Les dirigeants clubistes ont probablement été passifs et tardifs sur le renouvellement de plusieurs contrats, mais ils ne pouvaient rien face aux tentations salariales proposées à leurs joueurs. L’équilibre financier reste le premier souci avant tout. Logique et sain.
La Presse — Quand les supporters voient leurs cadres partir l’un après l’autre contre des montants plus que moyens, ils ont droit de s’inquiéter. Eux qui pensaient que leur équipe, championne en titre, allait se renforcer en qualité pour défendre son bien et mieux aborder la Ligue des champions.
C’est leur droit le plus absolu, d’autant que Mehdi Miled, premier et unique décideur des affaires du football, est toujours aussi discret, voire indifférent et provocateur avec son silence envers ses supporters. Mais en même temps, le CA pouvait-il empêcher cet exode inquiétant ? En partie, oui, en partie, non. On s’explique.
Sur des dossiers comme Chrifi, Shili et Zemzmi, Mehdi Miled a été incompétent et dépassé en attendant l’expiration de leurs contrats de deux ans. Il s’est alors trouvé en position de faiblesse au moment de négocier la prolongation des contrats. Un joueur comme Shili a même refusé un salaire de plus de 40.000 dinars par mois, lui qui a reçu plus de 100.000 dinars du club d’Al Khalidia. Le défaut de Miled aura été d’attendre trop pour négocier un possible renouvellement. Trois cadres sont partis gratuitement, une aberration pour un dirigeant qu’on présente comme un maître dans ce domaine (ce qui n’est pas vrai du tout).
Il pouvait limiter l’exode s’il s’y était mis plus tôt. Car un nombre élevé de cadres qui quittent (la moitié du onze gagnant), c’est inquiétant et c’est déstabilisant pour l’entraîneur qui cherche la continuité technique et les automatismes défensifs qui demandent du temps et de la stabilité. En partie aussi, Mehdi Miled est confronté à des contraintes du marché, à un déséquilibre entre les championnats arabes et le nôtre.
Même l’EST, qui a un président de club milliardaire, ne peut plus retenir ses joueurs qui, eux aussi, ont choisi des championnats qui paient plus. Comment voulez-vous convaincre un Chaouat qui touche plus de 40.000 dinars ici à rester, alors qu’on lui propose 330.000 dinars par mois ailleurs ?! C’est de la folie, et c’est absurde de vouloir le retenir. Il a déjà la tête ailleurs et aucune offre ne pourrait le dissuader.
Le marché, de plus en plus avare en joueurs de qualité, est enflammé par les salaires et avantages offerts par les clubs libyens et irakiens, sans oublier les pays du Golfe. Si vous avez un joueur dont le contrat expire l’an prochain et qu’il ne veut pas renouveler, vous devez le céder et gagner une plus-value. La règle de la bonne gouvernance est ainsi.
Les dirigeants clubistes n’ont pas l’argent et les moyens financiers abondants pour payer plus et pour engager le club dans des sommes qui peuvent créer un déséquilibre financier et menacer l’avenir du club. Pour Chaouat et Ben Abda, Miled a été diligent et bon gestionnaire. Encore une fois, cette clause de résiliation très moyenne le prive d’un manque à gagner, mais que peuvent faire les clubs devant des agents de joueurs qui imposent des clauses pas élevés sous la protection d’une Fifa qui accule les clubs et chérit les joueurs et leurs agents ?
Grosso modo, le départ de ces joueurs n’est pas une fatalité, c’est juste inquiétant et demande des ajustements au mercato qui devient plus de remplacement et non d’amélioration. Même si ceux qui vont venir auraient une qualité technique meilleure.
Et Zaâlouni, Khadhraoui et Ait Malek ?
Sept renforts encore à faire pour les joueurs seniors au maximum (une règle débile mise par la FTF et qui empêche les clubs de bien commercialiser les joueurs et revoir leurs effectifs), le CA est sous le feu de la tentation du mercato. Trois cadres encore n’ont pas renouvelé et peuvent partir : Zaâlouni, Khadhraoui et Ait Malek.
