Avec la rupture de la chaîne du froid à cause des opérations de délestage auxquelles recourt la Steg, le retour à une température trop élevée — pour les produits frais et sensibles nécessitant des températures basses pour une bonne conservation — favorise la multiplication rapide de bactéries pathogènes (salmonellose ou staphylocoques) et, de facto, des risques d’intoxication alimentaire.
La Presse — Face à une canicule exceptionnelle et pour éviter un « black-out » — effondrement général du réseau national —, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) procède à des opérations de délestage (coupures tournantes d’électricité) ciblant des quartiers, selon la charge des lignes.
Et la ville de Nabeul ne déroge pas à la règle, notamment le nouveau quartier de la Cité El Wafa (AFH2) et celui du « Lahwech » (quartier commerçant situé au niveau de la deuxième principale artère de la Cité des Potiers, en l’occurence l’avenue Habib Thameur).
Si la Steg affirme que ces opérations « ciblées » se déroulent généralement par « intermittence entre 12:00 et 22:00 », lors des pics de consommation liés à l’utilisation intensive de l’air conditionné (climatiseurs), la réalité semble être différente du contenu des communiqués officiels de cette entreprise publique, provoquant des dégâts irréversibles pour les glaciers et les vendeurs de jus frais.
C’est le cas pour Kais Belhadj, propriétaire d’un petit magasin qui sert d’office de bar à jus et de gelaterie, juste en face de la gare routière de « Lahwech ».
« Le courant électrique est coupé depuis 13h15, soit plus de 6 heures. Privés d’électricité, nos réfrigérateurs sont à l’arrêt, causant plusieurs dégâts à nos produits. Hier, par exemple, j’ai jeté dix litres de jus de fraise et citronnade. On a dû aussi jeter plusieurs sacs de fraises congelées qui sont devenues impropres à la consommation ainsi que plusieurs pièces d’ananas moisis et fermentés par le choc thermique », fait savoir M. Belhadj.
« Et notre clavaire ne s’arrête pas au niveau des jus et des fruits. Ayant subi une rupture de la chaîne du froid, nos crèmes glacées ont perdu non seulement la forme initiale, mais présentent désormais des risques d’intoxication alimentaire », ajoute-t-il.
Le retour à une température trop élevée favorise la multiplication rapides de bactéries pathogènes comme la salmonellose ou les staphylocoques. Et on reconnaît une crème glacée ayant subie une fonte puis une recongélation par la présence de givre (un emballage ou un produit couvert de cristaux de glace).
« Une année zéro »
« Si nos fournisseurs de bacs de crème glacée nous ont promis un remboursement à hauteur de 50% du prix de la marchandise, nos pertes pour les jus frais sont de 100%. L’été est la saison des mariages et des célébrations. À ce rythme, cette saison est foutue. Ayant subi de tels dégâts, nous sommes devant une catastrophe et une année zéro », souligne M. Kaïs Belhadj. « Les autorités locales et régionales ainsi que la Steg doivent agir pour créer un fond pour venir en aide aux commerces touchés et impactés négativement par le délestage », renchérit-il
Un avis aussi partagé par M. Taher Hicheri, gérant d’une célèbre gelaterie artisanale sur l’avenue Habib Bourguiba.
« Le premier jour, la coupure de l’électricité a duré 3 heures, suffisantes pour condamner la production du jour. Mais les jours d’après, heureusement que la coupure n’a pas duré plus d’une heure. On était contraint de remettre la crème glacée dans la turbine pour qu’elle puisse reprendre forme.
Toutefois, contrairement aux revendeurs de crème glacées de l’industrie agroalimentaire, les entreprises artisanales comme la nôte n’ont pas le luxe d’être remboursées partiellement par les fournisseurs. En cas de rupture prolongée de la chaîne du froid, on risque un drame financier », précise M. Hicheri.
Si la Steg peut verser une indemnisation pour les appareils endommagés par les coupures ou variations de tension, sous réserve d’une expertise confirmant l’anomalie du réseau, les dossiers sont systématiquement étudiés en coordination avec les assurances, mais aucune compensation automatique n’est accordée pour le temps de coupure lui-même.
N’est-il pas nécessaire de penser à créer un fonds de compensation ou d’indemnisations des commerces, dont les produits périssables peuvent être endommagés par les coupures d’électricité ? La colère des glaciers et des propriétaires de bar à jus n’est pas un cas isolé dans le paysage de la street food tunisienne.
Les restaurateurs et les supérettes sont aussi concernés directement par le phénomène de rupture de la chaîne du froid qui peut impacter tous les produits laitiers et sensibles (sauces — mayonnaise, ketchup, harissa, etc. —, poissons et viandes congelées, yaourt, crème fraîche et bien d’autres produits nécessitant une chaîne de réfrigération continue). Les dégâts ne sont pas uniquement d’ordre financier, mais peuvent aussi toucher notre santé publique. À bon entendeur, salut !



