Culture

Sabra Ben Fradj à JAMSALAM 2026 : L’art comme nécessité vitale

  • 14 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Sabra Ben Fradj à JAMSALAM 2026 : L’art comme nécessité vitale

L’artiste visuelle tunisienne Sabra Ben Fradj fait partie des quinze lauréats sélectionnés pour la résidence artistique panafricaine Jamsalam 2026. Du 15 au 30 juillet, huit femmes et sept hommes représentant autant de pays, se rencontreront à Al Maqam Tahanaout (Maroc) pour créer chacun une œuvre autour du thème : « Au nom de Toumaï, espoir de vie ». Ce carrefour de dialogue et d’imaginaire culturel, symbole de notre origine commune.

Pour pénétrer les arcanes de l’œuvre picturale de la talentueuse plasticienne Sabra Ben Fradj  — dont l’exposition individuelle s’est tenue du 30 novembre au 30 décembre 2024 à Archivart Gallery à La Marsa, la galeriste et commissaire, Wafa Gabsi, a introduit son texte par ces termes enchanteurs : « … Et des échelles pour l’envol est une odyssée artistique entre ciel et terre inspirée par l’harmonie du monde intime, fantastique et rêveur de Sabra Ben Fradj ».

Sur des toiles de moyen format, une technique mixte fusionne pastel sec et gras, aquarelle, peinture acrylique et huile. En émergent des mises en scène imaginaires d’une petite fille perçue de dos ou de profil. Cette peinture surréaliste baigne dans une atmosphère résolument onirique.

À l’instar des contes d’autrefois, ces scènes restituent un imaginaire qui se fond dans une atmosphère rêveuse, peuplée de jeux et de constellations. La magie agit pour propulser l’esprit du spectateur dans les contrées surnaturelles de l’enfance. Côté technique, l’artiste maîtrise l’estompage propre au pastel sec, qu’elle conjugue à de délicats pointillés exécutés au pinceau.

Jeune artiste tunisienne douée, laborieuse et habitée par son art, Sabra Ben Fradj conquiert le monde de la peinture avec cette figure enfantine récurrente. Il est intriguant de remarquer la constante présence d’une fillette peinte de dos. Ce choix formel évoque immédiatement Handhala, le célèbre personnage du caricaturiste palestinien Naji al-Ali (1937- 1987) qui s’était juré de ne dessiner son double enfant de face, que lorsque la Palestine serait libérée.

Lorsqu’on demande à Sabra Ben Fradj si nous verrons un jour son personnage de face, sa réponse est sans appel, car elle en doute ! Il apparaît que la souffrance vécue par la plasticienne pendant son enfance était si profonde qu’elle entrave encore l’affrontement direct avec le monde. Dès lors le mystère s’éclaircit, on comprend que l’enfant qui habite les toiles n’est autre que l’artiste elle-même. Ici, l’acte de peindre dépasse le simple exutoire ; il devient exorcisme, thérapie et, plus encore, catharsis.

Cette démarche rappelle d’autres trajectoires artistiques axées sur la résilience, c’est le cas de ma propre pratique d’artiste visuelle initiée par la privation d’un jouet d’enfant baptisé « La poupée qui a résisté à l’éléphant ». C’est aussi celui de la célèbre Louise Bourgeois, qui, exorcisant ses traumatismes précoces, a conçu sa monumentale sculpture de bronze d’une araignée géante intitulée « Maman ».

Par cette auto-représentation fabulée, la mise en scène dans laquelle Sabra Ben Fradj marie le merveilleux au surréel déplace la blessure intime du cadre privé et personnel vers le registre de l’esthétique et de l’inconscient collectif. En l’occurrence, la petite fille de ses tableaux devient alors un miroir universel, un espace où le spectateur s’identifie et projette le reflet de ses propres rêves inassouvis. Quand l’art se fait soupape de sécurité, sublimation et liberté, Sabra Ben Fradj nous prouve qu’il est, par-dessus tout, une nécessité vitale.

Auteur

Amel BOUSLAMA

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