Billet – Financement bancaire : Entre utilité et limites
La Presse — Notre budget se retrouve toujours sous pression. C’est que les exigences du développement, la concrétisation des objectifs stratégiques nationaux, la garantie de la justice sociale et le maintien d’un bon comportement de notre système de fonctionnement imposent de nouvelles injections financières, à la fois multiples et importantes.
Ainsi, face à la réticence, douteuse, des principaux donneurs d’ordre financiers internationaux, il est tout à fait naturel que l’Etat se retourne vers nos propres ressources pour trouver des réponses positives, du moins alléger, proportionnellement, la pression.
Et c’est, bien évidemment, vers le secteur bancaire que tous les regards s’orientent, surtout face à l’incapacité de notre industrie et nos principaux secteurs productifs de créer des richesses régulières, faute d’innovation, d’adaptation aux nouvelles exigences du marché et, peut-être bien, d’implication et d’engagement.
Il faut reconnaître, d’ailleurs, que notre secteur bancaire s’est replacé depuis quelques années à la première loge pour soulager notre budget, répondre aux multiples dépenses de fonctionnement, ou encore pour le règlement de certains engagements financiers internationaux prioritaires, et, notamment la couverture du service de la dette. Une orientation que certains estiment incontournable étant les limites de nos ressources.
Aujourd’hui, et comme le retient la cheffe du gouvernement lors de sa rencontre avec le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, les banques doivent aller encore plus loin et se repositionner comme le principal partenaire pour la concrétisation des choix nationaux prioritaires du développement. Pour elle, les banques sont tenues par la responsabilité historique d’aider à l’instauration d’une dynamique de création de richesses globales et durables qui profiterait aussi bien à l’économie nationale qu’au secteur bancaire lui-même.
Reste que même si on comprend et on conçoit ce recours massif aux banques tunisiennes, l’on estime qu’il est nécessaire de s’en tenir à certaines limites et de se conformer à certaines règles prudentielles, car « tout dérapage » pourrait être fatal.
D’ailleurs, les analystes préviennent souvent qu’une forte sollicitation du secteur bancaire pourrait conduire à d’éventuels risques d’assèchement des liquidités, et donc, de freinage sérieux à l’investissement et au développement du secteur économique privé.
Certes, le secteur bancaire est assez solide, mais il doit agir avec prudence pour préserver sa résilience au double niveau régional et international. Et n’oublions pas que ce secteur stratégique est appelé à répondre à des exigences financières énormes pour assurer sa propre modernisation, réussir sa transition digitale et, surtout, son intégration totale à l’intelligence artificielle qui seraient bien évidemment, très coûteuses.
Morale de l’histoire : en plus du secteur bancaire, nos décideurs doivent identifier de nouvelles pistes de création de richesses, à travers notamment la redynamisation des industries exportatrices, le développement de l’économie verte, la réduction de la dépendance énergétique et l’approfondissement des réformes financières.
Justement, nos banques sont capables de faire plus et mieux pour peu qu’on leur garantisse un environnement favorable et attractif.



