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Plus de six cents entreprises tunisiennes spécialisées dans le matériel médical pourraient être contraintes de suspendre leur activité si leurs créances ne sont pas réglées d’ici la fin du mois d’août.
C’est l’avertissement lancé par Salem Ammar, vice-président de la Chambre syndicale nationale du matériel médical, structure rattachée à l’UTICA, qui évoque un basculement du secteur vers une situation de « force majeure » si aucune solution n’intervient avant le 31 août 2026.
Selon lui, ces sociétés n’aspirent nullement à interrompre leurs prestations, mais s’y trouveraient acculées par l’ampleur de la crise et par ses conséquences en cascade, dans un contexte déjà fragilisé, rappelle-t-il, par les à-coups subis par les chaînes d’approvisionnement mondiales depuis la pandémie de Covid-19.
C’est lors d’un point presse organisé ce mardi 7 juillet 2026 au siège de l’organisation patronale, dans la capitale, que la Chambre a choisi de rendre publique l’ampleur du désastre financier qui frappe la filière. En cause : des montants dus par le ministère de la Santé, et, dans une mesure moindre, par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), qui s’accumulent depuis des années sans être soldés.
Le président de la structure, Lotfi Ben Yeder, a dressé un constat sans détour : le problème n’est plus seulement d’ordre budgétaire, il constitue désormais un danger direct pour le fonctionnement des établissements de soins. D’après lui, les opérateurs du secteur ne disposent plus des moyens nécessaires pour maintenir des stocks suffisants à destination des hôpitaux, et le maintien de cette situation conduira mécaniquement à des pénuries susceptibles de perturber le déroulement des interventions chirurgicales comme la prise en charge des patients.
Un savoir-faire vieux de six décennies menacé de disparition
Ben Yeder a tenu à rappeler le poids historique de ces entreprises, actives depuis plus de soixante ans et porteuses de compétences techniques rares, qu’il s’agisse de distribution, de maintenance ou, pour certaines, de fabrication d’équipements. Leur disparition progressive, a-t-il prévenu, emporterait avec elle un capital d’expertise nationale qu’il serait ensuite très difficile de reconstituer.
Il a confirmé que plusieurs sociétés avaient déjà mis un terme à leurs activités, tandis que d’autres, à l’arrêt depuis plusieurs mois sur le plan commercial, se limitent désormais à réclamer le paiement de leurs factures pour simplement couvrir leurs charges courantes.
Le dirigeant a précisé qu’une partie de ces créances impayées remonte à l’année 2020, sans avoir jamais été régularisée, tandis que des sommes dues au titre de 2025 et 2026 restent, elles aussi, en attente de règlement. Cette accumulation, a-t-il expliqué, a asséché la trésorerie des entreprises concernées et compromis leur fonctionnement normal.
Étant majoritairement des structures de taille petite ou moyenne, ces sociétés ne peuvent, selon Ben Yeder, absorber indéfiniment le poids de tels retards. Un nombre important d’entre elles a d’ores et déjà, depuis janvier, cessé toute nouvelle livraison pour se consacrer exclusivement au recouvrement de ses impayés. D’autres se retrouvent aujourd’hui dans l’incapacité de verser les salaires ou d’honorer leurs échéances bancaires, les lignes de crédit disponibles ne dépassant pas 365 jours d’échéance.
Des fournisseurs étrangers de plus en plus méfiants
La crise rejaillit également sur les circuits d’importation, la majorité des équipements médicaux provenant de l’étranger. Ben Yeder observe que les partenaires internationaux commencent à se montrer réticents à l’égard du marché tunisien, échaudés par les retards de règlement, au point d’envisager d’exiger désormais un paiement avant expédition ou l’ouverture de crédits documentaires, une exigence qui alourdirait encore la pression financière pesant sur les entreprises locales.
Autre motif d’inquiétude soulevé par le responsable : la baisse des réserves de consommables et de pièces détachées, qui pourrait à terme empêcher la maintenance correcte des appareils médicaux dans les établissements hospitaliers, certains équipements dépendant exclusivement de fournitures proposées par des sociétés spécialisées bien identifiées. Une telle situation risquerait, selon lui, de fragiliser la continuité même des soins.
Des négociations restées sans issue
La Chambre affirme avoir multiplié, ces derniers mois, les échanges et rencontres avec le ministère de la Santé afin de trouver une issue à la crise, en vain.
Faute d’avancées concrètes, l’organisation a décidé de convoquer une assemblée générale ordinaire et de porter la question sur la place publique, afin d’alerter l’opinion sur la gravité d’une situation qui, selon elle, met en péril la survie même du secteur, alors même que les entreprises concernées, insiste-t-elle, continuent d’assumer leurs obligations envers les patients et le système de santé.



