Décidément le rationnement de l’eau potable ne se présente plus comme une option, mais s’avère de plus en plus comme un palier coercitif, hélas, nécessaire… De fait, face à l’assèchement critique du barrage de Nebhana, les régions de Sousse, Monastir et Mahdia entrent en rationnement nocturne afin de sécuriser l’approvisionnement diurne en eau. Un protocole désormais de mise chaque nuit entre minuit à 05h00.
Intervenant ce lundi 6 juillet 2026 au micro de Jawhara FM, Noureddine Boumiza, directeur régional de la Société tunisienne d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE) pour le district du Centre, a annoncé l’officialisation de l’application immédiate du système de distribution périodique des ressources.
Entré en vigueur depuis hier soir, ce protocole d’urgence impose une coupure systématique et totale de l’eau potable sur l’ensemble des gouvernorats de Sousse, Monastir et Mahdia durant la plage nocturne, précisément de minuit jusqu’à 05h00 du matin. Cette mesure a pour objectif de reconstituer les réserves des châteaux d’eau afin de garantir une pression suffisante et un approvisionnement continu durant les heures de forte consommation en journée.
Cette décision drastique, rappelle le responsable, découle directement d’une crise hydrologique sans précédent au niveau du barrage de Nebhana. « Les apports pluviométriques de cette infrastructure névralgique ont enregistré une chute spectaculaire par rapport aux moyennes, réduisant à la portion congrue les volumes d’eau brute acheminés vers les usines de potabilisation du Sahel », a-t-il noté. Le responsable régional a dans cet ordre d’idées expliqué que le tarissement de la ressource provoquait jusqu’alors des injustices logistiques majeures.
« Le pompage continu couplé à une surconsommation dans les plaines et zones basses vidait mécaniquement les canalisations, privant totalement d’eau pendant plusieurs jours les habitants des quartiers situés sur les points hauts du relief, à l’instar de Cité Riadh, El Fokaia ou Ouled Ahmed. Dès lors, ce couvre-feu hydraulique nocturne vise à rétablir une équité territoriale stricte entre tous les usagers ».
Un milliard de dinars pour acheminer les eaux du Nord
Pour résoudre structurellement ce déficit chronique, la SONEDE mise sur le déploiement d’infrastructures lourdes à moyen et long termes. A ce titre, M. Noureddine Boumiza a fait le point sur le mégaprojet d’interconnexion hydraulique destiné à transférer les excédents d’eau des barrages du Nord vers le centre de la Tunisie, et plus particulièrement vers le nouveau réservoir stratégique de Kalaa Kebira.
« Représentant un investissement colossal de 1 000 milliards de millimes (1 milliard de dinars), ce chantier d’ingénierie publique a subi d’importants retards logistiques liés aux lourdeurs administratives des procédures d’expropriation foncière pour cause d’utilité publique », a-t-il indiqué. Le directeur régional s’est toutefois voulu rassurant, affirmant que « les verrous juridiques sont désormais levés et que les travaux s’accélèrent pour sécuriser l’alimentation en eau potable du grand Sahel jusqu’à l’horizon 2050 ».
A noter qu’en parallèle à ce projet de transfert de flux, l’administration accélère la mise en service des unités de production alternatives. Interrogé sur le calendrier opérationnel de la grande station de dessalement d’eau de mer de Sousse, le haut responsable a précisé que le site se trouve actuellement au cœur d’une phase de tests techniques et d’essais de calibrage d’une extrême précision.
« Ces audits de conformité en laboratoire sont obligatoires pour valider les normes de potabilité et s’assurer du respect strict des clauses sanitaires du cahier des charges de l’État avant l’injection officielle des premiers mètres cubes dessalés dans le réseau de distribution, une mise en exploitation imminente qui permettra d’éponger définitivement le déficit hydrique du Sahel », conclut-il.



