été observée à Malte en 2026, soit à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes tunisiennes.
Des observations déjà recensées en Tunisie
Contrairement à une idée répandue, le poisson-lion n’est pas totalement absent des eaux tunisiennes. Trois observations ont déjà été officiellement documentées.
La première remonte à 2015 près de l’île de Zembra, dans le golfe de Tunis. Quelques mois plus tard, un deuxième spécimen a été signalé à El Haouaria, avant qu’une troisième observation ne soit réalisée en 2020 au large de Ras Jebel, dans le gouvernorat de Bizerte.
À ce stade, ces signalements restent isolés et les études scientifiques n’ont pas mis en évidence l’existence de populations établies sur le littoral tunisien. Les spécialistes restent néanmoins prudents, estimant que l’augmentation de la température des eaux méditerranéennes crée des conditions de plus en plus favorables à la colonisation durable de cette espèce.
Une espèce invasive aux conséquences potentiellement importantes
Le poisson-lion est redouté pour sa remarquable capacité de reproduction. Une femelle peut pondre près de deux millions d’œufs par an, avec des pontes répétées tous les trois à quatre jours durant la période de reproduction. En Méditerranée, il ne dispose pratiquement d’aucun prédateur naturel.
Prédateur particulièrement efficace, il se nourrit de nombreux poissons et crustacés, notamment des juvéniles d’espèces locales. Sa prolifération pourrait ainsi entraîner une diminution des stocks halieutiques, perturber les équilibres écologiques et avoir des répercussions sur les activités de pêche.
Le poisson-lion présente également un risque pour l’homme. Bien que sa chair soit parfaitement comestible après une préparation adaptée, ses épines dorsales, pelviennes et anales renferment un venin pouvant provoquer des douleurs intenses et des gonflements en cas de piqûre. Les spécialistes recommandent donc de ne jamais le manipuler à mains nues et d’utiliser des équipements adaptés.
Face à cette menace émergente, l’initiative tunisienne TunSea, dédiée à la sensibilisation à la préservation de la biodiversité marine, a lancé une campagne de science participative. Plongeurs, pêcheurs professionnels et amateurs, ainsi que l’ensemble des usagers de la mer, sont invités à signaler toute observation de poisson-lion en transmettant des photographies ou des vidéos accompagnées de la localisation, de la date et, si possible, de la profondeur de l’observation.
Pour les experts, cette surveillance citoyenne constitue aujourd’hui le moyen le plus efficace de suivre l’évolution de l’espèce et d’anticiper une éventuelle invasion biologique avant qu’elle ne menace durablement les écosystèmes marins et les ressources halieutiques tunisiennes.
R.I



