Malgré des performances déjà remarquables, le secteur agroalimentaire tunisien est loin d’avoir révélé tout son potentiel à l’export. Plusieurs filières disposent encore d’importantes marges de progression sur des marchés insuffisamment exploités, notamment en Asie et en Europe. Selon les estimations officielles, le potentiel d’exportation encore inexploité de plusieurs produits phares avoisine le milliard de dollars.
La Presse — Fondamentalement stratégique, le secteur agroalimentaire tunisien fait partie intégrante des piliers de la sécurité alimentaire du pays. Outre son poids économique, cette industrie contribue également à promouvoir l’image du savoir-faire tunisien et participe au rayonnement du « Made in Tunisia », désormais réputé pour la qualité de ses produits alimentaires.
Loin de se limiter à quelques filières, cette industrie est particulièrement diversifiée et excelle sur des créneaux bien précis. Les chiffres témoignent d’ailleurs d’une performance appelée à se renforcer : elle contribue à hauteur de 3,1 % du PIB, représente 23 % de la valeur ajoutée du secteur manufacturier et 25 % des investissements dans les industries manufacturières.
Les quelque mille entreprises qui y évoluent concentrent, quant à elles, 14 % des emplois manufacturiers. Mais derrière ces statistiques prometteuses, le secteur recèle un potentiel encore largement inexploité. Huile d’olive, dattes, produits de la mer… les filières offrant d’importantes marges de progression sont nombreuses, notamment sur des marchés encore peu explorés par les industriels tunisiens.
En matière de commercialisation internationale, le secteur représente 13,3 % des exportations du pays, derrière les industries mécaniques et électroniques (49 %) et le textile-habillement (17,5 %).
Les principaux marchés d’exportation sont l’Italie, qui absorbe 16 % des exportations du secteur, suivie de l’Espagne (15 %), des États-Unis (11 %) et de la Libye (10 %), qui demeure un important débouché pour les produits agroalimentaires tunisiens. En termes de produits exportés, l’huile d’olive arrive largement en tête, représentant plus de la moitié des exportations alimentaires et générant près de 4 milliards de dinars de recettes d’exportation.
Elle conquiert notamment des marchés comme l’Espagne (25 %), les États-Unis (22 %) et l’Italie (20 %). Viennent ensuite les dattes Deglet Ennour, qui occupent la deuxième place avec 11 % de la valeur des exportations du secteur. Elles sont présentes sur des marchés diversifiés, notamment le Maroc, qui absorbe 18 % des exportations tunisiennes de dattes, l’Allemagne (11 %) et la France (8 %).
Le secteur agroalimentaire compte également une filière qui enregistre des succès aussi remarquables que discrets : celle des produits de la mer, notamment les poissons, qui représentent plus de 5 % des exportations alimentaires. Ils sont suivis par les tomates (4 %), un produit qui s’est imposé sur le marché européen, notamment aux Pays-Bas, qui absorbent 74 % des exportations de la filière, ainsi qu’en Allemagne (15 %).
Une qualité approuvée
« Les tomates cerises constituent un domaine porteur en Tunisie. Mais pas seulement. La qualité des produits agroalimentaires tunisiens ne réside pas uniquement dans le respect des normes sanitaires et phytosanitaires. Elle est également appréciée sur le plan sensoriel, puisque ces produits offrent des saveurs particulières liées à notre climat, à notre environnement, à la qualité de la lumière ainsi qu’aux eaux géothermiques de nos régions. Ce qui confère un potentiel énorme aux produits alimentaires fabriqués en Tunisie », a souligné Mourad Ben Hassine, PDG du Cepex, lors de son intervention à l’occasion d’un workshop organisé en marge du Tunisia Investment Forum.
Il a ajouté que, derrière ces chiffres, se cache un potentiel inexploité sur plusieurs marchés. Ainsi, les opportunités d’exportation de l’huile d’olive sont estimées à 667 millions de dollars, à condition que le secteur diversifie davantage ses marchés cibles pour englober notamment la France, l’Allemagne, la Chine et le Japon, en plus de l’Italie.
« Au niveau du ministère du Commerce, il existe tout un programme de promotion de l’huile d’olive sur des marchés lointains, tels que la Chine et le Japon. Il s’agit d’un programme spécifique développé au cours de cette année. Toutefois, nous avons commencé à nous orienter vers ces marchés depuis deux ou trois ans, avec un focus particulier sur les marchés brésilien et russe », a ajouté Ben Hassine.
Il a souligné que, malgré les tensions géopolitiques et les conflits qui secouent certaines régions du monde, ainsi que les risques qui en découlent, les exportations alimentaires vers les marchés lointains poursuivent leur progression.
S’agissant de la filière des dattes, le potentiel inexploité est estimé à 214 millions de dollars sur des marchés tels que la France, le Maroc, l’Allemagne, l’Inde ou encore le Bangladesh. Les pays d’Asie abritant d’importantes communautés musulmanes représentent également, selon le responsable, des débouchés prometteurs pour la Deglet Ennour, qui se distingue par des caractéristiques physico-chimiques particulières « lui permettant de voyager loin et de résister à certaines conditions ».
Par ailleurs, les poissons frais et réfrigérés offrent une marge de progression estimée à 80 millions de dollars sur des marchés comme la France, l’Italie, l’Espagne, la Libye, l’Allemagne, les États-Unis et le Canada.
Les tomates représentent, elles aussi, un potentiel d’exportation inexploité de l’ordre de 56 millions de dollars, notamment sur des marchés tels que la France, l’Italie, la Pologne et le Royaume-Uni. « Je voudrais faire un zoom sur la Pologne. Nous venons d’achever une action de promotion agroalimentaire dans ce pays, qui constitue une véritable plateforme vers les autres marchés d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Ce type de produit y est très demandé. Aujourd’hui, l’avenir est prometteur sur ce type de marché », a-t-il commenté.
Il a ajouté que de nouveaux horizons pouvaient également s’ouvrir aux produits biologiques, aux produits du terroir ainsi qu’aux ingrédients naturels destinés à l’industrie agroalimentaire, autant de niches porteuses dans un contexte où les produits méditerranéens sont aujourd’hui particulièrement prisés par les consommateurs.



