Il est loin, même très loin, ce temps où l’on pouvait acheter son pain à toute heure. De jour comme de nuit. Les boulangers d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec leurs collègues du bon vieux temps. Se lever très tôt et préparer du bon pain n’est plus dans leur ADN.
La Presse — Ce que la plupart des gens ne savent pas ou feignent d’ignorer, c’est que le métier de boulanger n’est pas n’importe quel métier. De plus, il n’est pas donné à n’importe qui de l’exercer. La multitude de locaux qui ouvrent et s’improvisent comme tel a brouillé les cartes.
Le pain d’abord !
Vendre du pain, n’est plus un métier à part entière, mais plutôt une couverture pour mener une autre activité plus rémunératrice.
Aussi voit-on de nombreuses anciennes boulangeries se convertir en boutiques «modernes» avec des vitrines et des comptoirs bien achalandés.
On y trouve de tout, à n’importe quel moment. Sauf… le pain de tous les jours !
Oui. Des boulangeries qui ne vendent pas de pain, ça existe de plus en plus chez nous.
C’est, en tout cas, ce que nous ne cessons de constater.
Qu’est-ce à dire ?
C’est simple. Les professionnels du secteur ont oublié la vocation première de leur activité. Ils se comportent comme des commerçants et font tout pour engranger le plus de profits possibles aux dépens des consommateurs.
Or, parmi les premières fonctions à remplir, c’est de mettre à la disposition du client le pain. Ce qui n’est pas le cas, malheureusement.
Il devient de plus en plus rare de trouver son pain au moment où l’on va dans une boulangerie. Le client est très souvent obligé de faire la queue pour attendre que la fournée soit prête. C’est devenu une habitude.
C’est pourquoi on voit toujours ces files d’attente devant les boulangeries notamment aux heures de pointe. C’est-à-dire aux heures où le Tunisien va prendre son déjeuner.
Dans certains quartiers, ces files d’attente débordent sur la rue. A tel point que ces rassemblements de gens et de leurs véhicules, stationnés dans la pagaille la plus complète, perturbent le trafic routier.
Faut-il se résigner à ces spectacles qui sont indignes et humiliants pour le client ?
De quel droit les boulangers se permettent-ils de priver les gens de cette denrée aux moments précis où ils en ont le plus besoin ?
Préparer les quantités nécessaires
C’est d’autant plus flagrant qu’il n’existe aucune raison justifiant ce comportement étrange.
Plus étrange encore, c’est qu’on peut trouver toutes sortes d’autres produits à gogo et à tout moment (croissants, diverses autres pâtisseries, pains spéciaux, etc.).
Ce sont, justement, ces produits-là qu’on cherche à écouler en premier car ils rapportent gros. Quant aux clients du pain normal, ils peuvent, toujours, attendre. Ont-ils le choix ? S’ils n’ont pas été servis à la sortie de la première fournée comptant quelques dizaines d’unités, ils n’ont qu’à attendre la suivante.
Le bon sens et, aussi, les règlements, sont là pour rappeler, à celui qui ne veut pas savoir, qu’il est temps de se remettre en question.
Le devoir d’un boulanger est de fournir le pain subventionné aux clients à tout moment de la journée.
Tant qu’il est ouvert, il est dans l’obligation de produire les quantités nécessaires de pain à tous les clients. Il est capable de connaître leur consommation quotidienne et les moments où la demande est plus élevée. Or, c’est le contraire.
Nos boulangers (disons certains d’entre eux) choisissent, justement, l’heure où le pic de la demande est à son plus haut niveau pour ralentir la fabrication de la baguette normale pour pousser les gens à se rabattre sur d’autres spécialités plus chères.
Ces méthodes malhonnêtes n’ont plus droit d’être d’autant que ces professionnels ont déjà plusieurs avantages. Il y a, en plus des compensations de l’État, les fameux 10 millimes concédés, malgré eux, par les clients. Ceci, sans parler des marges de manœuvre qui leur permettent de jouer sur le poids du pain, sur le dosage d’eau, sur le temps de cuisson et diverses autres astuces dont ils ont le secret.
Bref, nos boulangers ne sont plus en odeur de sainteté auprès de la majorité des consommateurs tunisiens.
On ne retrouve plus ces bons vieux boulangers qui faisaient tout pour satisfaire leur chaland avec des préparations variées allant de la flûte, au pain tripolitain, en passant par la galette (tabouna), etc.
Tout était fait pour être à la hauteur des attentes. Nos boulangers d’antan étaient aux petits soins pour leur clientèle.
C’était au temps où le secteur appliquait à la lettre les réglementations en vigueur. N’est-il pas temps, aujourd’hui, de rappeler ces bonnes vieilles habitudes à nos boulangers ? Et aux services de contrôle de mieux faire ?



