Olivier Clement Cacoub par Emna Touiti : Bâtisseur de la Tunisie moderne
On lui doit, en effet, les palais de Carthage et de Skanès, le stade d’El Menzah, de nombreux projets et complexes hôteliers dont l’Africa qui fut une véritable performance architecturale à l’époque. Ainsi que de nombreux projets urbanistiques.
La Presse — Il y a une dizaine d’années, se tenait, au musée du Bardo, une grande exposition intitulée « 50 ans d’architecture»
Durant les travaux préparatoires, un nom revenait constamment, dans toutes les catégories évoquées. Que ce soit pour les architectures officielles, les opérations urbaines, les palais, l’hôtellerie ou les stades, on évoquait Olivier Clément Cacoub. Une jeune étudiante faisait partie de l’équipe préparant cette exposition : Emna Touiti.
Aujourd’hui architecte confirmée, elle revient sur cette rencontre virtuelle avec celui qui fut un bâtisseur de la Tunisie moderne, et dont elle a fait l’objet de ses recherches académiques. «J’ai essayé de comprendre comment il a pu être aussi prolifique en Tunisie, son pays natal, mais aussi en France, en Afrique, et un peu partout dans le monde».
Au cours d’une rencontre débat, elle s’attachait à contextualiser l’évolution de l’architecture dans le monde en général et en Tunisie en particulier
«Au début du XXe siècle, le mouvement moderne en architecture s’est beaucoup développé, suivant les grands changements des sciences, des techniques, des sociétés et des mentalités. On ne vit pas, au quotidien, de la même manière, on ne se déplace plus de la même manière et on n’habite plus l’espace de la même manière. Le Mouvement Moderne en architecture émerge. Les architectes, comme les artistes, prônent un langage universel, compréhensible par tous, une architecture habitable par tous. Ils adoptent des idées hygiénistes comme l’importance de l’ensoleillement, et l’aération, ils utilisent de nouveaux matériaux comme le béton». Puis, dans les années 50, à la fin de la guerre, on décide d’exploiter ce que le local peut offrir de matériaux. L’architecture va s’adapter à l’environnement, au climat, et utilisera des matériaux et techniques locales.
«Après la Seconde Guerre mondiale, une équipe d’architectes français est dépêchée en Tunisie alors sous protectorat pour pallier les destructions causées par les bombardements. C’est la période de la Reconstruction avec les architectes Bernard Zehrfuss et Jacques Marmey».
Viendra par la suite le temps d’Olivier Clément Cacoub
Celui-ci est né en 1920 à Tunis, d’une famille juive tunisienne d’entrepreneurs. Engagé comme coursier occasionnel chez un architecte français installé en Tunisie, il se passionne à son contact pour l’architecture. Il suivra les cours de l’Ecole des Beaux- Arts de Tunis, passera par plusieurs ateliers prestigieux avant d’intégrer l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.
Elève brillant, il remporte le prestigieux Premier Grand Prix de Rome en 1953 et est reçu comme pensionnaire de la Villa Medicis. «De retour en Tunisie, Bourguiba, premier président de Tunisie indépendante, va lui confier la mission de moderniser sa ville natale Monastir. Il signera le stade de Monastir, le marché central de la ville et sa nouvelle municipalité, tous dans un langage résolument moderne. Dès la fin des années 50, Cacoub est déjà engagé dans de nombreux projets d’envergure en Tunisie».
On lui doit, en effet, les palais de Carthage et de Skanès, le stade d’El Menzah, de nombreux projets et complexes hôteliers dont l’Africa qui fut une véritable performance architecturale à l’époque. Ainsi que de nombreux projets urbanistiques. Introduit par le président Bourguiba en Afrique, il travailla en Côte d’Ivoire et au Congo où il réalisa de nombreux projets.
En France, on lui doit entre autres réalisations la Faculté de Grenoble et le Marché Saint Germain à Paris. Les travaux et recherches d’Emna Touiti rendent hommage à ce grand bâtisseur de la Tunisie moderne. Un livre sur les cinquante années d’architecture tunisienne, et l’apport de Cacoub, viendrait certainement pallier un manque.