Et là encore, Mehdi Miled fait montre de retard et de passivité : ces joueurs finiront par demander l’autorisation de sortie comme leurs équipiers et on ne sait pas s’ils ont une clause de résiliation. Trois joueurs qui ont progressé et qui, malgré des hauts et des bas, restent parmi les meilleurs sur notre marché.
Les offres émanent de Russie, Libye et Koweït avec une somme totale qui peut atteindre les 4 millions de dinars, voire plus. Dilemme douloureux et une forte pression sur le comité directeur clubiste qui, aux yeux des supporteurs, prend des risques énormes et ne protège pas son effectif. Des sacrifices financiers sont demandés pour essayer de renouveler les trois joueurs.
Et vu l’austérité adoptée, il est fort probable que ce trio mette les voiles bientôt. Et ainsi, 8 cadres auront quitté. Techniquement, ce n’est pas très beau, c’est même dangereux de reconstruire une équipe, alors qu’on vient de déclencher un cycle.
Mais que faire si Mehdi Miled et ses pairs ne veulent pas (ne peuvent pas) mettre beaucoup de fonds pour concurrencer les clubs preneurs et protéger leurs cadres ? Ou les retenir contre leur gré et perdre en motivation et attendre qu’ils partent gratuitement, ou les céder contre de l’argent qui permettra de réussir des opérations sur le mercato.
Peut-être que pour Zaâlouni, dont le contrat actuel est faible par rapport à son poids et ses progrès, une négociation est possible en misant sur lui pour un projet d’avenir, mais pour les deux autres, l’affaire est plus compliquée, sachant que le public clubiste les a critiqués et offusqués la saison dernière. Côté renforts, et après Heykel Chikhaoui, il y aura au moins 4 joueurs de qualité dont un étranger au poste de défenseur central. Et aussi deux joueurs de moins de 21 ans qui ont du potentiel. Serait-ce suffisant pour aborder la saison avec des atouts certains ?
Faouzi Benzarti, la variable inconnue
Le vétéran des entraîneurs tunisiens entretient le flou jusqu’à maintenant. On le connaît, il n’a pas cet attachement vers les contrats, il commence juste ces dernières années à les signer depuis que son fils (influent dans les coulisses du CA) est son manager. Le nouveau contrat, qui stipule des avantages plus importants que l’an dernier comme il l’a souhaité, est encore entre ses mains.
Pour le moment et jusqu’à cette heure, il exerce avec le CA et vient de terminer le stage de Gammarth. Mais on ne sait jamais ce qui peut se passer avec lui, d’autant que l’offre d’un club libyen est si alléchante (pratiquement un salaire quintuplé et des avantages illimités).
La réunion qu’il a eu vendredi soir avec le président du club et son second, a duré mais n’a pas abouti sur grand-chose. Pour le moment, il a les renforts qu’il a demandés avec Chikhaoui qu’on lui a amené sur sa demande, en attendant d’autres coups. Benzarti a demandé qu’on arrête de vider l’équipe de ses cadres et de renforcer la défense en quantité et en qualité.
Jusqu’à maintenant, Faouzi Benzarti devrait continuer le travail, mais il y a une petite probabilité qu’il s’en aille. En tout cas, il n’est pas le genre d’entraîneur qui aime le travail de moyen terme et qui réussit la deuxième année (à part à l’EST de 1993 à 1995 et l’ESS de 2014 à 2016). Ce n’est pas une question d’effectif seulement, mais aussi d’offres externes et d’avantages qui n’ont rien à voir avec ce qu’il touche au CA.
En tout cas, l’entraîneur clubiste, qui a assuré la reprise, a son mot à dire dans les choix du mercato, il a une sorte de carte blanche depuis la dernière saison. Et ceci peut influencer sur la décision de rester et de défendre le titre de champion. En tout cas, c’est flou et c’est ouvert. Connaissant bien Faouzi Benzarti, il peut claquer la porte à n’importe quel moment quand il sent que la motivation financière est plus grande ailleurs.



